Home » RDC : l’ancien président est redevenu rebelle

AFRIQUE : Le paradoxe du pouvoir.

Joseph Kabila, hier président et défenseur de l’intégrité territoriale du Congo, aujourd’hui chef d’une rébellion. Lorsqu’il était au sommet de l’État congolais, Kabila dénonçait les rébellions, invoquait la souveraineté nationale et défendait l’autorité de la République. Il savait rappeler que le Congo ne pouvait pas être pris en otage par des groupes armés, que les armes ne devaient pas dicter la loi et que l’intégrité territoriale était non négociable.

Le cas Kabila dépasse les frontières du Congo. Car cette histoire, sous différentes formes, est loin d’être étrangère à l’Afrique. Combien de dirigeants ont-ils dénoncé les coups d’État avant de chercher à contourner les règles constitutionnelles lorsqu’ils n’étaient plus au pouvoir ? Combien ont-ils condamné les rébellions lorsqu’ils gouvernaient, avant de se rapprocher de forces capables de fragiliser l’État après leur départ ? Combien ont-ils présenté la stabilité nationale comme une priorité absolue, jusqu’au jour où leurs intérêts personnels ou politiques sont entrés en contradiction avec cette stabilité ?

Mais un pays n’est ni un patrimoine familial, ni une propriété privée, ni un fauteuil que l’on doit récupérer à n’importe quel prix. La République survit aux présidents. Les institutions doivent survivre aux ambitions de ceux qui les ont dirigées.

Aucune ambition politique ne saurait justifier que les populations deviennent les victimes d’une guerre. Peut-on prétendre aimer son pays tout en acceptant que son peuple paie le prix d’une lutte pour le pouvoir ? Le drame, c’est que les dirigeants se succèdent, les alliances se font et se défont, les discours changent, mais ce sont toujours les mêmes citoyens qui enterrent leurs proches, abandonnent leurs villages et grandissent dans la peur. Les chefs négocient. Les puissants calculent. Les ambitions s’affrontent. Et le peuple, lui, compte ses morts.

Notre Afrique a besoin d’hommes et de femmes capables d’accepter que la République soit plus grande qu’eux, que le pouvoir soit temporaire et que la vie d’un seul citoyen vaille davantage que toutes les ambitions politiques réunies. Car au bout du compte, une question restera posée à l’histoire et à la conscience de chaque dirigeant africain : aimait-il vraiment son pays où aimait -il surtout le pouvoir? Aimer le pouvoir s’accommode avec la préservation d’intérêts étrangers au détriment de ceux de ces concitoyens. C’est le cas de Joseph Kabila chef rebelle aujourd’hui, malheureusement.

 

 

 

 

 

Par Ibrahim Maiga

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