HYACINTHE KAFANDO : LE CHEF DU COMMANDO ET L’EXÉCUTANT DE L’OMBRE DU 15 OCTOBRE 
Dans le scénario macabre d’un coup d’État, il y a les commanditaires politiques, les stratèges militaires… et il y a celui qui prend la tête des hommes sur le terrain, pistolet au poing, pour accomplir la sale besogne.
Dans l’assassinat du président Thomas Sankara et de ses douze compagnons ce fameux 15 octobre 1987, cet homme de main redouté s’appelle Hyacinthe Kafando.
Plongée dans l’histoire de l’ex-sergent-chef devenu l’un des visages les plus sombres de la tragédie burkinabè.
1. DU SOLDAT D’ÉLITE À L’HOMME DE MAIN DE BLAISE COMPAORÉ
Au milieu des années 1980, au sein de l’armée de la Haute-Volta (future république du Burkina Faso), Hyacinthe Kafando est un sous-officier aguerri, doté d’une réputation de dur à cuire. Affecté au Centre d’Entraînement Commando de Pô — la base militaire d’élite dirigée par les fidèles de Blaise Compaoré —, il se distingue par sa loyauté aveugle envers ce dernier.
Alors que les tensions politiques atteignent leur paroxysme entre Thomas Sankara et son numéro deux Blaise Compaoré, Kafando est désigné pour être l’un des instruments armés de la sédition. C’est un homme d’action brutale, habitué à exécuter les ordres sans sourciller.
2. 15 OCTOBRE 1987 : LE PATRON DU COMMANDO AU CONSEIL DE LA RÉVOLUTION
L’après-midi du 15 octobre 1987, l’horloge tourne vers 16h30 lorsque Hyacinthe Kafando prend le commandement direct du commando lourdement armé qui fonce vers le Secrétariat général du Conseil de l’Entente à Ouagadougou.
L’irruption sanglante : C’est lui et ses hommes qui font irruption dans la cour, ouvrant le feu sans sommation sur la garde présidentielle pour semer la panique.
L’exécution de Sankara : Selon les enquêtes et les témoignages concordants recueillis des décennies plus tard, Hyacinthe Kafando fait partie de ceux qui ont fait usage de leurs armes pour faucher le président Thomas Sankara dès sa sortie du bâtiment, alors que ce dernier venait de se présenter à découvert pour épargner ses conseillers.
Le massacre final : Il supervise et prend part au nettoyage méthodique de la salle de réunion, s’assurant qu’aucun témoin gênant ne réchappe du carnage, hormis le miraculeux survivant Alouna Traoré blotti sous les corps.
3. VINGT-CINQ ANS DE SAUVE-QUI-PEUT ET DE SILENCE
Après le succès du coup d’État et l’installation de Blaise Compaoré au pouvoir, Hyacinthe Kafando est grassement récompensé pour son « efficacité » ce jour-là. Il intègre le dispositif ultra-sécurisé du régime et évolue dans l’impunité la plus totale pendant des années.
Mais les soubresauts politiques finissent par le rattraper. Avec l’insurrection populaire d’octobre 2014 qui chasse Blaise Compaoré, le dossier secret de l’assassinat de Sankara est exhumé. Se sentant menacé par la réouverture de l’enquête, Hyacinthe Kafando choisit la clandestinité et prend la fuite en 2016, s’évanouissant dans la nature pour échapper à la justice de son pays.
4. LE VERDICT DE LA JUSTICE : LA PERPÉTUITÉ PAR CONTUMACE
Même enfui et introuvable, la justice burkinabè n’a pas fermé les yeux. Lors du procès historique de 2021-2022 devant le Tribunal militaire de Ouagadougou, l’implication criminelle de Hyacinthe Kafando a été lourdement établie.
Le 6 avril 2022, la sentence tombe : jugé par contumace pour attentat à la sûreté de l’État et complicité d’assassinat, Hyacinthe Kafando est condamné à la peine maximale de réclusion criminelle à perpétuité. L’ancien exécutant de l’ombre est désormais un criminel condamné par l’Histoire, contraint de vivre en paria pour le reste de ses jours.
LA MAIN QUI A TIRÉ NE PEUT EFFACER L’HISTOIRE
Le parcours de Hyacinthe Kafando rappelle brutalement que derrière chaque dictature et chaque assassinat politique se trouvent des hommes de main zélés prêts à briser des vies pour un commanditaire. Mais les décennies de fuite ne suffisent pas à effacer la trace du sang versé.
