4 mai 2026
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Défis existentiels africains ( structurels, institutionnels, cognitifs, géoéconomiques) : La seule stratégie viable à explorer est un déplacement du centre de gravité .

Dr

Dans le contexte actuel des grandes crises économiques internationales, des crises multidimensionnelles que vivent certains Etats africains, des mutations géopolitiques, des aspirations à la souveraineté des États africains, la capacité des acteurs africains à s’élever plus haut pour sortir de l’équation des autres (adversités intra-muros et extra-muros) devient quasiment la seule issue à explorer . C’est pourquoi le terrain ne commande pas toujours la manœuvre comme on l’étend très souvent !

La véritable stratégie ne réside pas dans la confrontation permanente. La confrontation, en réalité, épuise les ressources, expose inutilement et enferme dans un cadre dont on ne maîtrise ni les règles ni l’issue. Elle donne l’illusion de l’action, mais maintient dans une logique de réaction. Or, toute stratégie fondée sur la réaction est, par nature, dominée.

La seule approche réellement efficace consiste à opérer un déplacement du centre de gravité. Cela implique de cesser de répondre au rythme imposé par les autres pour instaurer le sien, de sortir de la dépendance en créant ses propres leviers d’accès et de valeur, et de dépasser la logique de lutte pour entrer dans une dynamique de structuration. Il ne s’agit plus de combattre un système, mais de construire ce qui, progressivement, le rendra secondaire, voire obsolète.

Dans cette perspective, il est essentiel de comprendre que le terrain ne commande pas la manœuvre. Le terrain est souvent défini par d’autres acteurs, selon leurs intérêts, leurs logiques et leurs capacités. Accepter de se battre sur un terrain que l’on n’a pas choisi revient à accepter des contraintes invisibles qui orientent déjà l’issue. Dès lors, la marge de manœuvre devient limitée, et la performance, même élevée, reste contenue dans un cadre défavorable.

Les acteurs dominants n’ont pas nécessairement besoin de te vaincre frontalement. Leur avantage réside dans leur capacité à maintenir les autres à l’intérieur d’un système qu’ils contrôlent, où ils définissent les règles, maîtrisent les codes et influencent les résultats. Dans ces conditions, rester dans ce cadre, même en étant performant, revient à évoluer sous contrainte structurelle.

S’élever ne relève donc pas d’une posture morale ou d’un simple dépassement individuel. Il s’agit d’une décision stratégique consistant à sortir de l’équation imposée pour construire un espace propre, dans lequel la valeur produite n’est plus sujette à négociation permanente, mais s’impose par sa consistance, sa structuration et son utilité.

Une telle démarche ne peut reposer sur la seule motivation. Elle exige une vision claire capable de dépasser les urgences du moment, une discipline rigoureuse permettant de maintenir le cap malgré les distractions, une capacité réelle à produire de la valeur tangible, et surtout une intelligence stratégique du temps long, seule à même de transformer des initiatives ponctuelles en positions durables.

On ne gagne pas durablement en étant performant dans un jeu conçu par d’autres. La véritable bascule s’opère lorsque l’on conçoit un système dans lequel on dispose, par construction, d’un avantage stratégique. C’est précisément à ce niveau que se joue l’avenir.

Cette logique s’applique avec une acuité particulière à l’Afrique. Le continent ne peut prétendre à une transformation structurelle en évoluant exclusivement dans des schémas définis ailleurs. Il lui revient de concevoir son propre modèle de développement, de manière endogène, c’est-à-dire en partant de ses réalités, de ses ressources et de ses priorités. Toutefois, cette démarche ne doit en aucun cas être confondue avec une posture autarcique. Il ne s’agit pas de se couper du monde, mais de choisir et d’organiser ses interdépendances, de maîtriser ses trajectoires et de capter une part significative de la valeur générée.

L’enjeu n’est donc ni dans l’opposition stérile, ni dans l’adaptation passive, mais dans la capacité à redéfinir le terrain lui-même. C’est à ce niveau que se construit un avantage durable.

Dès lors, l’énergie ne doit plus être gaspillée à convaincre ou à se battre indéfiniment dans des cadres imposés. Elle doit être orientée vers la structuration, la production et le positionnement stratégique.

Car, en définitive, ceux qui transforment les règles du jeu ne demandent pas l’autorisation d’agir. Ils créent les conditions qui rendent leur vision inévitable… et finissent, ainsi, par écrire l’histoire.

Dr HK

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