Ouagadougou, le 23 juillet 2026
À Son Excellence Monsieur Macky Sall
Objet : Félicitations et proposition pour une candidature africaine porteuse d’une innovation majeure en faveur de la paix mondiale
Excellence Monsieur le Président,
Je tiens à vous adresser mes très chaleureuses félicitations à la suite de votre désignation officielle comme candidat de la République du Sénégal à cette haute responsabilité internationale.
J’associe naturellement à ces félicitations Son Excellence Monsieur le Président de la République du Sénégal, dont la décision traduit la confiance placée dans votre expérience d’homme d’État ainsi que dans votre capacité à porter la voix de votre pays sur la scène internationale.
«Au-delà du Sénégal, je forme le vœu que votre candidature puisse progressivement rallier le soutien de l’ensemble du continent africain et devenir l’expression d’une ambition portée par l’Afrique tout entière.
Notre continent a désormais vocation non seulement à participer à la gouvernance mondiale, mais également à l’enrichir par des idées nouvelles répondant aux défis de notre époque.
À cet égard, je me permets de soumettre respectueusement à votre réflexion une proposition à laquelle je consacre depuis plusieurs années une part importante de mes travaux : la création d’une Banque mondiale de la Réconciliation.
Notre monde investit des milliers de milliards dans la reconstruction après les guerres, les crises politiques ou les fractures sociales. Il demeure en revanche très insuffisamment organisé pour financer la réconciliation elle-même, pourtant indispensable à une paix durable. Prévenir les conflits, restaurer la confiance entre les peuples, accompagner les processus de justice réparatrice, soutenir les initiatives locales de dialogue, préserver la mémoire commune et reconstruire le capital humain devraient bénéficier d’un mécanisme financier international permanent.
Une Banque de la Réconciliation constituerait une innovation institutionnelle majeure, comparable à ce que furent, en leur temps, la Banque mondiale ou les grandes institutions financières internationales, mais appliquée à la prévention des conflits, à la consolidation de la paix et à la restauration durable des sociétés fragilisées.
Je serais profondément honoré si vous acceptiez d’examiner cette proposition et, si vous en partagez l’esprit, d’en faire l’une des contributions africaines majeures aux réflexions sur la réforme de la gouvernance mondiale.
Une telle initiative illustrerait la capacité de l’Afrique à proposer des solutions universelles fondées sur son expérience historique de la médiation, du dialogue et de la recherche constante de la paix.
Je vous renouvelle mes félicitations les plus sincères et vous adresse mes vœux de plein succès dans cette importante mission au service du Sénégal, de l’Afrique et de la communauté internationale.
À toutes fins utiles, je me permets de joindre à la présente une note intitulée:
« BANQUE MONDIALE DE LA RÉCONCILIATION Pourquoi le monde en a désormais besoin Note conceptuelle à l’attention des décideurs internationaux » , qui expose plus en détail les fondements, les objectifs et les modalités de cette proposition.
Veuillez agréer, Excellence Monsieur le Président, l’expression de ma très haute considération.
Me Hermann Yaméogo
Ancien ministre d’État
Ancien président de parti politique
Essayiste et promoteur de réformes institutionnelles.
NOTE JOINTE
BANQUE MONDIALE DE LA RÉCONCILIATION
Pourquoi le monde en a désormais besoin
Note conceptuelle à l’attention des décideurs internationaux.
« Les conflits peuvent anéantir en quelques semaines ou en quelques mois ce que plusieurs générations ont mis des décennies à bâtir. La réconciliation, elle, exige du temps, de la volonté, de la confiance, de l’humilité… et des moyens. »
Chaque année, les conflits armés, les violences politiques et l’instabilité engloutissent des milliers de milliards de dollars. Ils détruisent des infrastructures, déplacent des millions de personnes et anéantissent des décennies de développement. Pourtant, seule une infime partie de ces ressources est consacrée à la prévention durable des fractures qui en sont les causes profondes.
