11 avril 2026
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Wattao : Du Tatami au Trône de Fer – L’Ascension et la Chute du « Saha Bélé-Bélé »

Il était l’image même de la rébellion ivoirienne : un mélange détonant de charisme brut, de luxe ostentatoire et de poigne de fer. Issiaka Ouattara, mondialement connu sous le pseudonyme de Wattao, n’était pas qu’un soldat ; il était le symbole vivant des fractures d’une nation.

La Genèse : Un destin forgé dans le combat
Né en 1967 à Doropo, dans le Nord-Est de la Côte d’Ivoire, rien ne prédestinait ce jeune homme athlétique à devenir un « seigneur de guerre ». Passionné d’arts martiaux, il devient un judoka de haut niveau, héritant de son surnom (une contraction de « Ouattara » et de l’esprit du combat).


À la fin des années 1980, il intègre les Forces Armées Nationales de Côte d’Ivoire (FANCI). Très vite, son tempérament de meneur l’entraîne dans les remous de la politique. Dès 1990, sous la présidence d’Houphouët-Boigny, il participe à des mutineries de jeunes soldats réclamant de meilleures conditions de vie. Mais c’est le coup d’État de décembre 1999 qui va véritablement lancer sa légende noire.

L’Explosion de 2002 : La naissance de « l’Anaconda »
Après l’accession au pouvoir de Laurent Gbagbo, Wattao est accusé de complot. Arrêté et torturé, il porte sur son corps les stigmates de cette période, ce qui forgera sa haine du régime en place. Il parvient à s’évader et rejoint le camp d’entraînement de Pô, au Burkina Faso.
Le 19 septembre 2002, la Côte d’Ivoire bascule. Une tentative de coup d’État se mue en rébellion armée. Wattao est l’un des piliers du Mouvement Patriotique de Côte d’Ivoire (MPCI). Il dirige l’unité d’élite « Anaconda ». Très vite, le pays est coupé en deux. Le Nord passe sous le contrôle des Forces Nouvelles (FN), la coalition rebelle dirigée politiquement par Guillaume Soro.

L’Ère des « Comzones » : Entre Guerre et Business
Dans la zone rebelle, Wattao devient un « Comzone » (Commandant de Zone). Il règne sur la Zone 5 (Séguéla), puis étend son influence à Korhogo. C’est l’époque de « l’économie de guerre ». Les chefs de guerre contrôlent tout : le cacao, le coton, mais surtout les mines d’or et de diamants.
Wattao incarne le style « Bling-Bling ». Grand amateur de belles cylindrées, de mode et de soirées branchées, il contraste avec la rigueur militaire. Pourtant, derrière le sourire, la réalité est sanglante. Des purges internes éclatent, notamment contre les partisans de son rival Ibrahim Coulibaly, dit « IB ». Les organisations internationales dénoncent des exactions, mais Wattao reste intouchable, protégé par sa fidélité indéfectible à Guillaume Soro.

2011 : L’Assaut Final
Lors de la crise post-électorale de 2010-2011, les rebelles se muent en Forces Républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI) pour soutenir Alassane Ouattara, reconnu vainqueur par la communauté internationale. Wattao est en première ligne. C’est lui qui mène l’offensive éclair vers le Sud.
Le 11 avril 2011, c’est son unité qui pénètre dans le bunker de Laurent Gbagbo à Abidjan. Les images font le tour du monde : Wattao, serein, encadrant l’ancien président déchu. Pour ses partisans, il est le libérateur ; pour ses détracteurs, il est le bras armé d’un changement de régime brutal.

La Normalisation et la Fin d’un Géant
Après la crise, l’enjeu est de transformer les chefs rebelles en officiers respectables. Wattao intègre l’armée régulière. Il devient Colonel-Major et occupe des postes prestigieux :
Commandant adjoint de la Garde Républicaine.
Chef de corps du CCDO (Centre de Coordination des Opérations de Sécurisation), une unité d’élite polyvalente chargée de sécuriser les grandes villes.
Malgré les rumeurs de tensions avec le pouvoir et une mise à l’écart progressive, il reste une figure respectée dans les casernes. Mais le guerrier est rattrapé par la maladie. Le 5 janvier 2020, le « Saha Bélé-Bélé » (le Grand Serpent en malinké) s’éteint à New York à l’âge de 52 ans.

Lexique pour mieux comprendre :
MPCI : Mouvement Patriotique de Côte d’Ivoire (premier nom de la rébellion du Nord).
FN (Forces Nouvelles) : Coalition politique et militaire regroupant les différents mouvements rebelles.
FANCI : Forces Armées Nationales de Côte d’Ivoire (ancienne appellation de l’armée nationale).
FRCI : Forces Républicaines de Côte d’Ivoire (nom donné à l’armée en 2011 lors de la fusion entre ex-rebelles et militaires loyalistes).
CCDO : Centre de Coordination des Opérations de Sécurisation (unité d’élite créée après la crise pour lutter contre le grand banditisme).
Stratège de génie pour les uns, acteur sanglant d’une décennie perdue pour les autres, Wattao ne laissait personne indifférent. Que retenez-vous de l’homme et de son impact sur la Côte d’Ivoire d’aujourd’hui ?

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