Home » Cameroun : l’Etat,la ligue des consommateurs et Canal +

Peut-on légalement vendre un produit initialement gratuit ? C’est la question cruciale qui secoue à nouveau le secteur de l’audiovisuel camerounais. Dans une récente sortie médiatique, la Ligue Camerounaise des Consommateurs (LCC) a formellement invité l’État à « recadrer » les pratiques de la filiale locale du géant français Canal+. L’association de défense des droits dénonce l’obligation pour les ménages de payer un abonnement mensuel afin d’accéder aux chaînes nationales.

Au Cameroun, les principales chaînes de télévision à l’instar de la CRTV, de Canal 2 International, de STV ou encore de Vision 4 sont diffusées gratuitement par voie hertzienne (TNT). Pourtant, dès lors qu’un ménage utilise un décodeur satellite Canal+, l’accès à ces mêmes médias devient conditionné au paiement d’une formule tarifaire.

Pour la LCC, cette situation est inadmissible. L’association estime que l’interruption des signaux locaux lorsque l’abonnement d’un usager expire constitue une injustice économique majeure. Elle prive des millions de Camerounais d’un accès direct à l’information de proximité, pourtant essentielle en période de défis socio-économiques.

Sur le plan légal, la colère des consommateurs s’appuie sur un principe réglementaire international bien connu : le « Must Carry » (obligation de transport). Cette règle stipule que tout distributeur de services par satellite ou par câble a le devoir de diffuser gratuitement, et sans surcoût pour le téléspectateur, les chaînes nationales jugées d’utilité publique.

Face à ce vide entre le texte et la réalité du marché, la LCC se tourne vers le Ministère de la Communication (MINCOM) et le Conseil National de la Communication (CNC). L’objectif est de contraindre l’opérateur à basculer les chaînes camerounaises dans un forfait « gratuit à vie » après l’achat initial du décodeur.

De son côté, l’opérateur historique de télévision par satellite justifie régulièrement sa structure tarifaire par des contraintes industrielles. Transporter un signal audiovisuel sur un satellite, sécuriser les flux contre le piratage et entretenir des infrastructures d’émission lourdes représentent des investissements colossaux. Pour l’entreprise, le prix payé par l’abonné finance l’accès à cette technologie de diffusion, et non le contenu des chaînes en lui-même.

Cependant, cet argumentaire peine à convaincre une opinion publique de plus en plus sensible aux questions de souveraineté numérique. Le débat dépasse désormais le simple cadre commercial pour devenir un enjeu de politique publique.

Alors que la pression citoyenne s’accentue, les yeux se tournent désormais vers le régulateur camerounais. Le gouvernement choisira-t-il de faire appliquer strictement le principe de gratuité des médias nationaux, quitte à durcir ses relations avec le leader de la pay-TV ? La réponse de l’exécutif est attendue de pied ferme par les associations de consommateurs, bien décidées à faire sauter ce péage audiovisuel.

Reveil-info

Source : NTA

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