Alors naturellement une question se pose : ne serait-il pas plus rationnel d’investir davantage dans la réconciliation que dans la réparation des destructions ?
Cette interrogation logique, concerne autant les grandes puissances que des États comme ceux du Sahel confrontés au terrorisme, souvent aggravé par les divisions internes et les mégalomanies.
Le XXIᵉ siècle est paradoxal. Jamais l’humanité n’a produit autant de connaissances, de richesses et de pouvoirs technologiques. Pourtant, jamais elle n’a semblé aussi segmentée. La montée des discours de haine, les conflits armés, les coups d’État, les violences communautaires et les luttes géopolitiques montrent de forts dégâts de la confiance entre les peuples comme au sein des nations.
Or, les impacts de ces fractures dépassent désormais largement les frontières. Ils alimentent les crises politiques, économiques et humanitaires, les migrations forcées, le terrorisme, les dérèglements climatiques et les difficultés de gouvernance mondiale. Dans un monde devenu profondément interdépendant, aucune société ne peut durablement prospérer quand d’autres s’effondrent.
Face à cette réalité bien vivante, une autre question mérite d’être posée : puisque la communauté internationale a su créer des banques pour soutenir le développement, pourquoi ne créerait-elle pas une Banque de la Réconciliation, afin d’investir durablement dans la paix ?
D’instinct, certains qualifieront sans doute cette idée d’utopique. Pourtant, presque toutes les grandes institutions internationales paraissaient irréalistes avant leur création : la Banque mondiale, le Fonds monétaire international, le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme…. ou encore le Fonds vert pour le climat.
Chaque époque invente les institutions adaptées à ses défis.
Le XXᵉ siècle a créé les banques du développement.
Le XXIᵉ siècle devra inventer les institutions de la confiance.
Ce projet s’inscrit par suite, dans le prolongement des engagements conclus par la communauté internationale. L’article premier de la Charte des Nations unies fait de la paix ( et de la sécurité internationales) une cible fondamentale. L’Objectif de développement durable n°16 de l’Agenda 2030 appelle à bâtir des sociétés pacifiques, justes et inclusives. Une Banque de la Réconciliation serait justement un instrument concret au service de ces ambitions.
À l’inverse d’une banque financière classique, elle représenterait surtout un investissement mondial dans la prévention des conflits et la reconstruction du vivre-ensemble. Elle marcherait comme une véritable assurance collective contre les fractures politiques, sociales, communautaires ou religieuses.
Elle pourrait financer les processus de dialogue et de réconciliation, les médiations, accompagner les sociétés sortant de crises, promouvoir l’éducation à la paix, tout en constituant une réserve internationale d’experts ….et de ressources rapidement mobilisables dans les zones de tension.
Son action pourrait s’organiser autour de trois priorités complémentaires : guérir les sociétés déjà déchirées ; prévenir les fractures naissantes ; consolider durablement la paix.
Son champ d’intervention, conçu en cercles concentriques, concernerait les États, les collectivités territoriales, les organisations régionales et internationales, les organisations de la société civile, ainsi que les universités, centres de recherche et autres institutions spécialisées.
Une distinction claire doit être établie entre les bénéficiaires des financements et les opérateurs de la réconciliation.
Pour l’accès aux financements, il gagnerait à être subordonné au respect d’exigences minimales en matière de confiance, de bonne gouvernance, de dialogue et de protection des droits fondamentaux.
Le financement de cette Banque devrait lui aussi dépasser les schémas traditionnels. Aux côtés des contributions publiques et des dons volontaires, pourraient être en effet envisagées, une faible contribution provenant de transactions financières internationales, d’activités numériques mondiales….ou encore de sanctions prononcées pour violations graves du droit international.
Pourquoi ne pas créer un « dividende mondial de la paix ? ». Le principe serait tout simple : pendant une période donnée, une faible part des économies réalisées grâce à un accord de paix serait reversée à la Banque de la Réconciliation. Chaque réconciliation réussie aiderait ainsi à financer des suivantes.
