4 février 2026
Home » SANGLANT 15-OCTOBRE 1987: INSCRIT DANS NOS MEMOIRES, POUR TOUJOURS !
Si on ne refait pas l’Histoire, on peut la compléter ou en préciser les contours. Dans le cas du massacre du 15 Octobre1987 , il ne faisait aucun doute qu’il avait été préparé, non seulement de longue date, mais exécuté de manière planifiée, coordonnée, avec minutie et dextérité, sans états d’âme.La réalité d’un crime, fût-il odieux, ne se définit pas uniquement par la matérialité des preuves. Elle est déterminée aussi, par l’intime conviction.
UNE AFFAIRE MURIE DE LONGUE DATE !
Il est important de rappeler l’atmosphère de coup d’Etat qui régnait à Ouagadougou, beaucoup plus à Bobo, véhiculé par certains acteurs et annoncé dans certaines capitales du monde.Des indices concordants trahissaient les ambitions de Blaise COMPAORE. Il ressort des notes du président SANKARA, que dès la nuit du 4 août 1983, un convoi d’armes en direction de ZINIARE avait été intercepté par des militaires de la Révolution naissante et ramené à Ouagadougou.Thomas ne devait pas aller au Conseil de l’Entente, parce que les services de sécurité lui avaient prescrit de ne pas le faire. Depuis quatre ou cinq mois déjà, il n’y allait pas !Une BMW blanche blindée avait été offerte par KADAFI à SANKARA. Elle était venue de TRIPOLI par un vol spécial. Blaise l’avait demandée à Thomas pour aller à Pô. Thomas ne pouvait pas refuser. Il a donc demandé à Der SOMDA, l’un de ses chauffeurs, par ailleurs abattu le 15 octobre au Conseil, de conduire Blaise. Il ne devait pas lui laisser le volant. Mais, dès la sortie de OUAGADOUGOU, Blaise a dit à Der de descendre et de lui laisser le volant. La BMW étant lourde, sa vitesse est limitée. Blaise a forcé le moteur et l’a cassé littéralement. De toute évidence, à dessein !C’est que le premier plan était d’assassiner Thomas devant la porte du palais présidentiel, quand il rentrerait d’une de ses tournées. Nous disons que l’assassinat de Thomas Sankara était pré-médité. Des acteurs toujours vivants, pourraient témoigner des faits suivants :le commandant de la gendarmerie, Ousséni COMPAORE, face aux inquiétudes que suscitait la sécurité du président SANKARA, lui avait proposé la création d’une unité spéciale motorisée de la gendarmerie, pour sa protection ;le commerçant Noufou OUEDRAOGO avait présenté le prototype de moto à acheter pour équiper cette unité. Une photo en avait été faite et le duo était allé présenter la photo de l’engin au Président. SANKARA était d’accord, mais avait dit à Ousséni COMPAORE qu’il n’avait pas d’argent pour financer le projet. Ousséni était allé voir la ministre du Budget, Adèle OUEDRAOGO qui lui avait dit qu’elle ne peut rien faire sans l’accord du Président. Quand elle a rencontré SANKARA, ce dernier lui a répondu qu’il ne pouvait pas lui donner des instructions pour un décaissement. Il a suggéré à Ousséni de passer par la voie normale, c’est-à-dire, le Ministre de la défense, Boukari Jean-Baptiste LINGANI. LINGANI a réclamé à Ousséni le dossier en promettant de voir Blaise COMPAORE à ce sujet. Ce fut un tournant. Nous le disons, parce que si cette unité motorisée avait été mise sur pieds, Blaise perdait le contrôle de la sécurité du président Thomas SANKARA !C’est à la suite de cette proposition que fut mise en place, la Force d’intervention du Ministère de l’administration territoriale et de la sécurité (FIMATS), dénoncée et immédiatement dissoute après l’assassinat de Thomas SANKARA.Après le 15 octobre 1987, Blaise créera une unité motorisé pour le Centre national d’Entraînement commando (CNEC) de Pô.
DANS LE VISEUR DES TUEURS !
