Dans les sociétés africaines qui sont organisées sous la forme d’Etat, la terre est avant tout une propriété du souverain. Les fondateurs des royaumes moosé ont laissé leur empreinte sur les territoires conquis. Ainsi, la région de Tenkodogo conquis par Naaba Zoungrana, prend le nom de Zoungran-tenga. Le royaume fondé par Wubri devient le Wubr-tenga. L’entité politique créée par Yadéga est désignée par Yad-tenga. Le territoire créé par Nabisgwendé est connu sous l’appellation de Nabisgwend-tenga. Ce dernier, désigné par Riungu du Busma, a été fondé vers 1530 et prend son indépendance vis-à-vis de Wubr-tenga en 1723 sous Naaba Kienga. Par la lance et par la langue, les Rois de Nabisgwend-tenga ont tracé et élargi leur territoire, un espace d’influence politique, d’exploitation économique et d’identité.
La terre chez les Moosé comporte à la fois une dimension sacro-politique, économique et culturelle. Le premier village fondé par Nabigswendé, Kugr-Zugu, est le symbole de la dimension sacrée de la terre. Dans ce village historique réside le premier dignitaire qui incarne le pouvoir constitutionnel du royaume. La pierre (Kugri) qui donne son nom à la localité incarne le projet politique qui s’enracine dans le sacré. De ce noyau, le royaume s’est élargi pour intégrer aujourd’hui douze cantons en plus du canton central. Par la guerre et par la ruse, les rois de Busma ont visé un enjeu de préservation et d’élargissement de l’espace territorial afin de disposer d’une entité politique forte. En effet, on se succède sur un territoire, on annexe un territoire pour élargir son espace politique, on envahit ou on opère des razzias sur un autre territoire, pour exprimer sa puissance. La conquête territoriale est avant tout une conquête de puissance, une expression de force politique.
Conquise suite à une demande de protection ou par la guerre, la terre est avant tout la propriété de l’Etat dont le Rima assume la plénitude du pouvoir. L’administration de la terre suit deux logiques dans le Riungu de Busma. La première est d’assurer l’intégrité du territoire afin de permettre à tous les sujets de disposer d’un espace vital. La seconde consiste à doter les communautés et les familles de terres pour l’exploitation socio-économique (agriculture, élevage, pêche, chasse, cueillette…).
Le Rima, héritier des premiers conquérants, gère la terre pour le bien de toutes les communautés du Riungu. La terre n’est pas la propriété personnelle du Rima, mais un bien collectif dont il a la charge de la gestion.
Sous la supervision du Rima, les chefs de terre gèrent par délégation la redistribution (prêt) des terres aux communautés et aux familles. Les kombèmba (chefs de cantons) ont également, par délégation du Rima, le pouvoir de gestion des terres (par le biais de leurs chefs de terre) dans leur espace territorial.
En cas de litige entre Kombèmba autour d’une portion de terre, seuls les chefs de terre, par délégation du Rima, peuvent contribuer à régler le différend. Le Rima peut lui-même intervenir directement pour régler le problème.
Les terres confiées aux familles pour exploitation sont considérées comme la propriété du Rima. La responsabilité incombe au chef de famille de gérer avec justice et éthique l’espace prêté.
Au-delà de sa dimension politique et économique, la terre a aussi une dimension culturelle. Dans l’espace moaaga de Busma a émergé une culture originale et singulière appelée « Busmdi ». Faite d’intelligence et de ruse, le Busmdi caractérise un parler-franc qui utilise des proverbes, des images et des comparaisons pour pousser à l’imagination créatrice. Parole cachée par excellence, le « Busmdi », enrobe la réalité et l’adoucit pour la rendre acceptable tout en conservant sa saveur et sa puissance. Par l’éducation traditionnelle, cette puissance du verbe est transmise de génération en génération. Comme l’arachide dont la graine n’est accessible qu’après avoir enlever la coque, le « Busmdi » est une posture intelligente de communication verbale et non verbale qui nécessite une traduction et une interprétation pour accéder au sens profond de la pensée. Cet espace moaaga de Busma s’est particularisé par cette intelligence communicationnelle qui sait bien habiller la parole pour la rendre supportable.
En Afrique, la terre n’est pas seulement un bien économique, elle est avant tout une propriété politique et surtout un espace culturel. C’est le lien culturel et la reconnaissance de l’autorité d’origine qui explique le retour à la source des ressortissants du royaume de Busma qui vivent sur d’autres territoires au Burkina Faso et partout dans le monde. En effet, à l’occasion des fêtes coutumières, les originaires du royaume reviennent saluer le Rima et rappellent leur appartenance historique à sa terre. Pour garder le souvenir des origines, certains ressortissants ont donné à leurs localités de résidence des noms de villages ou du royaume d’origine. En faisant l’histoire des noms des localités, on se rend compte que le nom Boussouma existe dans d’autres régions du Burkina Faso. Ils se rattachent tous au royaume. Par l’influence politique et culturelle, le « Busmdi » est aujourd’hui un label et une référence qui s’enseignent au travers du programme de l’Académie Royale Kéoogo de Busma.
Busm Kéoog-naaba Koobo (Historien)
in La Cohésion 2023
