Procès Tiégnan – Acte 2 : Les prêts et revenus locatifs de Yé Yaké Camille passés au crible

L’Acte 2 du procès relatif au détournement présumé de fonds humanitaires s’est poursuivit ce mercredi au Tribunal de grande instance Ouaga 1. Rappelé à la barre, Yé Yaké Camille a repris son audition sur les chefs d’accusation d’enrichissement illicite et de blanchiment de capitaux. Son instruction avait été suspendue en raison de l’absence de son avocat, qui est désormais présent à l’audience.
Face au tribunal, le prévenu a de nouveau contesté les faits qui lui sont reprochés. Il explique que les montants évoqués dans la procédure, notamment deux chèques de 8 millions et de 2 millions de francs CFA, ont servi à l’organisation et à la rémunération des membres du groupe de travail chargé de l’élaboration du rapport annuel de performance 2023 du ministère de l’Action humanitaire.
S’agissant du blanchiment de capitaux, Yé Yaké Camille soutient que son patrimoine repose sur des prêts bancaires, des revenus locatifs et des activités de consultation, notamment dans des structures de formation comme l’École nationale d’administration et de magistrature (ENAM) et l’École nationale de régie financière (ENAREF). Il affirme que ses biens ne proviennent en aucun cas de deniers publics et a produit des pièces qu’il estime justificatives.
L’essentiel des débats s’est toutefois cristallisé autour de ses capacités financières. Le procureur a entrepris de passer en revue les prêts contractés par le prévenu ces dernières années afin d’évaluer la cohérence entre ses revenus déclarés et ses investissements. Dans cette dynamique, il relevé un prêt de 19,3 millions de francs CFA contracté en 2018 sur le fonds commun, qui court jusqu’en novembre 2024. À cela s’ajoute un autre prêt de 13,7 millions souscrit en août 2023, également sur le fonds commun, avec des retenues trimestrielles d’environ 1,8 million de francs CFA. Selon le ministère public, ce second prêt aurait permis de racheter le précédent.
Le procureur a également évoqué un prêt de 9,9 millions en 2024, puis un autre de 28 millions la même année. À l’en croire, l’ensemble de ces montants représenterait environ 16 millions de francs CFA mobilisables pour des investissements récents, sous réserve de clarifications sur la nature exacte des prêts.
En réponse, Yé Yaké Camille a indiqué que les informations figurant dans le dossier provenaient des documents bancaires et qu’il pourrait, en cas de besoin, solliciter son banquier pour des précisions techniques. Il a précisé que certains prêts étaient adossés à des hypothèques et remboursés grâce à ses revenus locatifs.
Les revenus d’une auberge et d’une villa au cœur des interrogations
Le débat s’est ensuite focalisé sur les revenus issus d’une auberge au sein de laquelle le prévenu dit être actionnaire. Il affirme percevoir entre 2 et 3 millions F CFA par mois issus de cet auberge dénommé Le Petit Baobab, construite à Boromo pour un coût estimé à près de 300 millions F CFA.
Il affirme également que le chiffre d’affaires de l’établissement permettait de justifier un tel loyer.
Le procureur a toutefois demandé la production d’un contrat de bail et de preuves de paiement, soulignant qu’un loyer mensuel de 2 millions à Boromo, sans justificatif formel, suscite légitimement des interrogations.
À ces revenus, le prévenu a ajouté ceux d’une villa construite en 2023 à Bagassi et louée depuis janvier 2024 pour 600 000 francs CFA par mois, soit environ 7,2 millions par an. Là encore, le ministère public a insisté sur la nécessité de pouvoir tracer ces flux financiers à travers des comptes bancaires identifiables.
Yé Yaké Camille a indiqué disposer de plusieurs comptes, en plus de son compte salaire, mais a reconnu investir directement certains revenus, ce qui complique leur traçabilité immédiate. Une réponse qui n’a pas totalement convaincu le procureur, lequel a rappelé qu’un agent public, amené à gérer des deniers publics, se doit d’assurer une parfaite transparence de ses ressources personnelles.
Interrogé sur l’état de ses économies au moment de sa prise de fonction à la Direction de la gestion des finances en 2023, le prévenu a affirmé ne pas disposer d’épargne significative. Selon lui, c’est précisément l’absence d’économies qui l’aurait conduit à contracter plusieurs prêts pour financer la construction de sa villa.
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