Les actions du 15 octobre 1987 étaient synchronisées, contrairement à ce que certains officiers ont dit, notamment au «Procès Thomas SANKARA et ses douze compagnons» et qui pouvait laisser croire que le drame était un fait accidentel ! Ils pouvaient dire qu’ils ne connaissaient pas l’heure de l’attaque, mais pas qu’ils n’étaient pas au courant du plan d’assassinat de Thomas. Lui-même qui était mieux informé que quiconque de la situation, avait dit à la radio qu’il n’y avait pas de parade possible, si Blaise voulait prendre le pouvoir.L’assassinat de Thomas a été préparé, planifié, exécuté minute par minute : on attaque Thomas, on écrase ses soutiens. Tous ceux qui soutenaient Thomas et pouvaient réagir, devaient être «neutralisés», pour ne pas dire, «éliminés», physiquement. Au départ des coups de feu au Conseil de l’Entente, un commando dirigé par Gaspard SOME, s’est rendu à l’ETIR (Escadron de transport et d’intervention rapide), et s’est infiltré chez Michel KOAMA qui en était le Chef. KOAMA était entrain de porter sa tenue militaire pour prendre le commandement de son Unité. Il a frappé à la porte. Le chef de l’ETIR, a ouvert. Il l’a abattu et refermé la porte.Pendant ce temps, Blaise lui-même était à domicile. Il a envoyé un commando au domicile du commandant de la Gendarmerie, Ousséni COMPAORE, très proche. L’épouse d’Ousséni, au regard de la situation, était rentrée pour s’occuper des enfants. Ousséni qui avait été mis sous repos médical,Gs’empara de la voiture de sa femme et prit la direction de la gendarmerie qu’il avait confiée à son adjoint, le lieutenant Moussa DIALLO, par ailleurs commandant du 5e groupement de la Gendarmerie.Le commando arrivait quand Ousséni s’éloignait dans sa voiture personnelle, alors que les tueurs s’attendaient à le voir dans la voiture de service. C’est ce qui l’a manifestement sauvé.Leur bébé venait de naître. Ils ont réuni tout le monde et menacé de l’exécuter si les membres n’étaient pas «coopératifs». Tout le monde était en pleurs.
LES HEROS SILENCIEUX
Une fois au bureau, Ousséni se retrouve seul avec quelques hommes. Il se fait le devoir de faire le tour du dispositif de défense de la caserne, sous la protection de ses hommes, avant de revenir dans son bureau. Dix minutes après, il appelle Boukary à KOUDOUGOU, mais le téléphone de ce dernier venait d’être désactivé. Boukary avait appelé à la maison, avait pu communiquer avec madame qui lui a dit qu’il est au bureau. A partir de là, toutes les liaisons étaient coupées.Entre-temps, le capitaine Laye DJIRE, commandant la deuxième région militaire (Ouahigouya) et venu à Ouagadougou pour une réunion, est arrivé au bureau d’Ousséni qui l’a reçu et lui a fait le point de la situation, l’informant de la mort de Thomas. L’évidence lui était apparue quand MAÏGA, le chauffeur de Blaise, en compagnie de NABIE, est passé devant la Gendarmerie, avec la Peugeot 205 noire de Thomas. Ils sont allés chercher Jean-Baptiste LINGANI. Au domicile de ce dernier, MAÏGA aurait annoncé, tout fier : «On l’a eu !», avec des insanités à l’appui, en direction du défunt. Ils ont continué chez Blaise COMPAORE (le soi-disant malade), pour revenir ensemble, Jean-Baptiste et Blaise, et repasser devant la Gendarmerie, toujours dans la voiture de Thomas, direction : le Conseil de l’Entente !Laye et Ousséni avaient fait le point : la Gendarmerie n’avait pas d’armes ! Pas de munitions ! Les CDR aussi étaient désarmés. La résistance était vaine.Laye devait aller au Conseil voir Jean-Baptiste et revenir chez Ousséni qui était déjà recherché ! Du Conseil, Laye devait repartir directement à Ouahigouya où les deux devaient se retrouver.Laye est donc allé au Conseil. L’équipe de Blaise avait été informée du passage de Laye à la Gendarmerie. Laye sera mis aux arrêts, dès son arrivée au Conseil. C’est ainsi que le plan de riposte a été mis en échec !