Chaque année, l’institution pourrait publier un Indice mondial de la Réconciliation, à l’image de l’Indice de développement humain ou de l’Indice mondial de la paix. Cet indicateur mesurerait les progrès accomplis par les États en matière de cohésion sociale, de dialogue et de prévention des violences.
À l’image du capital humain, social ou naturel, la réalité du capital de réconciliation s’impose.
Plus une société dispose de confiance et de cohésion, plus elle devient résiliente face aux crises.
À l‘inverse, son érosion a un coût immense. Guerres, crises politiques, destructions d’infrastructures, incendies de biens privés, fuite des investisseurs qui représentent des pertes de centaines de milliards de dollars. Investir dans la réconciliation, c’est éviter ces dépenses tout en préservant surtout des vies.
De même que les routes permettent la circulation des biens, les réseaux électriques l’alimentation des économies et Internet la reliance des sociétés, la confiance quant à elle constitue une infrastructure invisible mais sans laquelle aucune institution, aucune économie et aucune démocratie ne peuvent fonctionner longtemps. Sa disparition cause le vacillement des fondements même de la vie collective.
Jusqu’à présent, le monde finance plus les conséquences des crises que leur prévention. La Banque souhaitée en inverserait la logique en faisant de la prévention un investissement prioritaire plutôt qu’une dépense accessoire.
Les progrès de l’intelligence artificielle renforcent l’urgence d’une telle démarche. Si les technologies numériques peuvent grossir la désinformation, ou les discours de haine, elles peuvent aussi devenir de forts outils de prévention. Elles permettent déjà de détecter précocement les discours extrémistes, de cartographier les risques de violences, de mesurer la polarisation sociale et d’orienter les actions préventives. Cette Banque deviendrait ainsi un acteur majeur de la gouvernance préventive.
Son coût demeurerait, à l’évidence, infiniment inférieur à celui des guerres qu’elle contribuerait à éviter. Chaque conflit prévenu représente des milliers de vies épargnées, des générations préservées, des ressources sauvegardées et des décennies de développement protégées.
La paix ne devrait plus être considérée comme le simple résultat heureux d’une négociation diplomatique. Elle doit devenir un véritable domaine d’investissement stratégique, au même titre que la santé, l’éducation ou l’environnement.
La réconciliation ne saurait plus être réduite à un simple rapprochement entre responsables politiques, souvent contesté pour des raisons partisanes ou idéologiques. Elle constituerait un impératif stratégique pour la sécurité collective, la stabilité internationale et l’avenir même de l’humanité.
Cette proposition trouverait bien sûr place, dans une Refondation de la gouvernance mondiale, aux côtés d’autres mécanismes destinés à renforcer la solidarité internationale, la prévention des crises et la coopération entre les peuples.
Ce serait un réel changement de paradigme. Au lieu d’attendre l’éclatement des conflits pour intervenir, la communauté internationale ferait de la réconciliation un investissement anticipatif permanent au service de la stabilité des sociétés.
L’humanité a appris à financer les conséquences des crises ; le temps est venu d’investir dans leurs causes profondes. Elle a construit des routes, des barrages, des hôpitaux, des universités et des technologies. Elle doit désormais investir avec la même détermination dans ce qui conditionne durablement la réussite de tous ces investissements : la confiance entre les êtres humains.
Car, en matière de paix comme en matière de santé, prévenir coûtera toujours moins cher ( et sera toujours infiniment plus humain ) que réparer.
Les civilisations de demain ne seront pas jugées seulement sur leur capacité à produire des richesses, mais sur leur capacité à produire de la confiance. Car la paix est l’investissement le plus rentable qu’une humanité puisse consentir envers elle-même.
« Les grandes institutions naissent souvent lorsqu’une idée longtemps jugée audacieuse, finit par devenir une évidence. Puisse la banque mondiale de la réconciliation suivre un jour ce chemin. »
Me Hermann Yaméogo


