CE JOUR-LÀ… UN 24 AOÛT, COMME AUJOURD’HUI…
LE 24 AOÛT 1929: NAISSANCE DE YASSER ARAFAT
L’HOMME QUI INCARNA LA CAUSE PALESTINIENNE
Il est des hommes dont le destin se confond avec celui d’un peuple. Yasser Arafat fut de ceux-là.
Le 24 août 1929, au Caire, naît Mohammed Abdel-Raouf Arafat al-Qudwa al-Husseini, que le monde connaîtra bientôt sous le nom de Yasser Arafat. Le futur dirigeant palestinien grandit entre l’Égypte et Jérusalem, dans une famille palestinienne originaire de Gaza du côté paternel et de Jérusalem du côté maternel. Sa date et son lieu de naissance ont longtemps fait l’objet de récits contradictoires, Arafat ayant lui-même parfois affirmé être né à Jérusalem le 4 août. Les sources historiques et, surtout, les archives retenues par le Nobel indiquent cependant le 24 août 1929 au Caire.
Son enfance est marquée très tôt par la disparition de sa mère. Il passe une partie de ses jeunes années à Jérusalem avant de retourner au Caire, où il poursuit ses études. À l’université, il se forme au génie civil et fréquente les milieux politiques palestiniens. La Palestine, déjà, n’est pas pour lui une abstraction : elle devient progressivement une cause, puis une vocation.
DE L’INGÉNIERIE À LA LUTTE PALESTINIENNE

Après la guerre de 1948 et la création de l’État d’Israël, la question palestinienne s’impose davantage encore dans sa conscience politique. Arafat participe à la mobilisation des étudiants palestiniens et, après ses études, part travailler au Koweït.
C’est dans cet émirat en pleine transformation qu’il va franchir une étape décisive. Avec Salah Khalaf, dit Abou Iyad, Khalil al-Wazir, dit Abou Jihad, et d’autres militants, il participe à la construction du Fatah, mouvement nationaliste palestinien qui entend faire de la libération de la Palestine une affaire d’abord palestinienne.
Arafat adopte alors le nom de guerre d’Abou Ammar.

Le Fatah privilégie progressivement la lutte armée contre Israël. Après la guerre des Six Jours de juin 1967, qui voit Israël prendre le contrôle de la Cisjordanie, de Jérusalem-Est et de Gaza, le mouvement gagne considérablement en influence. La bataille de Karameh, en Jordanie, en mars 1968, contribue notamment à renforcer le prestige d’Arafat auprès d’une partie importante de la population palestinienne.
La trajectoire du jeune militant bascule alors définitivement.
En février 1969, Arafat prend la tête du comité exécutif de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP). Il devient progressivement le visage le plus connu de la cause palestinienne.
DE LA GUÉRILLA À LA TRIBUNE DES NATIONS UNIES
Durant les années 1970, le parcours d’Arafat reste profondément marqué par la violence du conflit israélo-palestinien et par les affrontements qui opposent l’OLP à plusieurs États arabes.
Chassé de Jordanie après le dramatique épisode de Septembre noir en 1970, il installe son organisation au Liban. Pendant plus d’une décennie, Beyrouth devient l’un des principaux centres de l’activité politique et militaire palestinienne.
Mais Arafat comprend progressivement qu’une victoire militaire contre Israël est hors de portée. À mesure que les années passent, il cherche donc à transformer la reconnaissance internationale de l’OLP en instrument diplomatique.
En 1974, il obtient une victoire symbolique majeure. L’OLP est reconnue par l’Assemblée générale des Nations unies comme représentante du peuple palestinien, et Arafat prononce devant l’Assemblée générale un discours devenu historique : il affirme alors venir avec « un rameau d’olivier » dans une main et « le fusil du combattant » dans l’autre.
Le geste résume à lui seul l’ambivalence du personnage : combattant pour les uns, terroriste pour d’autres, interlocuteur politique pour un nombre croissant de chancelleries.
JUIN 1982: BEYROUTH, LA DÉFAITE ET L’EXIL
En juin 1982, Israël envahit le Liban afin notamment de repousser l’OLP et de neutraliser ses capacités militaires. Beyrouth est assiégée.
Après plusieurs semaines de combats et de négociations internationales, Arafat quitte finalement la capitale libanaise le 30 août 1982. Son départ ouvre une nouvelle période d’exil. L’OLP installe son quartier général en Tunisie.
Le vieux chef de guérilla doit désormais composer avec une réalité nouvelle : la lutte palestinienne ne peut plus reposer uniquement sur les armes.
Puis vient la première Intifada, à partir de 1987. La « révolte des pierres » change à nouveau la perception internationale de la question palestinienne.
En 1988, depuis Alger, le Conseil national palestinien proclame l’État de Palestine. L’OLP accepte alors les résolutions 181, 242 et 338 des Nations unies et évolue vers une reconnaissance implicite du principe d’une coexistence entre deux États.
L’homme du maquis devient progressivement l’homme des négociations.
NORVÈGE, OSLO: LE POIGNÉE DE MAIN QUI CHANGE LE DESTIN D’ARAFAT
Le tournant décisif survient en 1993.