UNE REPRESSION TOUS AZIMUTS
En fait, les vrais «sankaristes» militaires étaient ceux qui avaient été visés prioritairement par l’appareil répressif du nouveau pouvoir. C’est eux qui devaient être éliminés tout de suite, parce qu’ils représentaient LE DANGER ! L’infortuné Askia SIGUE, ancien de la Légion étrangère française, était plus craint qu’admiré et aimé. Il avait été repéré à ZIOU, dans la province du NAHOURI, au dernier poste de contrôle, alors qu’il tentait de rejoindre le Ghana. Ramené à Pô, il sera abattu par les hommes de Blaise COMPAORE.Quid de Louis Joanny YAMEOGO, ce soldat intègre, ayant le sens de l’intérêt supérieur de la nation, attaché à la conception d’une armée au service de l’Etat, l’homme qui sera de manière éphémère le Chef d’Etat-Major de l’armée s’opposera plus tard, sous le Front populaire, au démantèlement de nos Forces armées et à leur mise sous coupe réglée par la France. Ce motif sera suffisant pour le mettre à l’écart. Il est très probable que cet officier équilibré ait été un élément modérateur des ardeurs des partisans de la «solution finale» préconisée par certains revanchards, à appliquer au Premier des pandores du Conseil national de la révolution (CNR).L’alliance de départ qui se dessinait devait certainement rallier par la suite, tous ceux qui étaient contre la forfaiture, sans offrir des occasions de trahisons ! L’interrogation se posait avec le commandant LINGANI. S’il n’est pas avec Blaise, peut-être jouerait-il sa propre carte !Le commandant de la Gendarmerie réussira miraculeusement à rejoindre OUAHIGOUYA où il sera en définitive arrêté et reconduit à Ouagadougou, après d’âpres négociations : Il fallait s’assurer de son intégrité physique, car tout était possible sur le chemin du retour, ses adversaires, favorables au nouveau régime, guettant l’occasion de l’éliminer, dans la foulée du coup d’Etat.En fait, c’est l’entrée en rébellion du B.I.A (Bataillon d’intervention aéroportée) du «Lion du Boulkiemdé qui a précipité la vague d’arrestations d’un certain nombre de camarades qui étaient libres les premières heures et dont le nouveau pouvoir soupçonnait la proximité avec le leader de la révolution burkinabè. Surtout, ils craignaient un possible ralliement de ces derniers au Lion. Parmi les détenus du Conseil considérés comme dangereux (la liste n’est pas exhaustive), on peut citer Laye DJIRE (bien sûr), Abdoul Salam KABORE, Pierre OUEDRAOGO, Ernest Nongma OUEDRAOGO, Ousséni COMPAORE, Moussa DIALLO, etc. N’oublions pas que beaucoup de sous-officiers furent arrêtés, certains, exécutés sans autre forme de procès et d’autres, détenus à la MACO (Maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou) ou à la Gendarmerie ! L’expression de l’époque pour signifier qu’ils ont exécuté quelqu’un était : «On l’a fait» ! Et «Si tu fais, on te fait, et puis il n’y a rien !»Les détenus du Conseil furent libérés en mars 1988. Ceux qui étaient militaires furent reversés à la vie civile. A l’exemple de Laye DJIRE affecté au Ministère des Infrastructures où il contribua, en tant que brillant officier du génie, à la construction de routes. Ou encore, d’Ousséni COMPAORE, reversé au Ministère de la Santé comme conseiller juridique, il participa activement à la mise en œuvre de la libéralisation du secteur de la Santé (autorisation d’ouverture de cliniques, de pharmacies, de cabinets médicaux, etc.), avant d’embrasser une remarquable carrière dans l’humanitaire, aux Nations-Unies.
QUAND L’HUMAIN S’INVITE DANS LA DIPLOMATIE !
