La justice traditionnelle au Moogho sous le règne de Naaba Warga (vers 1737-1744) : des principes de gouvernance exprimés sous forme de proverbes

Selon la tradition historique moaga, le règne de Naaba Warga, situé vers 1737-1744, est associé à d’importantes réformes ayant consolidé l’organisation politique et judiciaire du Moogho. Afin de préserver la cohésion sociale et de garantir une justice accessible à tous, plusieurs principes de droit coutumier furent énoncés sous forme de proverbes. Transmis de génération en génération, ces maximes constituaient de véritables règles de gouvernance destinées à maintenir la paix, à prévenir les conflits et à protéger l’intérêt de la communauté.
• Zẽeb sãa n wẽ gũngu, naab n so.
Lorsque le litige entre particuliers est tel qu’il risque de provoquer un affrontement à coups de massue, l’objet du litige revient au Roi.
Ce proverbe ne signifie pas que le Roi s’approprie le bien à titre personnel. Il exprime un principe de droit coutumier selon lequel tout bien devenu une source de violence ou de division est retiré aux parties en conflit et placé sous l’autorité royale. En sa qualité de garant de l’harmonie sociale, de la justice et de l’intérêt général, le Roi en devient le dépositaire au nom de la communauté. Ainsi, le bien cesse d’être un objet de rivalité privée pour relever de l’autorité publique, empêchant qu’aucune des parties ne puisse tirer profit d’un conflit mettant en péril la paix sociale.
Les biens concernés pouvaient être, par exemple, une terre, un marigot, une plantation ou tout autre bien faisant l’objet d’un différend.
• Zuk noag donda bʊʊga.
Qui vole un poulet doit restituer une chèvre.
Ce proverbe consacre le principe de réparation aggravée. Celui qui s’approprie le bien d’autrui ne se contente pas de le restituer : il doit réparer le préjudice en offrant un bien de valeur supérieure. Cette règle visait à indemniser la victime tout en décourageant les actes de vol.
• Yõor sãa n kae, yõor n lete
.
Toute vie ôtée doit être payée par une autre vie.
Cette maxime exprime le principe selon lequel l’auteur d’un homicide répond de son acte de la manière la plus sévère. Dans le système judiciaire de l’époque, ce principe fondait l’application de la peine capitale pour les atteintes les plus graves à la vie.
À travers ces proverbes, la justice traditionnelle moaga apparaît comme un système fondé sur la préservation de la paix sociale, la protection de l’intérêt général, la réparation des torts et la responsabilité des auteurs d’infractions. L’autorité royale y apparaît non comme une autorité de jouissance, mais comme une institution garante de l’ordre, de l’équité et de la cohésion de la société.
Photo d’illustration : Le Royaume de Boussouma
Tradition et Sagesse Médias
Reveil-info