24 février 2026
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PUUS F NOORE : le renoncement à la parole jurée dans le patrimoine culturel moaga.

Dans la société moaga, la parole est sacrée et engage spirituellement celui qui la prononce. Elle ne constitue pas seulement un moyen de communication, mais un acte doté d’une force agissante, capable de condamner l’orateur lui-même ou une autre personne, notamment lorsqu’il s’agit de paroles liées à l’honneur, au jugement ou à la condamnation. Selon les croyances traditionnelles, les ancêtres, bien qu’invisibles, entendent toutes les paroles prononcées ; il est dit qu’ils n’ont pas d’yeux mais qu’ils ont des oreilles. Ainsi, lorsqu’un individu affirme par exemple : « M sã n le wa ka bɩ m yaab-rãmb ra bas m ye » (« Si je reviens ici, que mes ancêtres ne me laissent pas en vie »), il se condamne à ne plus retourner sur ce lieu, sous peine d’entrer en conflit avec les ancêtres, conflit susceptible de se manifester par des malheurs ou des épreuves répétées.

La parole parentale est considérée comme encore plus lourde de conséquences ; lorsqu’un père ou une mère adresse à son enfant une parole de condamnation telle que « Wẽnd sã sak tɩ ba-rãmb sake fo pa yɩt neere » (« Si Dieu accepte cela et que les ancêtres l’acceptent, tu ne connaîtras jamais le bien-être »), cette parole peut entraver durablement l’avenir de l’enfant en raison du lien de filiation.

Pour réparer une parole jurée et rétablir l’équilibre rompu avec les ancêtres, la tradition moaga prévoit un rituel appelé puss-f nõore, littéralement le déliement ou la libération de la bouche. Ce rituel consiste à faire jaillir de l’eau par la bouche, en projetant l’eau tout en prononçant des paroles de pardon ou de libération adressées aux ancêtres, marquant ainsi le renoncement explicite à la parole antérieurement prononcée. Dans le cas d’une parole parentale, ces mots doivent clairement annuler la condamnation initiale ; à défaut, les anciens expliquent les difficultés persistantes de l’enfant par l’expression « Yaa ba noore n pʋgd-a », signifiant « c’est la bouche de son père qui le poursuit ».

puss-f nõore apparaît ainsi comme un mécanisme fondamental de régulation sociale et spirituelle, révélateur de la place centrale de la parole dans la société moaga et constituant un élément majeur de son patrimoine culturel immatériel, dont la transmission contribue à la cohésion sociale, à la médiation traditionnelle et à la préservation des valeurs ancestrales.

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