Contrairement à l’ambassadeur de France qui travaillait à saboter la coopération internationale, notamment le financement de BAGRE, et à décourager les différentes ambassades afin qu’elles ne s’engagent pas dans les projets d’envergure sur le plan national, l’ambassadeur d’Allemagne, Michel GEIER a été l’ami de cœur du peuple Burkinabé. A la suite du drame du 15-Octobre 1987, il a illustré la conscience morale du monde et de l’humanité dénuée de tout calcul, avec un courage comme on en trouve rarement dans un milieu diplomatique dominé par les calculs politiques et les intérêts particuliers de carrière.La femme de l’ambassadeur, sur proposition de Thomas SANKARA, avait accepté d’accoucher à la Maternité de l’Hôpital Yalgado OUEDRAOGO et d’affecter les frais de voyage et de déplacement en Allemagne ainsi économisés, à l’amélioration des conditions d’accueil des femmes enceintes, en pédiatrie. Leur fils qui est donc né à Yalgado été baptisé par SANKARA, Zoodo («Amitié», en Mooré), en plus de son prénom Allemand Anton !GEIER avait refusé d’aller à la rencontre des ambassadeurs convoquée par le Front populaire. De même, la décoration qui lui a été proposée avant son départ précipité, provoqué par son refus d’accepter de participer au théâtre diplomatique du Front populaire. GEIER était allé plus loin, encore : le dimanche 8 novembre 1987, aux environs de 8 heures, il s’était rendu au cimetière de Dag’noin, dans une Peugeot 505 immatriculée IN. Il s’était garé à la limite du cimetière (qui n’était pas clôturé), avait marché jusqu’à ce qu’on est obligé, faute de mieux, de qualifier de «tombe» de Thomas SANKARA, avait déposé une gerbe de fleurs, avait prié, avait sorti de sa poche une photo (celle où Zoodo et lui sont ensemble avec Thomas), l’avait déposée sur la tombe, avait tourné le dos, avait rejoint sa voiture et puis était reparti ! Aujourd’hui, Zoodo est au monde et dans le monde. Diplômé en relations internationales, il a travaillé dans un cabinet prestigieux de prospective. A travers notre planète, il promène l’âme du président Thomas SANKARA, reflétant ainsi, pour ceux qui le savent, le symbole d’une coopération vraie : celle qui met l’Humain et non l’égoïsme mafieux pourrissant les rapports entre les peuples.Bien avant GEIER, notre premier ambassadeur (de 1983 à 1987) avec résidence à Alger, Bassirou SANOGO, avait appris à ses dépens qu’on ne badine pas avec le Front populaire, lui qui a eu la «mauvaise idée» de mettre en berne le drapeau national, à l’annonce de l’assassinat de Thomas SANKARA et de ses compagnons. Il avait été rappelé, toute activité cessante, à Ouagadougou où il fut «coffré» avant d’être libéré en mars 1988 avec des compagnons d’infortune tels que Firmin DIALLO, le même Firmin qui a connu avec Valère SOME, les misères de la torture à la Gendarmerie nationale, misères que ce dernier a retracées dans son livre : «LES NUITS FROIDES DE DECEMBRE».
LES LEÇONS DE L’HISTOIRE
C’est que la génération des «révolutionnaires», ex-étudiants pour la plupart, nourris au marxisme-léninisme, n’avaient pas envisagé un seul instant qu’ils pouvaient vivre au Burkina, ce qui est arrivé dans d’autres pays dits civilisés qui ont montré leur caractère sauvage, dans le traitement de la vie d’autrui. Ils l’ont appris à leurs dépens dans les geôles du Front populaire où des plexus furent enfoncés, des côtes furent défoncées. Ce fut le cas du juge Raymond Train PODA qui en porte à jamais les traces et en vit les conséquences.Bien avant GEIER, un jeune Burkinabé a exprimé de façon émouvante, au cimetière de Dag’Noin, son indignation et sa colère, face au drame du 15 octobre 1987, en ces termes prophétiques, inscrits sur un bout de feuille arrachée d’un cahier d’écolier et déposée sur la tombe du leader de la Révolution d’Août 1983 : «Camarade Président du Faso, les traîtres ont honte de leur forfait car même t’ayant assassiné ignoblement, ils te craignent en volant les messages que nous t’adressons. Mais c’est peine perdue car ils n’échapperons pas à ta vengeance terrible puisque nos cœurs fougueux dont le rythme du tien s’y est ajouté ne les épargneraient pas. Paix à Toi» Qu’importe-la faute de conjugaison si l’idée est clairement exprimée, n’est-ce pas ?!Nous sommes à quelques heures de la commémoration de cet après-midi terrible qui s’est poursuivi quelques jours plus tard par le massacre de KOUDOUGOU, le mardi 27 octobre 1987. KOUDOUGOU où 11 soldats dont 6 officiers parmi lesquels les lieutenants Daniel KERE, Bertois KI, Elysée SANOGO, Jonas SANOU, ont subi la fureur des rectificateurs et ont été enterrés à la hâte, dans une fosse commune. Trente-cinq (35) ans plus tard, après le drame, après six (6) mois de témoignages et de plaidoiries, le «PROCES THOMAS SANKARA ET SES DOUZE COMPAGNONS» est tombé le 6 avril 2022, avec la condamnation à la prison à vie de Blaise COMPAORE, Gilbert DIENDERE et Hyacinthe KAFANDO.
GLOIRE AUX VAINCUS !
Ouagadougou, le 15 Octobre 2024
Jean-Hubert Bazié
NB: pris sur la page facebook du Dr Jean-Hubert Bazié, notre enseignant à l’ISTIC acteur de la révolution d’aout 83

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