Home » Coutumes et traditions : l’honneur a un prix

Il fut une époque où l’honneur avait un prix !
Et parfois, ce prix était extrêmement lourd.

Dans beaucoup de sociétés anciennes, certaines choses étaient considérées comme plus grandes que l’individu: la famille, la parole donnée, la communauté, la patrie, la réputation d’un clan.

Des hommes et des femmes sont morts avec des secrets qu’ils auraient pourtant pu révéler pour se soulager, se justifier ou salir quelqu’un.

Des gens ont accepté d’être incompris parce que parler aurait détruit un équilibre qu’ils jugeaient plus important que leur propre réputation.

Même dans l’histoire militaire, cette conception de l’honneur et du devoir a parfois été poussée jusqu’à l’extrême.

Des soldats capturés ont résisté aux interrogatoires et à la torture pour ne pas livrer leurs camarades, des positions, des plans ou des renseignements susceptibles de mettre leur pays en danger. Certains savaient qu’ils pouvaient en mourir.

Dans leur logique, leur vie individuelle ne devait pas devenir la porte par laquelle l’ennemi entrerait pour atteindre les autres.

C’était une conception radicale du devoir : je souffre, mais je ne livre pas les miens.

Sans glorifier la mort ni les sacrifices extrêmes d’une autre époque, il faut comprendre ce que cela disait de la valeur accordée à la parole, au secret, à la loyauté et à la responsabilité envers les autres.

Même dans nos familles africaines, combien de personnes sont mortes avec des vérités qu’elles auraient pu jeter au milieu de la cour familiale comme une grenade ?

Tu portes aujourd’hui fièrement un nom.

Tu appelles quelqu’un « grand-père », « grand-mère », « oncle », « tante », « frère », « sœur » mais es-tu réellement certain de connaître toute l’histoire de ton arbre généalogique ?
Peut-être que ta tranquillité actuelle repose sur le silence d’une personne morte il y a cinquante ans.
Peut-être qu’une vieille femme a emporté une vérité dans sa tombe parce qu’elle savait qu’en parlant, elle ne détruirait pas seulement un homme ou une femme : elle détruirait la paix de plusieurs générations qui n’avaient rien demandé.

Nos anciens (Je me réfère toujours aux vieux quand je suis embrouillé) avaient compris une chose fondamentale :
Toutes les vérités ne se jettent pas au milieu du village.

Et puis nous sommes arrivés avec les réseaux sociaux…

Aujourd’hui, pour une dispute de couple : Facebook.
Un problème familial : TikTok.
Un conflit professionnel : capture d’écran.
Une dette : publication.
Une rupture : statuts WhatsApp.
Une conversation privée : enregistrement audio.

Une déception : on rassemble les preuves, on rédige le réquisitoire et on convoque 50 000 inconnus comme jury populaire.

On ne cherche même plus seulement à raconter ce qui s’est passé, on cherche parfois méthodiquement à détruire la réputation de l’autre.

Quelqu’un peut avoir construit son nom pendant vingt ans et le voir traîné dans la boue en vingt minutes par une personne en colère, munie d’un smartphone et d’une connexion Internet.

Voilà le contraste qui me frappe.

Hier, certains acceptaient de souffrir pour que leur parole ne mette pas les autres en danger.

Aujourd’hui, certains sont prêts à mettre cinquante personnes en danger simplement pour que leur souffrance personnelle soit entendue par cinquante mille inconnus.

Nos anciens emportaient parfois leurs secrets dans la tombe. Nous, nous faisons des captures d’écran.

Évidemment, le silence ne doit jamais devenir une couverture pour les crimes, les violences, les abus ou les injustices graves. Une victime doit pouvoir parler, demander justice et saisir les autorités compétentes mais il existe une différence immense entre chercher justice et chercher la destruction publique d’une personne.

Tout conflit n’a pas besoin d’un public.

Sinon une fois la colère passée, une fois le buzz terminé et les internautes partis chercher leur prochain scandale, toi, tu resteras au milieu des ruines de ce que tu as exposé.

Nos anciens n’étaient certainement pas parfaits. Leur culture du silence a parfois elle-même protégé des choses qui auraient dû être dénoncées mais ils connaissaient au moins le poids de la parole.

Ils savaient qu’une bouche pouvait réconcilier deux familles comme elle pouvait déclencher une guerre entre elles.

C’est peut-être cela que notre époque doit réapprendre :

Savoir parler est une intelligence.
Savoir se taire en est une autre mais savoir quand parler, devant qui, et pour quelle conséquence… c’est la sagesse!

Reveil-info

Clément BASSOLÉ

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