10 juin 2026
Home » Décès de Jean Marc Palm et Appolinaire Compaoré : les hommages du Dr Harouna Kaboré

Jean Marc Palm et Apolinaire Compaoré, deux bâtisseurs nous quittent : l’intelligence et l’audace au service du Burkina Faso

La disparition simultanée de Jean‑Marc Palm et de Apollinaire Compaoré laisse un vide immense dans notre pays.

Il existe des hommes dont la disparition dépasse le cadre familial ou professionnel. Parce qu’ils deviennent, avec le temps, des repères collectifs. Des hommes dont les trajectoires finissent par appartenir à la mémoire nationale.

Le Burkina Faso vient de perdre deux de ces figures rares : le Professeur Jean-Marc Palm et l’homme d’affaires Apollinaire Compaoré.

Le premier représentait la profondeur intellectuelle, la rigueur historique et l’engagement citoyen. Le second incarnait l’audace économique, la capacité de construire et la volonté d’investir durablement dans son pays et dans la sous-région.

Le Professeur Jean-Marc Palm : un homme de savoir, de transmission et de mémoire

Le Professeur Jean-Marc Palm fut bien plus qu’un universitaire reconnu. Historien, chercheur, ancien ministre des Relations extérieures, ancien président du Haut Conseil du dialogue social, il a consacré sa vie à la compréhension de notre société, à la transmission du savoir et à la consolidation de notre conscience collective.

Son parcours exceptionnel témoigne d’une vie vouée à la pensée et à l’utilité publique : 32 articles scientifiques, 34 articles de vulgarisation, 7 ouvrages, sans compter les nombreuses distinctions honorifiques venues saluer son engagement intellectuel et institutionnel.

Mais au-delà des titres et des fonctions, je retiens surtout l’homme.

Pour moi, le Professeur Jean-Marc Palm était un aîné profondément engagé dans la formation citoyenne des jeunes générations. J’ai eu le privilège de le fréquenter en tant que citoyen engagé, avide de comprendre notre histoire, nos trajectoires politiques et nos défis civilisationnels.

Il fut surtout l’une des chevilles ouvrières et la personne de référence qui m’a accompagné dans la réalisation du film documentaire sur la lutte de la reconstitution de la Haute-Volta ( de 1932- 1947) , produit par le think tank Burkina International de l’association ENDOGÈNE. Ce travail, aujourd’hui abondamment exploité pour nourrir la mémoire collective de notre histoire, porte également son empreinte intellectuelle et sa générosité.

Le Professeur Palm était d’une disponibilité rare. Son domicile comme ses bureaux m’étaient ouverts avec fraternité, simplicité et bienveillance. À n’importe quel moment, il prenait le temps d’échanger, d’expliquer, de transmettre. Dans un monde où beaucoup cherchent à conserver le savoir comme un pouvoir personnel, lui avait compris qu’un intellectuel qui ne transmet pas finit par appauvrir sa société.

Son départ est une perte immense pour le Burkina Faso, pour le monde universitaire, pour la mémoire historique nationale et pour tous ceux qu’il a inspirés silencieusement.

Apollinaire Compaoré : bâtir au lieu de commenter

Avec la disparition d’Apollinaire Compaoré, le Burkina Faso perd également l’un de ses plus grands bâtisseurs économiques contemporains.

Fondateur du Groupe Planor Afrique, Président d’honneur du Conseil National du Patronat Burkinabè, il a démontré qu’un entrepreneur africain pouvait créer un groupe solide, diversifié et influent dans des secteurs stratégiques tels que les télécommunications, la banque et les assurances. Telecel Faso, Wendkuni Bank International, UAB Assurances et bien d’autres initiatives témoignent d’une vision entrepreneuriale ambitieuse et structurante.

Dans un contexte africain souvent marqué par la faiblesse des capitaux locaux et la dépendance économique, Apollinaire Compaoré représentait une forme de souveraineté économique par l’action. Il appartenait à cette catégorie d’entrepreneurs qui ne se contentent pas de discours sur le développement, mais qui prennent le risque de bâtir concrètement.

J’ai eu l’honneur de le connaître et de le côtoyer aussi bien en tant que chef d’entreprise que lorsque j’étais ministre en charge du secteur privé du Burkina Faso. Nos échanges furent toujours marqués par la courtoisie, la vision et une compréhension profonde des enjeux du développement économique national.

Son parcours doit être étudié avec sérieux par les nouvelles générations d’entrepreneurs africains. Trop souvent, nous valorisons davantage les commentaires que les bâtisseurs. Pourtant, ce sont ceux qui créent des entreprises, des emplois, des chaînes de valeur et des institutions économiques solides qui transforment réellement les nations.

L’Afrique a besoin de davantage d’entrepreneurs capables de penser à long terme, d’investir dans des secteurs structurants et de bâtir des groupes capables de traverser le temps.

Deux trajectoires, une même leçon

Ces deux hommes venaient d’univers différents. L’un évoluait dans le monde du savoir et de la réflexion ; l’autre dans celui de l’entreprise et de l’investissement. Mais leurs trajectoires convergent sur un point essentiel : ils ont produit quelque chose de plus grand qu’eux-mêmes.

L’un a contribué à structurer notre mémoire collective et notre compréhension de nous-mêmes. L’autre a contribué à structurer des instruments économiques créateurs de valeur et d’emplois.

Une nation ne se construit ni uniquement avec des idées, ni uniquement avec de l’argent.
Elle se construit lorsque les intellectuels produisent du sens et lorsque les entrepreneurs transforment ce sens en puissance économique réelle.

Le Burkina Faso vient de perdre deux bâtisseurs.

À leurs familles respectives, à leurs proches, à leurs collaborateurs, au monde universitaire, au secteur privé burkinabè et africain, j’adresse mes sincères condoléances et l’expression de ma profonde compassion.

Que leurs œuvres continuent d’inspirer notre pays et les générations futures.

Dr Harouna Kaboré

Reveil-info

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

error: Content is protected !!