31 mai 2026
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Requiem pour un Président assassiné

Récit et temoignage de Jonas HIEN suite à un entretien avec le géniteur du père de la Révolution Démocratique et Populaire

Jonas Hien

La réhabilitation de Thomas Sankara est pour moi un acte qui va au-delà de la continuation de la RDP en RPP.

L’acte du Capitaine Ibrahim TRAORÉ et de ses camarades console les familles des parents assassinés le 15 octobre 1987, d’une part, et apaisent les esprits des ancêtres, d’autre part.

En effet, le père et la mère de Thomas Sankara sont tous décédés sans avoir mis pied au cimetière de Dagnoën, après plus de 12 ans pour la mère et près de 20 ans pour le père.

*J’ai supplié le Vieux Joseph Sankara pour qu’il ne meure pas sans avoir vu la tombe.*

Il a fini par me dire qu’il est fort possible qu’il meurt sans voir la tombe et il m’a dit pourquoi.

Le Vieux Joseph Sankara et moi étions des parents à plaisanterie.

En effet, sa vie à Gaoua, où Thomas Sankara a fait son école primaire, avait fait de lui un Lobi de Gaoua. Il était tellement bien intégré et adopté par une famille Kambou qui lui a donné le nom de Joseph Kambou.

Et Sachant que les HIEN et apparentés sont des parents à plaisanterie avec les KAMBOU, KAMBIRÉ et apparentés, lorsque j’arrivais à son domicile à Paspanga, il m’accueillait en parent à plaisanterie avant qu’on se lance dans des causeries.

A chaque fois que je passais une semaine sans venir le voir, il envoyait s’assurer que son esclave n’a pas été enlevé par ‘’Blaise’’.

A côté de lui, j’ai pu mesurer combien le père et la mère de Thomas Sankara ont moralement souffert de la trahison de Blaise Compaoré, jusqu’à mourir sans avoir vu la bombe de leur fils.

Un jour, je lui ai demandé si Thomas (c’est comme ça qu’on l’appelle en famille) était au courant de son assassinat qui se préparait, comme le disent les rumeurs.

*Le Vieux Sankara soupira, un silence puis me dit :*

*« oui, c’est vrai, il était au courant ».*

Et suivez le récit de Feu Joseph Sankara.

« Une nuit, vers deux heures du matin, j’ai été réveillé et on me disait qu’un Monsieur voulait me voir.

Quand nous étions assis à huis clos, il s’est présenté :

*Il est militaire, un des commandos de Blaise à Pô.*

Il m’a dit qu’il vient tout droit de Pô à l’insu de ses camarades d’armes ; qu’il a pris le risque de venir me voir.

*Il m’informa du projet du coup d’Etat contre mon fils.*

Il m’a précisé qu’il ne s’agira pas de l’arrêter mais de le tuer.

*Il m’a supplié de le convaincre de quitter d’urgence le pays.*

Pour être curieux, je lui ai demandé si Blaise est au courant.

Il m’a dit que c’est lui le cerveau du coup en préparation.

Il a quitté la même nuit aux environs de trois heures du matin pour regagner Pô.

*C’est d’ailleurs un de tes parents mais je ne peux pas dire son nom car il est toujours en fonction.*

Il m’a dit que le risque qu’il a pris en venant me voir en valait la peine car il ne peut pas laisser tuer son frère Thomas.

Je suis resté assis là et j’ai envoyé l’appeler d’urgence Thomas à cette heure tardive.

Comme je n’avais pas l’habitude de le déranger de cette façon, il a eu certainement peur car il est arrivé en catastrophe à la maison et déjà du dehors il criait en disant:

‘’ *Papa, qu’est-ce qui se passe’’ !*

Je lui ai répété mot par mot ce que j’ai entendu.

Il m’a dit :

‘’ *Papa merci. Si c’est ça, je suis déjà au courant depuis.*

On me dit de quitter le pays, c’est pour aller où ! Mon pays c’est ici, je reste ici, qu’on me tue ici et qu’on m’enterre ici’’.

*Il s’est levé et il est reparti. »*

Une autre fois, lors de nos causeries habituelles, le Vieux Sankara déplora le comportement de Blaise Compaoré envers lui.

