Magnifique ! En toute hospitalité sincère, le musée militaire a offert un rendez-vous chaleureux à un public venu de divers horizons. Comme la calligraphie sur le tableau l’indique, c’est une journée de culture et d’art et les visiteurs se sont émerveillés de l’opulence. Le décor interne diffuse un effet esthétique et motive à saluer la valeur des organisateurs et la qualité des précautions pour prévenir des embarras de la pluie et de l’insolation. Des tentes ont abrité les bienvenus à la rencontre, et les ombres se faisaient favorables. Conviviale était l’ambiance, le succès révélé. Pas un incident n’est à déplorer. Le bain de foule était exquis, inhérent à une aubaine de proximité plurielle qui entretenait les participants, tous unis sous l’esprit commode d’un thème judicieux à l’ordre du jour. A côté des invités venus de différentes institutions, des étudiants affichaient un enthousiasme épais, sans oublier la sérénité des bérets bleus que des jeunes en uniforme arboraient. Deux anciens présidents aussi étaient là. Une perspicacité aiguë suffisait pour apercevoir leur passage éphémère. Au poing levé, le capitaine Thomas Sankara, avec le général Sangoulé Lamizana, au garde-à-vous, tous deux ont salué les concitoyens qui ont consenti à honorer de leur présence cette journée culturelle. Sous un idéal unificateur, ce beau monde bigarré a fait preuve de solidarité en rendant hommage aux soldats tombés sur le champ d’honneur. C’était ce samedi 28 Septembre 2024.
L’événement est plein de solennité. Dès 10h, un speaker a annoncé au micro le début de la cérémonie par un discours d’ouverture. L’illustre colonel Evariste Somé a été présenté, avec l’honorable commandant Edwige Nama. Les deux étaient à la hauteur de leur statut, ils ont joué un rôle crucial et leur présence était nécessaire. D’une empreinte indélébile, ils ont marqué cette affirmation militaire d’une coloration culturelle. On se souviendra toujours de l’abnégation courageuse et du repos hebdomadaire qu’ils ont sacrifié pour obtempérer à l’appel du devoir. Plusieurs questions ont été posées, aucune d’elles n’a manqué de réponse. La pédagogie du commandant Edwige a avantagé une compréhension éclairée sur l’histoire des forces armées et une idée nette sur les défis quotidiens. Directrice des ressources humaines, convaincue et convaincante, elle est une oratrice minutieuse qui donne un goût de revenez-y. Quant au colonel Evariste, c’était pareil. Il a donné des résultats escomptés. Malgré la rigueur intouchable de la déontologie et le caractère hermétique de la doctrine militaire qui interdit toute intrusion et toute curiosité profanes, il a mené une communication soigneuse, sans faillir ni trahir. Directeur de la direction culturelle, digne des acclamations à lui conférées, il est irréprochable de sacrilège. Les auditeurs se disent satisfaits de son enseignement inattendu. Au fil des heures, des artistes de tout genre ont exécuté des prestations dramaturgiques et musicales. L’effet humoristique d’un sketch animé par deux acteurs a donné à la galerie une détente bénéfique et les chanteurs impressionnants ont dédié un message de compassion aux veuves et aux orphelins. Epris de paix et de victoire, chacun a traduit un vœu positif. Ainsi la cérémonie s’est terminée en beauté et par la contemplation de trois pavillons. En guide courtois, Michel Sawadogo a donné clairement des explications impeccables sur les collections. D’emblée, il a fait chanter l’ancien hymne de la Haute-Volta et celui du Burkina. L’abbé Robert a créé le premier et le substitut par Patrick G Ilboudo, journaliste et époux de chère Olga Ilboudo. Celle-ci, en vertu de la médiation du premier ministre Kyelem, a préfacé un ouvrage de Cyrille, titré ‘‘Les Empreintes Antinomiques’’. De profession militaire et de vocation de dramaturge, Michel est un homme passionné pour la culture et les acquis de son pays. A travers des tournées théâtrales, il a fait jouer des pièces dans plusieurs contrées. A la sortie du dernier pavillon, un panneau de dégustation appelait les amateurs à se désaltérer sous un hangar aux aliments du cru. Du lait frais au dolo en passant par d’autres variétés alléchantes, on ne manquait de rien.
En un mot, ce musée militaire est véritablement un département culturel performant ; fidèle à sa destination, il fait la fierté de la nation. Sa position géographique ordonne une figure géométrique et il constitue un triangle avec le siège du fespaco et le sénégalais Sembène Ousmane en sculpture sise au rond-point des cinéastes. Pas par hasard, il y a des potentiels cinéphiles à mettre en valeur pour renforcer le patrimoine artistique militaire. Une bibliothèque vouée aux œuvres écrites par des militaires ou des civils et un laboratoire scientifique seraient des annexes complémentaires. Sera déposé un exemplaire de livre que nous avons écrit sous la Tour d’Afrique à Bamako et à la frontière du Sénégal avec le Mali et qui a été publié à Ouaga puis à Paris. Intitulé ‘‘Festival Ténébreux’’, la réponse est vivement attendue des présidents Assimi Goïta et Ibrahim Traoré. Auparavant, ils ont été invités à le lire, notamment le folio 118 : « En Afrique, les Africains doivent vivre en frères et éviter toute sorte de discorde. Les Blancs nous ont divisés par le passé. Nous sommes éveillés. Nous sommes les grains d’un même panier et nous devrons nous réunir. Marchons comme sur des œufs pour ne pas démolir la solidarité africaine. Notre prospérité en dépend. »
Sur le toit du laboratoire, on montera des kits d’un appareil volant. Le fusé surnommé Dimitri Medvedev ou Vladimir Poutine subira un lancement spatial. De même équipage, des astronautes maliens, burkinabè et nigériens iront sur la lune. Avec des experts russes, ils reviendront à l’aéroport Ibrahim Traoré, capitaine et pionnier des innovations au service de l’épanouissement de la dignité des peuples noirs.
Agé de 25 ans, c’est un jubilé d’or en perspective pour le célèbre musée des armées qui se baptise et se rebaptise sans cesse par des noms flottants en recherchant un nom stable et définitif. Aujourd’hui à sa deuxième édition culturelle qu’il célèbre cette année, les témoins sont unanimes à lui souhaiter une évolution merveilleuse et un bon vent en poupe sur son parcours futuriste.
Cyrille Ouédraogo, écrivain
