Diomaye nomme un ancien haut fonctionnaire de la BCEAO : que comprendre ?
Le nouveau Premier ministre du Sénégal, en remplacement d’Ousmane Sanko, est connu désormais. Il se nomme Ahmadou Al Aminou Lo. Il a été nommé dans la soirée de ce lundi 25 mai 2026, par le président Bassirou Diomaye Faye.
Avant sa nomination, le tout nouveau Premier ministre occupait les fonctions de Ministre auprès du Président de la République chargé du suivi de l’Agenda national de transformation « Sénégal 2050 ». Il avait aussi occupé plusieurs postes importants à la Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), notamment les fonctions de directeur national pour le Sénégal, secrétaire général au sein de cette grande institution sous-régionale.
La nomination de Ahmadou Al Aminou Lo, ancien haut cadre de la BCEAO, par le président Bassirou Diomaye Faye est donc politiquement très révélatrice. Elle montre clairement que Diomaye Faye entre dans une phase de transition entre le discours souverainiste de son parti, le PASTEF et les contraintes concrètes de la gestion de l’État.
Il faut rappeler que le projet politique porté par Ousmane Sonko et Diomaye Faye durant l’opposition reposait fortement entre autres sur :
• la souveraineté économique
• la critique du système du FCFA
• la remise en cause de certaines dépendances vis-à-vis des institutions financières internationales
• la volonté d’une réforme monétaire profonde.
Or, le nouveau Premier ministre représente presque l’inverse symbolique :
• la technocratie monétaire ouest-africaine
• la stabilité financière
• les mécanismes de la BCEAO
• une culture économique compatible avec les institutions régionales et internationales.
C’est précisément ce contraste qui rend cette nomination extrêmement significative. Ce qui démontre une rupture entre le discours militant et l’exercice du pouvoir. Dans l’opposition, Diomaye Faye, à côté d’Ousmane Sonko, pouvait défendre une ligne très offensive relative à la sortie du FCFA, la monnaie nationale, la réforme radicale de la BCEAO, la rupture avec certains équilibres hérités de la Françafrique.
Mais une fois au pouvoir, plusieurs réalités rattrapent brutalement le « Plan B » d’Ousmane Sonko et du PASTEF. Il s’agit :
• du poids de la dette
• de la dépendance aux marchés financiers
• des négociations avec le FMI
• des risques de fuite des capitaux
• de la fragilité budgétaire du Sénégal.
Dans ce contexte, nommer un ancien dirigeant de la BCEAO revient, pour Diomaye Faye, à envoyer un message clair à ses compatriotes : le Sénégal ne veut pas provoquer un choc monétaire brutal. Il prend donc implicitement ses distances avec la ligne Sonko qui milite pour :
• une rupture plus frontale ;
• une critique virulente des dépendances monétaires ;
• une volonté d’accélération politique ;
• une approche parfois plus idéologique de la souveraineté.
À l’inverse, Diomaye Faye, en optant pour un ancien haut fonctionnaire de la BCEAO, opte ouvertement pour :
• la prudence ;
• l’orthodoxie financière ;
• la continuité institutionnelle ;
• le dialogue avec les bailleurs.
Cette nomination soulève alors une question fondamentale : comment promet-on une rupture avec le système monétaire du FCFA tout en confiant la Primature à un ancien haut responsable de ce même système ?
C’est là que Diomaye Faye risque de perdre la majorité de sa base militante, plus particulièrement la plus radicale, qui verrait dans cette nomination un recul idéologique, une intégration progressive dans le système qu’elle dénonçait auparavant…
A bientôt !
Claver Oula
Reveil-info