Des négociations secrètes menées à Oslo, en Norvège, débouchent sur les accords d’Oslo. Le 13 septembre 1993, sur la pelouse de la Maison-Blanche, sous le regard du président américain Bill Clinton, Yasser Arafat serre la main du Premier ministre israélien Yitzhak Rabin.
L’image fait le tour du monde.
Quelques décennies plus tôt, Arafat était encore considéré par Israël comme l’un des principaux adversaires de l’État hébreu. Le voilà désormais engagé dans un processus de négociation avec son ancien ennemi.
Cette métamorphose est au cœur de son destin historique.
En 1994, le Comité Nobel récompense Arafat, Rabin et le ministre israélien des Affaires étrangères Shimon Peres du prix Nobel de la paix, pour leurs efforts en faveur de la paix au Proche-Orient.
Arafat reçoit alors une reconnaissance internationale exceptionnelle. Celui qui avait longtemps été représenté comme un chef de guérilla devient l’un des principaux interlocuteurs du processus de paix.
LE PREMIER PRÉSIDENT DE L’AUTORITÉ PALESTINIENNE
En janvier 1996, Yasser Arafat est élu président de l’Autorité palestinienne.
Mais les espoirs suscités par Oslo s’érodent rapidement. Les attentats, la poursuite du conflit, l’expansion des colonies israéliennes, les divisions palestiniennes et les désaccords sur le statut définitif des territoires palestiniens rendent la paix toujours plus fragile.
Après l’échec du sommet de Camp David en juillet 2000 et le déclenchement de la seconde Intifada quelques mois plus tard, la relation entre Arafat et Israël se dégrade profondément.
En Israël, Ariel Sharon arrive au pouvoir en 2001. Arafat est progressivement isolé sur la scène internationale et confiné dans son quartier général de la Mouqata’a, à Ramallah.
Celui qui avait autrefois parcouru les capitales du monde se retrouve désormais enfermé dans quelques bâtiments assiégés.
LES DERNIERS JOURS DU « RAÏS »
À l’automne 2004, l’état de santé d’Arafat se détériore brutalement.
Le 29 octobre, il est transféré en France pour y recevoir des soins à l’hôpital militaire Percy de Clamart, près de Paris. Les médecins français ne parviennent pas immédiatement à établir un diagnostic précis.
Le 11 novembre 2004, à 3 h 30 du matin, Yasser Arafat meurt à l’âge de 75 ans à l’hôpital Percy de Clamart. L’annonce est faite à Ramallah par Tayeb Abdelrahim.
Son corps est ensuite transporté au Caire, où des funérailles officielles sont organisées en présence de nombreux dirigeants arabes et responsables étrangers. Il est ensuite ramené en Cisjordanie et inhumé à Ramallah, dans l’enceinte de la Mouqata’a, au milieu d’une immense foule de Palestiniens.
Sa mort ne met pas fin aux interrogations.
Les circonstances exactes de son décès donnent lieu, durant les années suivantes, à de nombreuses spéculations et investigations, notamment autour de l’hypothèse d’un empoisonnement au polonium-210. Ces investigations n’ont cependant pas permis d’établir de manière consensuelle une cause criminelle de sa mort. Il convient donc de présenter cette question avec prudence plutôt que d’affirmer qu’Arafat a été assassiné.
UN DESTIN ENTRE LE FUSIL ET LE RAMEAU D’OLIVIER
Yasser Arafat demeure une figure profondément controversée.
Pour une grande partie des Palestiniens, il fut le symbole de la résistance, celui qui porta leur cause sur la scène internationale et contribua à faire reconnaître l’existence d’un peuple palestinien dans le concert diplomatique mondial.
Pour ses adversaires, il resta longtemps associé aux attentats et à la lutte armée menée par certaines composantes du mouvement palestinien.
Entre ces deux images se trouve pourtant l’homme politique: celui qui comprit progressivement que la reconnaissance internationale de la cause palestinienne passerait aussi par la négociation.
Son parcours fut celui d’un militant devenu chef de guérilla, puis dirigeant d’une organisation nationale, diplomate, interlocuteur d’Israël, lauréat du prix Nobel et enfin premier président élu de l’Autorité palestinienne.
Il aura traversé près d’un demi-siècle d’histoire du Proche-Orient sans jamais cesser d’être au centre de la tempête.
Yasser Arafat meurt le 11 novembre 2004. Mais avec lui ne disparaît pas seulement un homme. S’éteint une génération politique, celle qui avait fait de la Palestine non plus seulement une terre disputée, mais une question centrale de la conscience internationale.
Son héritage demeure cependant aussi complexe que le conflit qu’il a incarné : entre résistance et diplomatie, entre guerre et paix, entre l’idéal d’un État palestinien et les compromis inachevés d’Oslo.
Vingt ans après sa mort, le paradoxe demeure entier : l’homme qui avait porté le fusil et le rameau d’olivier n’aura connu ni la victoire militaire ni la paix définitive.
Reveil-info.net
L’Observatoire de Kush

