Home » Retour sur le passé : l’affaire Valentin Kinda,un affaire qui avait secoué la côte d’Ivoire et le Burkina en 1985

Valentin KINDA : itinéraire et destin tragique d’un homme d’affaires voltaïque

À la demande de certains lecteurs du journal,nous revenons sur l’affaire Valentin , homme d’affaires ,assassiné à Abidjan et toujours pas de justice…

Le nom de Valentin Kinda revient régulièrement dans les récits consacrés à l’histoire politique de la Haute-Volta (actuel Burkina Faso) et à celle des relations tumultueuses entre Ouagadougou et Abidjan dans les années 1980. Fondateur des Établissements Valentin, figure emblématique de la restauration ivoirienne, il reste surtout connu aujourd’hui pour les circonstances brutales de sa mort, qui ont provoqué une crise diplomatique entre les deux pays. Sa communauté d’origine, gourounsi, le revendique comme l’une de ses figures marquantes de cette génération d’entrepreneurs voltaïques ayant fait fortune à l’étranger.

Il IL Y’A PLus de  40 ans, L’ASSASSINAT DE VALENTIN KINDA BOULEVERSAIT LA CÔTÉ D’IVOIRE

Ce fut un lundi de Pâques tragique. Le 8 avril 1985, à 20h45, le fondateur des Établissements Valentin tombait sous les balles d’un inconnu, en plein cœur de Marcory. Quarante ans après, le mystère demeure.
Un empire bâti à la force des bras
Né en 1938 au Burkina Faso, Valentin Kinda quitte son pays natal à l’âge de 17 ans pour rejoindre Abidjan, alors en pleine expansion. Employé comme plongeur au domicile du directeur de la « Brasserie de France », il gravit les échelons durant quinze années de labeur — blanchisseur, puis aide-cuisinier — avant de fonder, en 1970, une petite entreprise de restauration.

Quinze ans plus tard, les Établissements Valentin sont devenus un véritable empire. Sous sa direction, le groupe gérait plusieurs enseignes : l’hôtel-bar-restaurant Hibiscus à Marcory, le restaurant Chez Valentin sur l’avenue 16, et le snack La Bonne Cuisine à Treichville. À cela s’ajoutaient des services de restauration dans de grandes structures comme la SIR, SHELL, la BAD, POSTEL 2001, ainsi que dans plusieurs établissements techniques à Bassam et Yamoussoukro. Au total, près d’un demi-million de repas étaient servis chaque année.

UN MEUTRE EN PLEINE LUMIÈRE

Le soir du drame, un homme entre dans le bar de l’hôtel Hibiscus. Il demande expressément à parler à Valentin Kinda ou à son bras droit, Macaire Ouédraogo. Après un bref échange, Kinda accepte de le rencontrer. Quelques minutes plus tard, alors qu’il raccompagne l’inconnu vers la sortie, celui-ci sort un pistolet calibre .38 et ouvre le feu à bout portant. Trois balles atteignent Kinda au cœur. Il s’effondre. Le tueur s’échappe aussitôt à bord d’une Toyota Cressida, conduite par des complices.

UNE PISTE POLITIQUE BRÛLANTE

Les autorités excluent rapidement l’hypothèse d’un simple braquage. Selon la presse locale, les circonstances laissent penser à un assassinat commandité. La tension monte lorsque le nom de Macaire Ouédraogo refait surface. Ancien candidat à la présidence de la Haute-Volta (l’actuel Burkina Faso) en 1978 et opposant notoire au régime en place, Ouédraogo aurait pu être la véritable cible. Pour les enquêteurs ivoiriens, la piste d’une implication étrangère — et en particulier burkinabè — devient une hypothèse sérieuse.
Furieux, le gouvernement burkinabè exige des preuves et somme la Côte d’Ivoire de cesser les accusations jugées « gratuites ». En retour, Abidjan rétorque n’avoir « de leçons à recevoir de personne ». Quelques jours plus tard, Ouagadougou rappelle son ambassadeur. La tension diplomatique est à son comble.
Un homme d’affaires voltaïque, soutien de la diaspora exilée

