7 juillet 2026
Home » Coutumes et traditions- Le Bendré: le tam-tam parleur et de l’information dans la société Moagha

Béndré : le tam-tam, maître de la parole et gardien de l’information dans la société moaga

Dans l’imaginaire collectif, le Béndré est souvent perçu comme un simple instrument de musique, un tam-tam utilisé lors des cérémonies et des rassemblements traditionnels. Pourtant, dans la philosophie moaga, le Béndré dépasse largement le cadre musical. Il est une véritable institution de la parole, de la communication et de la transmission du savoir.

Le Béndré est considéré comme un maître du langage. Détenteur de secrets liés à l’art oratoire et à la communication, il est reconnu comme un grand interprète et traducteur des messages sociaux et royaux. À travers sa voix particulière et ses rythmes codifiés, il parle au peuple, interpelle les consciences et transmet des informations essentielles à la communauté.

Dans la cosmogonie moaga, le Béndré est assimilé à un Nîfri, c’est-à-dire un œil. Cette symbolique n’est pas anodine : le Béndré voit, annonce, informe et veille. Sa conception même renvoie à cette image de vigilance et d’observation. Dans les palais royaux, c’est lui qui annonce l’arrivée ou la sortie du roi. Il accompagne le souverain, le réveille et demeure à proximité du pouvoir traditionnel. Ainsi, la sagesse populaire enseigne :
« zek zek n paam naaba, sãnd beoog nek naaba, n ko-ng naab n zi ne zãndè »
(Béndré doit suivre le roi, le réveiller et l’attendre sous le hangar.)

Le Béndré joue également un rôle fondamental dans la mémoire historique. C’est grâce à lui que les populations parviennent à dater les règnes des différents rois, en comptabilisant les grandes sorties et événements marquants du royaume. Il constitue ainsi une véritable archive vivante de l’histoire moaga.
Mais son rôle ne s’arrête pas là. Le Béndré est aussi un puissant outil de mobilisation sociale. Dans les combats comme dans les travaux communautaires, il motive, encourage et galvanise les hommes. Les anciens disent :
«
Dans la technologie traditionnelle africaine, le Béndré apparaît alors comme un véritable outil technique de communication. Bien avant les médias modernes, il servait déjà à diffuser l’information, à prévenir les populations, à transmettre des messages codés et même à corriger discrètement les comportements sociaux. En effet, lorsqu’une personne commet une erreur en public, le Béndré peut l’interpeller subtilement afin de lui faire comprendre sa faute sans l’humilier devant la communauté.

Le Béndré est donc bien plus qu’un instrument : il est mémoire, langage, médiation, diplomatie et intelligence sociale. Il incarne la profondeur de la civilisation moaga et rappelle que, dans les traditions africaines, la communication ne se limite pas aux mots, mais s’exprime aussi par le rythme, le symbole et la sagesse collective.
Les Yoùumba, gardiens du Béndré, sont également les gardiens de l’histoire et des faits historiques ayant marqué les communautés. À travers leurs récits, leurs rythmes et leur transmission orale, ils conservent la mémoire des lignages, des royaumes, des alliances, des conflits et des grands événements qui ont façonné la société moaga.

Respect à tous les Yoùumba, gardiens de cet héritage culturel précieux.

Photo d’illustration : BenNaaba de Kouritenga
Crédit photo: Culture.NaabaRogmiki

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