Burkina Faso – France : La fin de l’illusion, l’aube d’une souveraineté assumée
Le 26 juin 2026 restera gravé dans les annales de notre histoire politique comme le jour où le Burkina Faso a choisi de briser le miroir déformant d’une diplomatie à sens unique. En annonçant la rupture officielle de ses relations diplomatiques avec la République Française, notre Gouvernement n’a pas simplement posé un acte administratif. Il a parachevé un long et douloureux processus d’émancipation entamé il y a plus de six décennies. C’est l’aboutissement logique d’une histoire tumultueuse, faite de rendez-vous manqués, de promesses non tenues et d’une quête incessante de dignité.
Pour comprendre la portée de cette décision historique, il faut replonger dans les méandres des relations franco-burkinabè depuis 1960. L’indépendance octroyée sous Maurice Yaméogo n’était qu’un paravent. Derrière les accords de coopération technique et militaire se cachait une réalité bien plus sombre : celle de la « Françafrique », ce système invisible de tutorat politique, économique et monétaire. Pendant des décennies, Ouagadougou a dû composer avec un partenaire qui se comportait davantage en régent qu’en égal, maintenant notre pays dans une souveraineté de façade.
Puis vint l’éclair de la Haute-Volta devenue Burkina Faso. Entre 1983 et 1987, la Révolution portée par le Capitaine Thomas Sankara a tenté d’opposer un refus catégorique à cet impérialisme. C’était la première fois que le Burkina Faso affirmait haut et fort sa souveraineté, refusant la charité humiliante et dénonçant le néocolonialisme sur les tribunes internationales. La suite, nous la connaissons : ce sursaut patriotique a été brutalement stoppé, replongeant le pays pendant près de trente ans dans une diplomatie de soumission et de compromissions sous l’ère du « compromis historique ».
Aujourd’hui, l’histoire nous ramène à la croisée des chemins, mais le contexte a changé. Le peuple burkinabè, fort de sa jeunesse consciente, ne veut plus d’une relation « infantilisante ». L’évaluation approfondie de nos rapports bilatéraux révèle une rupture de confiance majeure. Comment continuer à feindre la normalité diplomatique face à un activisme incessant qui nuit à nos intérêts stratégiques? Comment accepter des ambitions néocoloniales à peine voilées et des discours occidentaux paternalistes visant à faire de notre nation un paria de la scène internationale? Pire encore, la complaisance, voire le soutien actif apporté à des réseaux subversifs et aux forces obscurantistes qui endeuillent le Sahel, a rendu cette cohabitation institutionnelle intenable.
Face à la guerre asymétrique qui nous est imposée, le choix de la rupture n’est pas un repli identitaire, c’est un choix de responsabilité et de survie nationale.
Que l’on ne s’y trompe pas : cette décision ne vise pas les citoyens français, avec qui nous partageons des liens historiques, culturels et humains profonds. Le Burkina Faso demeure une terre d’hospitalité pour tous les expatriés qui respectent nos lois. La rupture cible exclusivement un cadre institutionnel obsolète et un régime parisien déconnecté des réalités africaines.
En tournant cette page, le pays des Hommes Intègres pose les jalons d’un avenir neuf. Notre boussole est désormais claire : la diversification géopolitique, l’affirmation de la coopération Sud-Sud et le développement de partenariats équilibrés fondés sur la réciprocité absolue et le respect strict de notre souveraineté.
Nous avons choisi d’écrire notre propre histoire, sans tuteur ni maître. C’est le prix de notre dignité. C’est le chemin de notre liberté.
Par Serge Magloire Dabira
Reveil-info
