19 mai 2026
Home » Géopolitique Africaine- Célébration de l’indépendance de Somaliland: le combat d’un peuple debout pour son existence

Célébration de l’indépendance de Somaliland : le combat d’un peuple debout pour son existence

Le drapeau rouge, blanc et vert a flotté ce lundi 18 mai 2026 sur Hargeisa comme un défi lancé au silence du monde. Dans les rues de la capitale du Somaliland, les chants patriotiques, les parades civiles et militaires et les rassemblements populaires ont rappelé à la communauté internationale une vérité que les habitants de ce territoire répètent depuis plus de trois décennies : un peuple qui administre sa terre, protège ses frontières, organise ses élections et maintient la paix ne peut éternellement demeurer dans l’ombre diplomatique.

Chaque année, le 18 mai, le Somaliland célèbre ce qu’il considère comme l’acte fondateur de sa renaissance politique. Cette date renvoie au 18 mai 1991, jour où ce territoire de la Corne de l’Afrique a proclamé unilatéralement le rétablissement de son indépendance après l’effondrement de l’État somalien. À Hargeisa, la capitale, les célébrations prennent souvent les allures d’une démonstration nationale de souveraineté. Des parades militaires y sont organisées avec déploiement des forces armées et des unités de sécurité, dans une volonté affirmée d’exhiber la capacité du territoire à assurer lui-même sa défense et sa stabilité. Aux côtés des démonstrations martiales, les rues vibrent également au rythme des défilés civiques, des chants patriotiques, des danses traditionnelles et des couleurs rouge, blanc et vert du drapeau somalilandais brandi avec ferveur par des milliers de citoyens.

Les festivités donnent aussi lieu à des discours officiels au cours desquels les autorités reviennent sur les avancées institutionnelles, les ambitions diplomatiques du territoire et les partenariats recherchés avec d’autres nations africaines et étrangères. Car malgré l’absence de reconnaissance officielle par une grande partie de la communauté internationale, le Somaliland fonctionne depuis plus de trois décennies comme un État de fait. Le territoire dispose de sa propre monnaie, de ses institutions administratives, de ses forces de défense et de sécurité, de son système politique ainsi que de passeports délivrés en son nom propre. Une singularité géopolitique qui continue d’alimenter un débat complexe sur la notion même d’État et de souveraineté en Afrique contemporaine.

Dans cet élan d’autodétermination et de souveraineté, le Somaliland a célébré ce lundi 18 mai 2026 l’anniversaire de son indépendance proclamée en 1991. Derrière les festivités, c’est toute l’histoire douloureuse de la Corne de l’Afrique qui ressurgit, avec ses fractures coloniales, ses rêves d’unité et ses désillusions politiques. Contrairement à certaines lectures rapides qui assimilent la situation du Somaliland à une sécession classique, comme celle du Biafra au Nigeria dans les années 1960, les autorités somalilandaises défendent une autre lecture de l’histoire. Et celle-ci mérite d’être entendue.
Avant leur union, la Somalie et le Somaliland constituaient deux entités coloniales distinctes.

Le Somaliland britannique, placé sous administration anglaise, obtient son indépendance le 26 juin 1960. Quelques jours plus tard, le 1er juillet 1960, l’ancienne Somalie italienne devient à son tour indépendante. C’est alors qu’intervient la fusion volontaire des deux États pour donner naissance à la République somalienne, portée par l’enthousiasme panafricain et le rêve d’un grand ensemble somali uni par la langue, la culture, la religion musulmane et les liens historiques entre populations. L’union se voulait fraternelle. Elle se révélera vite déséquilibrée. Au fil des années, les populations du Nord, correspondant à l’actuel Somaliland, dénoncent une marginalisation politique, économique et militaire au profit de Mogadiscio. Le ressentiment grandit.

Puis survient la dictature de Mohamed Siad Barre. La répression contre les mouvements contestataires du Nord devient féroce. Des villes entières, notamment Hargeisa, sont bombardées à la fin des années 1980. Les blessures restent profondes. Lorsque l’État somalien s’effondre en 1991 dans le chaos de la guerre civile, le Somaliland décide alors de reprendre la souveraineté qu’il estime avoir volontairement mise en commun trente et un ans plus tôt. Pour ses dirigeants, il ne s’agit donc pas d’une sécession, mais d’un retrait d’une union devenue impossible. Depuis cette date, le Somaliland mène un long et éprouvant bras de fer diplomatique avec la communauté internationale. Aucun grand État ne lui a officiellement accordé une reconnaissance pleine et entière. Pourtant, le territoire dispose de ses institutions, de sa monnaie, de son armée, de sa police et organise régulièrement des consultations électorales relativement apaisées dans une région souvent secouée par l’instabilité.

Pendant que la Somalie peine encore à sortir totalement des turbulences sécuritaires, le Somaliland, lui, s’est imposé comme un îlot de stabilité dans la Corne de l’Afrique. Cette résilience nourrit aujourd’hui une forte conscience nationale chez sa jeunesse. Et c’est précisément cette jeunesse qui regarde désormais vers le Burkina Faso avec un intérêt grandissant. À Hargeisa, le nom du capitaine Ibrahim Traoré revient de plus en plus dans les discussions politiques et militantes. Pour de nombreux jeunes somalilandais, le dirigeant burkinabè incarne une nouvelle génération de leaders africains décidés à remettre la question de la souveraineté et de l’autodétermination au cœur du débat international. Certains vont même jusqu’à voir en lui une forme de continuité historique de Thomas Sankara, ce révolutionnaire africain qui avait fait du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes un combat existentiel.

Dans les discours prononcés à l’occasion de la fête de l’indépendance ce 18 mai 2026, plusieurs responsables somalilandais ont d’ailleurs réaffirmé leur solidarité avec le peuple burkinabè et leur adhésion au combat pour une « indépendance véritable » conduit, selon leurs termes, sous la clairvoyance du président Ibrahim Traoré. Cette convergence politique et symbolique entre Ouagadougou et Hargeisa n’est plus seulement théorique. Depuis le 24 avril 2026, une délégation du Somaliland séjourne au Burkina Faso. Elle est conduite par l’homme d’affaires Noël Kpatchavi, engagé dans une dynamique de rapprochement entre les deux peuples. Cette présence traduit une volonté manifeste des autorités somalilandaises d’élargir leurs partenariats africains et de trouver sur le continent des voix capables de porter leur cause sur la scène internationale.

Au-delà des calculs diplomatiques, la célébration du 18 mai 2026 aura surtout rappelé une évidence africaine : les frontières héritées de la colonisation continuent de produire des contentieux complexes que les slogans simplistes ne suffisent pas à expliquer. Le Somaliland demeure un paradoxe géopolitique. Un État qui fonctionne sans reconnaissance. Un peuple qui existe sans véritable place dans les instances internationales. Une nation qui revendique non pas une rupture née de l’aventure séparatiste, mais la restauration d’une souveraineté antérieure à une union politique devenue, avec le temps, un foyer de frustrations et de drames. À Hargeisa, ce lundi, les feux d’artifice n’éclairaient donc pas seulement une fête nationale. Ils illuminaient aussi l’attente obstinée d’un peuple qui refuse de disparaître des cartes de l’histoire.

Moshe Gandoura TESSEMA

Reveil-info

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

error: Content is protected !!