*Écoutons :*

« le 8 octobre 1987, j’ai envoyé appeler Blaise. Il est venu et on s’est assis ici.

Je lui dis que des rumeurs circulent faisant état que ça ne va pas entre lui et son frère.

*C’est quoi le problème ?*

Blaise m’a dit qu’il a entendu aussi les mêmes rumeurs et qu’il s’agit de la manipulation politique pour le mettre en conflit avec Thomas.

*Il m’a dit de rester tranquille car il n’y a aucun problème entre lui et son frère Thomas.*

C’était donc un jeudi, une semaine avant l’assassinant de Thomas (le Vieux Sankara resta silencieux comme pour retenir des larmes, avant de continuer).

*Comme il m’a rassuré, on a causé un peu et il est reparti. »*

En fait, le Capitaine Blaise Compaoré s’est moqué du Vieux Sankara car il avait déjà planifié l’assassinat du fils de celui avec qui il causait.

*Et le jeudi 15 octobre 1987 arriva.*

*Le Vieux Sankara me recite ce qui s’est passé ce jour-là :*

« le 15 octobre, Thomas est venu ici à la maison dans la matinée.

Quand il est devenu Président, c’est la seule fois qu’il est venu à la maison et il est resté longtemps avec nous.

*On a parlé de tout et de rien.*

*Il nous a dit, sa mère et moi, qu’on ne connaît pas sa valeur ;*

Que quand il va mourir, c’est là qu’on va savoir qu’on a mis au monde un fils valeureux.

‘ *’Vous ne pouvez pas comprendre ce que je vaux pour le monde’’, nous a-t-il dit.*

Quand il s’est levé pour repartir, il s’est adressé à sa mère :

*‘’Maman, je pars, mais on ne se reverra plus’’*

*Et il est sorti.*

J’ai dit à sa mère si elle a compris ce que son fils a dit.

*Il a dit que vous ne vous reverrez plus et tu ne cherches pas à comprendre !*

Sa Maman a couru dehors et lui a dit de revenir.

*Elle lui a demandé ce qu’il a voulu dire par*

‘’on ne se reverra plus’’.

Thomas a répondu à sa mère en disant ceci :

*Je meurs ce soir.*

*On a une réunion ce soir et j’ai appris qu’on va me tuer là-bas !*

C’est pourquoi j’ai dit ça’’

(Sur ce point, la mère de Sankara qui nous écoutait intervient pour apporter d’autres précisions).

Le Vieux Joseph Sankara poursuit le récit.

* »Je suis resté en train de secouer la tête ».*

C’est là qu’il a saisi l’occasion pour s’adresser à sa mère et moi :

* »Papa, écoute, toi et Maman, si vous apprenez qu’on m’a tué, gardez patience ».*

*Si c’est quelqu’un d’autre qui m’a tué, vous êtes libre de faire ce que vous voulez.*

*Mais si c’est Blaise Compaoré qui m’a fait tuer, vous deux-là, je vous interdis de verser une seule goutte de larme’’.*

*Et il est ressorti en disant:*

‘’Adieux Maman’’ ».

J’avoue que ce récit a produit des larmes en moi et encore plus, quand le Vieux Joseph Sankara a terminé en disant :

*« vers les 16 h 30 mn on a entendu des crépitements de kalachnikov.*

J’ai appelé sa mère en lui disant:

* »C’est sûr que c’est ton fils là qu’on est en train de tuer comme ça ».*

Il nous avait prévenus.

Nous sommes restés là, dans l’angoisse, sans nouvelles.

*Entre-temps, Mariam, son épouse, est entrée en courant et en criant:*

« donner moi un foulard noir ».

On a tout de suite compris.

J’ai immédiatement dit à sa mère de tout faire pour respecter ce qu’il a dit, en ne laissant couler aucune larme.

*Dieu merci elle a pu contenir ses larmes. »*

Ces récits justifient mes propos que la réhabilitation de Thomas Sankara peut apaiser les esprits des ancêtres.

En attendant, Blaise Compaoré meurt à petit feu à Abidjan.

Visiblement, les ancêtres ne sont pas prêts à l’accueillir.

C’est le prix de la haute trahison !

Jonas Hien

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