La meule dans la tradition de la femme moaga
La meule, ce moulin traditionnel en pierre, est bien plus qu’un simple outil domestique. Chez la femme moaga, elle est investie d’une forte charge symbolique et occupe une place centrale dans la cour familiale et dans la vie sociale. Elle est à la fois signe de fécondité et de prospérité, symbole du rôle et du statut de la femme, et lieu sacré de transmission des savoirs féminins. Autour de la meule, les femmes se retrouvent, échangent et renforcent leur solidarité. Elle est aussi un espace de liberté d’expression : par les chants, proverbes et adages, la femme exprime sa joie, ses peines, ses frustrations ou ses espérances. La meule devient ainsi un outil de médiation et de régulation sociale, un lieu où les tensions conjugales ou familiales trouvent une forme de résolution pacifique.
Un récit illustre bien cette fonction. On raconte qu’un homme avait deux épouses : l’une qu’il préférait et l’autre qu’il négligeait. Un jour, au marché, il acheta de la viande pour 500 francs et la remit à sa femme favorite, qui la prépara et la partagea seulement avec ses enfants, laissant de côté sa coépouse et les siens. Le soir, à la meule, la femme délaissée choisit de transformer son chagrin en parole chantée. Elle entonna :
« Zak soaba y sãa n da tagsẽ yaa, y maana maam n ka ned maango,
Yir soab kẽnga raaga n da nemd koabga,
N wa kõ po-rʊmda t’a rog n dɩ ne-a biiga,
N bass maan ne m biiga t’a tarr yãbre. »
Ce qui se traduit ainsi : « Chef de famille, si vous aviez pensé à moi, vous ne m’auriez pas traitée comme quelqu’un sans soutien. Vous êtes allé au marché acheter de la viande de 500 francs, que vous avez donnée à votre femme bien-aimée pour qu’elle mange avec ses enfants, me laissant moi et mes enfants dans les larmes. »
À travers ce chant, elle dénonçait l’injustice subie et rappelait à son mari ses responsabilités. Ce récit montre que la meule n’est pas seulement un outil nourricier, mais aussi un sanctuaire féminin où s’expriment les vérités, les blessures et les revendications. Elle nourrit les corps autant qu’elle libère la parole, faisant d’elle un véritable espace de justice et de sagesse au sein de la société moaga.
Tradition et Sagesse Médias

