Congrès de PASTEF : Ousmane Sonko n’a pas prononcé un discours, il a rédigé une doctrine
Pendant que certains politiciens sénégalais peinent à aligner trois idées sans consulter leur conseiller en communication, Ousmane Sonko, lui, est monté à la tribune de Diamniadio avec autre chose qu’un discours de congrès. Il est arrivé avec un manuel de combat politique, un traité de souveraineté et, surtout, une mise en demeure adressée à tous ceux qui croyaient que la révolution Pastef s’était arrêtée le soir de la victoire électorale.
Dans une époque où la politique est devenue un concours de selfies, de slogans creux et de transhumances opportunistes, Sonko a rappelé une évidence que beaucoup avaient oubliée : gagner le pouvoir n’est pas transformer un pays.
Là où certains célèbrent les postes, lui parle de mission historique. Là où certains comptent les véhicules de fonction, lui compte les générations à libérer. Là où certains découvrent soudainement les vertus du silence dès qu’ils goûtent aux privilèges du pouvoir, lui rappelle que la souveraineté n’est pas un slogan de campagne mais une architecture à construire.
Et c’est précisément là que son discours prend une dimension particulière.
Depuis des mois, les observateurs scrutent les tensions, les fractures, les rivalités, les ambitions et les calculs dans les couloirs du pouvoir. Beaucoup attendaient un règlement de comptes. Ils ont eu droit à une leçon de doctrine.
Sonko a réinstallé Pastef dans son ADN originel : celui d’un parti de transformation et non d’administration.
Car le danger de toute révolution commence souvent après sa victoire.
Les révolutionnaires deviennent ministres.
Les résistants deviennent gestionnaires.
Les combattants deviennent bureaucrates.
Et parfois, les victimes d’hier finissent par ressembler aux privilégiés qu’elles combattaient.
C’est précisément contre cette maladie du pouvoir que Sonko a vacciné son parti.
Lorsqu’il déclare : « Nous n’avons pas le droit de devenir une élite de remplacement », il ne parle pas seulement à ses militants. Il parle à tous ceux qui, depuis mars 2024, ont commencé à confondre engagement politique et ascension sociale.
Le message est limpide : Vous n’avez pas souffert pour remplacer une aristocratie par une autre. Vous n’avez pas marché sous les lacrymogènes pour obtenir simplement un meilleur bureau climatisé. Vous n’avez pas enterré des martyrs pour fabriquer une nouvelle caste.
Et c’est là que le discours devient redoutable.
Parce qu’il remet le peuple au centre du jeu.
Pas le pouvoir. Pas les institutions. Pas les individus mais le peuple.
Cette idée traverse toute son intervention comme un fil rouge : Pastef ne serait rien sans les quartiers, les villages, les universités, la diaspora, les jeunes, les pêcheurs, les paysans, les femmes et tous ceux qui ont porté le mouvement lorsqu’il était traqué, dissous et persécuté.
D’ailleurs, l’une des phrases les plus puissantes du congrès restera sans doute celle-ci :
« On peut dissoudre un parti sur le papier, mais on ne dissout pas une espérance. »
En une phrase, Sonko résume l’histoire récente du Sénégal.
On a dissous une structure. On a emprisonné des dirigeants. On a exilé des responsables. On a interdit des manifestations.
Mais on n’a jamais réussi à dissoudre l’idée.
Or l’Histoire a toujours été écrite par les idées qui survivent à leurs bourreaux.
L’autre moment fort du discours intervient lorsqu’il évoque les martyrs.
Là encore, aucun triomphalisme. Aucune amnésie. Aucune tentative de tourner la page.
Sonko rappelle que le sang versé crée une dette morale.
Une révolution qui oublie ses morts finit toujours par vendre ses vivants.
C’est probablement l’avertissement le plus grave lancé à ceux qui exercent aujourd’hui le pouvoir. Car derrière l’hommage aux victimes se cache une injonction : ne jamais trahir la raison pour laquelle elles sont tombées.
Mais le passage le plus commenté restera certainement celui adressé aux détenteurs actuels du pouvoir exécutif.
Sans citer personne. Sans prononcer de nom.
Sans ouvrir explicitement les hostilités.
Sonko trace néanmoins une frontière politique nette.
D’un côté, le socle collectif. De l’autre, les trajectoires individuelles. Autrement dit, dans la vision qu’il expose, aucun responsable, aussi élevé soit-il dans la hiérarchie de l’État, ne peut prétendre incarner seul le projet Pastef.
Message reçu cinq sur cinq dans une salle qui a parfaitement compris à qui s’adressait la leçon.
Au final, ce congrès aura produit bien plus qu’une réélection.
Il aura marqué le retour du théoricien derrière le tribun. Le stratège derrière le leader populaire.
Le bâtisseur derrière l’opposant devenu homme d’État. Pendant que certains cherchaient des signes de division, Sonko a choisi de parler d’idéologie.
Pendant que certains cherchaient des noms, il a parlé de principes. Pendant que certains cherchaient des postes, il a parlé d’Histoire.
Et dans le désert intellectuel qu’est devenue une grande partie de la politique africaine, un discours de cette densité ressemble presque à une anomalie.
Une anomalie qui rappelle que les grandes aventures politiques ne meurent pas lorsqu’elles perdent le pouvoir.
Elles meurent lorsqu’elles cessent de savoir pourquoi elles l’ont conquis.
Malick BA
Reveil-info