Au-delà de son empire de la restauration, Valentin Kinda s’était bâti une réputation de riche entrepreneur voltaïque à Abidjan, où il avait notamment développé un complexe hôtelier. Dans le contexte de l’époque, marqué par une forte présence de la diaspora voltaïque en Côte d’Ivoire, il figurait parmi les hommes d’affaires les plus en vue de cette communauté.
Après l’arrivée au pouvoir du Conseil national de la révolution (CNR) de Thomas Sankara en août 1983, un climat de suspicion et de répression pousse de nombreux Voltaïques à fuir le régime pour trouver refuge en Côte d’Ivoire, sur les rives de la lagune Ébrié. Selon plusieurs récits, Valentin Kinda aurait alors apporté un soutien concret à ces exilés, une solidarité qui, toujours selon ces mêmes récits, expliquerait en partie le sort qui lui a été réservé.

UN LIEN AVEC LA VIE POLITIQUE VOLTAÏQUE

Le nom de Valentin Kinda est associé à celui de Macaire Ouédraogo, ancien banquier et homme politique voltaïque, candidat malheureux à l’élection présidentielle de 1978 face au général Sangoulé Lamizana (qu’il avait mis en ballottage, un fait unique dans l’histoire électorale du pays), et qui était devenu son bras droit au sein des Établissements Valentin. Sous la révolution sankariste, Macaire Ouédraogo aurait aussi travaillé, aux côtés d’autres exilés voltaïques comme Emmanuel Zoma, à faire fructifier le complexe hôtelier appartenant à Valentin Kinda en Côte d’Ivoire — signe des liens économiques et politiques qui unissaient une partie de cette diaspora d’affaires.

UNE AFFAIRE DIPLOMATIQUE ET UN DOSSIER JAMAIS ÉLUCIDÉ

L’assassinat de Valentin Kinda a immédiatement pris une dimension diplomatique : la télévision burkinabè a averti le gouvernement ivoirien sur les crimes dont étaient victimes des ressortissants voltaïques, tandis que la presse ivoirienne évoquait, elle, des tueurs à gages. Le ministre burkinabè des Relations extérieures a demandé à Abidjan de faire la lumière sur l’affaire plutôt que de se livrer à des accusations réciproques. Un sommet réunissant les chefs d’État du Bénin, du Ghana, du Burkina et un représentant de la Libye s’est tenu quelques semaines plus tard, sans qu’aucun accord n’en ressorte sur cette question.

Des années plus tard, un rapport de mission de Reporters sans frontières sur l’assassinat du journaliste Norbert Zongo (1998) évoquera un témoignage suggérant qu’un membre du commando qui aurait tué Valentin Kinda figurait aussi parmi les personnes étant venues menacer une source citée dans l’enquête — signe que cette affaire, près de quinze ans plus tard, continuait d’être associée dans les mémoires militantes burkinabè à la violence politique de l’époque.
Quatre décennies se sont écoulées, et l’enquête n’a jamais abouti. Mais dans la mémoire collective ivoirienne, Valentin Kinda demeure le symbole d’une réussite arrachée à la sueur et au courage. Il a prouvé qu’un immigré pouvait bâtir un empire culinaire, avec pour seule arme son ardeur au travail.

UNE MÉMOIRE GOUROUNSI

Au-delà de l’histoire politique nationale, Valentin Kinda est resté une référence pour certains cadres et intellectuels d’origine gourounsi, qui le citent comme une figure fraternelle et un repère identitaire. Il est notamment évoqué comme « grand frère » dans un témoignage public d’un universitaire burkinabè revendiquant lui-même une ascendance à la fois yadga et gourounsi — signe que le souvenir de Valentin Kinda dépasse le strict cadre de l’histoire économique ou politique pour s’inscrire dans une mémoire communautaire.

 

 

Gourounsi TV

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