Lundi passé, je suis allé au garagiste à Niamey avec 5 000 francs en poche.
Ma voiture faisait un bruit bizarre depuis trois jours. Un vieux « clac-clac » métallique sous le capot.

Je me suis dit :
— C’est sûrement une petite pièce, une vis à resserrer.
Le mécanicien a ouvert le capot. Il a regardé. Il a secoué la tête avec un air très grave.
Vous connaissez cet air des mécaniciens quand ils s’apprêtent à détruire votre budget du mois ?
— Chef… la courroie est fatiguée, le roulement est cassé, et si tu roules encore deux kilomètres, le moteur va se bloquer complètement.
Il m’a fait un devis express : 75 000 francs.
J’ai regardé mes 5 000 francs dans mon portefeuille.
Ils me regardaient aussi. On se comprenait.
Je lui ai dit :
— Laisse la voiture ici, je reviens tout à l’heure.
Alors que je ne revenais nulle part.
Je n’avais pas les 75 000 francs. Mon compte bancaire était au régime sec, et la fin du mois était encore loin.
J’ai pris un taxi-moto pour rentrer. Sur le trajet, sous la chaleur, j’étais aigri. Enervé contre la terre entière, contre la voiture, contre la vie chère.
En arrivant devant la concession, j’ai trouvé un vieil homme assis à côté de ma porte.
C’était le gardien du quartier voisin. Un homme d’au moins 65 ans, qui passe ses nuits dehors pour veiller sur les maisons des gens.
Il tenait un petit vélo complètement rouillé. La chaîne était cassée en deux.
Il s’est levé doucement, un peu gêné :
— Mon fils, pardon de te déranger. La chaîne de mon vélo a sauté en venant. Sans ce vélo, je dois faire 7 kilomètres à pied à 4h du matin pour rentrer chez moi après le service. Si tu as 500 francs pour que j’achète un maillon au marché…
J’ai regardé le vieil homme.
Ses yeux étaient fatigués. Ses mains étaient calleuses.
Moi j’étais là, en train de maudire le ciel parce que ma voiture de climatisation avait un problème de 75 000 francs…
Alors que cet homme cherchait juste 500 francs pour ne pas marcher 7 kilomètres à pied après une nuit de travail.
J’ai sorti mes pauvres 5 000 francs. Je lui ai donnés.
— Papa, prends ça. Va réparer le vélo et achète du thé pour ta nuit.
Il m’a regardé avec un étonnement mêlé de joie. Il a attrapé ma main avec ses deux mains :
— Que Dieu bénisse ton travail, qu’Il ouvre tes portes et qu’Il te protège contre les mauvaises surprises.
Il est parti en poussant son vélo, le sourire aux lèvres.
Moi, je suis rentré m’asseoir au salon. Je n’avais plus un centime. Rien.
Mais bizarrement… je ne me sentais plus énervé. Ma colère s’était envolée.
Deux heures plus tard, mon téléphone a sonné.
C’était un ancien client pour qui j’avais fait un petit travail de consultance il y a six mois. Un dossier que j’avais complètement classé et oublié.
— Bonjour mon frère ! On fait l’inventaire de fin de trimestre et on s’est rendu compte qu’on ne t’avait pas réglé ton reliquat. Je viens de te faire dépôt Mynita
J’ai raccroché. J’ai regardé le SMS de notification : 120 000 francs.
Mon frère…
J’ai fermé les yeux et j’ai repensé à la prière du vieil homme au vélo.
Souvent, on passe nos journées à se plaindre de ce qui nous manque, en oubliant de voir la chance qu’on a déjà.
On s’énerve pour des problèmes de riches (une voiture en panne, un téléphone lent, une sortie annulée) alors qu’autour de nous, des gens se battent simplement pour faire deux kilomètres ou manger un repas.
La générosité ne dépend pas de la taille de ton compte bancaire. Elle dépend de la taille de ton cœur.
Quand tu donnes le peu que tu as pour soulager quelqu’un d’autre, la vie trouve toujours un moyen bizarre et magnifique de te le rendre au centuple.
Reveil-info.net
AKH