Dr Harouna KABORE
La tribune de ce jour est la première partie d’une contribution qui vise à fournir des clefs d’auto-évaluation pour chaque porteur d’idée ou de projet entrepreneurial sur son appétence à prendre des risques et sur la nécessité d’en prendre pour être, rester ou devenir prospère.
CHEF D’ENTREPRISE ? RISQUE ?
Le chef d’entreprise, l’entrepreneur dont il est question ici est celui qui est propriétaire de l’entreprise, du capital, c’est un acteur aux rôles multiples qui possède l’esprit d’entreprendre reposant sur trois qualités : le sens de l’initiative, celui de la responsabilité et celui de la capacité à créer. Ce qui implique la prise de décision pour se lancer et pour faire vivre l’entreprise. Et cela n’est pas sans risque.
Le risque est la perception d’une incertitude relative aux conséquences négatives potentiellement associées à une alternative de choix (Volle, 1995). Le risque est donc composé de pertes et d’incertitudes.
Qu’est-ce qui amène alors une personne à prendre des risques ? Selon Herbert Simon (économiste et sociologue américain, Prix Nobel 1978), les individus prennent leurs décisions sous l’influence de nombreux facteurs, parmi lesquels la raison et le calcul, mais également le sens de l’équité, la loyauté, l’expérience, la tradition et l’habitude. Les facteurs individuels et familiaux déterminent également la propension à prendre des risques (Wang et Poutziouris, 2010). Ainsi, le chef d’entreprise est censé assumer seul les difficultés, les risques et les échecs de ses actions, et surtout travailler avec l’incertitude constante d’être en adéquation avec les attentes (souvent implicites) de l’organisation.
Le prisme de l’efficacité personnelle laisse donc entrevoir l’importance de l’expérience passée sur le comportement des entrepreneurs et sur leur perception du danger dans l’exercice de leur actualité. En somme, nos parcours, nos histoires personnelles, notre environnement sont des facteurs déterminants dans nos capacités à prendre des risques. La perception du risque va donc modifier le comportement d’un créateur et sera un des déterminants du comportement risqué et du choix d’entreprendre. Vous convenez avec moi que le risque est inhérent à l’activité d’entreprendre. Il est ensuite présent tout au long de la vie de l’entreprise et cela a d’ailleurs engendré une fonction de gestion de risque dans les entreprises.
MON EXPERIENCE PERSONNELLE ET LES RISQUES QUE J’AI PRIS A PARTIR DE 2009
L’entrepreneuriat est une voie passionnante pour ceux qui, comme moi, ont créé ou cherchent à créer leur propre entreprise et à réaliser leurs rêves professionnels. Cependant, il y a des risques associés, et il est important de les comprendre avant de se lancer dans l’aventure.
Je finissais mes études de Master 2 dans le modèle « alternance » où je faisais quatre (4) jours en entreprise (au service Bâtiment et Infrastructures de la télévision TF1) et un (1) jour à l’université de Marne-La-vallée (Paris Est). Après nos soutenances , être recruté par l’entreprise qui vous a accueilli pour la formation en « alternance » ou être embauché ailleurs était quasi une garantie pour tous les étudiants de ma promotion du fait justement de ce parcours universitaire en « alternance ».
J’ai pourtant fait le choix de ne pas travailler en France et de rentrer pour créer mon entreprise au lieu de rester dans ma zone de confort de cette période de ma vie. Cela était conforme à mes convictions d’aller poursuivre mes études afin de retourner au pays pour impacter son développement en y créant une entreprise.
Toujours inscrit en tant qu’étudiant en 2009, j’avais droit à mon titre de séjour. Et sans inscription pour une autre année scolaire, sois je travaillais et je changeais de statut, sois je perdais la possibilité de renouveler mon titre de séjour en fin d’année universitaire si je ne poursuivais pas des études. Rentrer au pays impliquait que pour la prochaine visite en France il me faudrait obtenir un visa. Deux mois après mon retour au pays, je devais y retourner pour des rendez-vous d’affaires; et j’ai alors du demander un visa qui m’a été accordé. Quitter l’Europe quand on y’a vécu environ cinq (5) ans sans être sur d’y retourner après avoir perdu son titre de séjour constitue une hantise pour beaucoup de personnes surtout quand on s’engage dans une aventure au détriment d’un emploi bien rémunéré et avec des attentes des votre au pays natal.
Des risques j’en ai pris comme celui d’un prêt bancaire et bien d’autres qui m’ont installé souvent dans des « zones de fortes turbulences » voir des moments périlleux. De quoi s’agit-il exactement ? Quel a été l’impact de ces risques pris sur ma vie ? Quelles leçons j’en ai tiré pour la suite de ma vie de chef d’entreprise ? Rdv mardi prochain pour en parler et aussi pour partager des conseils dans la prise de risques pour réussir son projet d’entreprise.
Dr Harouna Kaboré, chef d’entreprises
Ancien ministre du Commerce du Burkina Faso
