L’IMPÔT QUI RATTRAPE LE LÉGISLATEUR
En Côte d’Ivoire, la fiscalité vient de servir un plat amer à l’un de ses plus fins cuisiniers politiques. L’ancien président de l’Assemblée nationale, Adama Bictogo, voit l’une de ses entreprises fermée pour impôts impayés. Ironie brutale. Retour de flamme institutionnel.

Pendant plus de trois ans, du 7 juin 2022 au 17 janvier 2026, il a présidé l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire, cette maison où se votent les lois de finances, où s’écrivent les règles fiscales qui encadrent l’action de la Direction générale des Impôts. Ces textes donnent le pouvoir de contrôler, taxer, sanctionner, fermer.
Aujourd’hui, la machine qu’il a contribué à huiler se retourne contre lui.
Et le symbole est violent.
Car pendant que des milliers de jeunes entrepreneurs dénonçaient une pression fiscale jugée étouffante, leurs voix résonnaient dans le vide. Entre pénalités lourdes, contrôles musclés et dettes impossibles à étaler, certains ont plié, d’autres ont fermé, beaucoup ont rêvé d’exil. Le débat, lui, semblait inexistant sous les lambris parlementaires.
On votait. On levait la main. On validait.
Peu d’amendements courageux. Peu d’allègements ciblés pour les PME. Peu de moratoires en période de crise. La discipline partisane passait avant l’oxygène économique.
Et voilà que l’un des hommes réputés les plus puissants du régime se retrouve confronté à cette même rigueur fiscale.
Question simple : ce qui était normal pour le citoyen ordinaire devient-il une « chasse aux sorcières » lorsqu’il touche un haut responsable ? La justice est-elle impartiale ou insupportable seulement quand elle frappe en haut de la pyramide ?
La fermeture d’une entreprise pour impôts impayés ne tombe pas du ciel en deux mois. Elle raconte une accumulation, un retard, une gestion… ou une tolérance passée devenue impossible. Dans tous les cas, elle soulève une interrogation troublante sur la probité et l’exemplarité.
Le problème n’est pas qu’un homme politique paie ses dettes fiscales. Au contraire, ce serait la moindre des choses.
Le problème, c’est le décalage.
Décalage entre les discours et les actes.
Décalage entre le vote des lois et leur respect.
Décalage entre le train de vie de l’État et l’asphyxie du contribuable.
Les politiciens se parlent quand leurs intérêts sont menacés. Ils trouvent des solutions. Ils renaissent, tels des phénix. Mais le jeune entrepreneur qui ferme boutique, lui, ne renaît pas toujours. Ses employés non plus.
Cette affaire dépasse un nom. Elle met en lumière une vérité simple : les lois fiscales ne sont pas des armes abstraites. Elles finissent toujours par frapper quelqu’un.
Et parfois, elles frappent ceux qui les ont façonnées.
Aux députés qui s’apprêtent à lever encore la main sur de nouveaux textes budgétaires : souvenez-vous que la fiscalité n’est pas un outil de domination, mais un contrat social.
Car le jour où le peuple cesse d’y croire, ce n’est pas seulement une entreprise qui ferme.
C’est la confiance qui dépose le bilan.
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