11 avril 2026
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Niger : le viol sur mineurs explose à Niamey, des bébés de quelques mois parmi les victimes

Soixante-quatre pour cent. C’est la part des dossiers de viol jugés à Niamey entre 2023 et 2025 qui concernent des enfants de moins de 13 ans. Derrière ce chiffre, des visages que la justice nigérienne peine à protéger, et des bourreaux que les tribunaux condamnent avec une indulgence qui interroge.

Le procureur de la République, Ousmane Beido, a livré des données glaçantes dans un reportage diffusé par la télévision nigérienne Tal TV. En 2023, 45 des 77 dossiers de viol jugés impliquaient des mineurs de moins de 13 ans. En 2024, 47 sur 78. En 2025, 76 sur 105. « Vous avez des mineurs de 12 ans, de 10 ans, souvent 2 ans, et même des cas de quelques mois », a-t-il déclaré, avant d’ajouter avec une franchise rare : « On a l’impression que c’est une tendance à la banalisation. Parce que les viols sur mineurs qui sont réprimés de 15 à 30 ans, la plupart des condamnations que nous avons, ça tourne autour de 5 ans, 6 ans, 3 ans, souvent vous avez jusqu’à 2 ans. »

La tendance est sans équivoque : chaque année enregistre plus de cas que la précédente. Et selon le procureur, 2026 risque de ne pas déroger à la règle.

Des prédateurs souvent dans l’entourage immédiat
Ce qui rend ce phénomène particulièrement alarmant, c’est son visage familier. Mme Gogé Maïmouna, coordinatrice de l’ONG Chroniques Juridiques, a été catégorique dans le reportage de Tal TV : « Pratiquement tous les cas de viol qu’on rencontre sur mineurs de moins de 13 ans, c’est soit l’oncle, soit le cousin, soit le papa, soit le voisin. C’est toujours quelqu’un qui a autorité sur l’enfant. »

Le viol de mineurs n’est donc pas, au Niger, un crime de l’ombre commis par des inconnus. Il se perpétue dans les foyers, dans les cours familiales, là où l’enfant devrait être le plus en sécurité. Ce contexte explique en partie le silence qui entoure ces crimes. « Parler de violences sexuelles, ça met tout le monde mal à l’aise », reconnaît Mme Gogé Maïmouna. « Il y a le tabou sur ça. »

Ce tabou a un coût. Chaque semaine, selon Tal TV, une dizaine de cas sont enregistrés dans les commissariats de Niamey. Et ce chiffre ne reflète probablement qu’une fraction de la réalité, les victimes hésitant souvent à porter plainte contre un membre de leur propre famille.

Les réseaux sociaux, nouveaux vecteurs de prédation
Le sociologue Sani Yahaya Janjouna, également interrogé par Tal TV, pointe une évolution préoccupante dans les comportements des agresseurs. « Avec le développement des technologies, les réseaux sociaux ou certaines applications facilitent l’accès à des sites à caractère pornographique qui influencent d’un point de vue psychologique à vouloir agresser sexuellement certaines personnes », explique-t-il. Les enfants, en raison de leur vulnérabilité, deviennent les cibles naturelles de ces individus. « Ils vont trouver des proies plus faciles et c’est notamment les enfants qui vont en pâtir. »

Une loi insuffisante, des peines dérisoires
Face à cette escalade, la réponse judiciaire apparaît disproportionnée. Le Code pénal nigérien prévoit, aux articles 284 et 285, des peines de 15 à 30 ans pour viol sur mineurs. Dans les faits, les condamnations prononcées sont bien en deçà. Le procureur Beido le reconnaît lui-même.

Pour Mme Gogé Maïmouna, la solution passe d’abord par la loi : « Il aurait fallu que la loi soit non seulement plus claire, mais plus sévère. » Une insuffisance juridique qui, combinée au tabou social, laisse les victimes dans une double impasse : celle de l’agression, et celle du silence qui suit.

Aïr-info Agadez

Justice Infos Burkina
Reveil-info

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