3 février 2026
Home » Femme, alcool et tabac : Les effets pervers de la modernisation

Plus exposées à certains facteurs de risque, plus sensibles aux effets nocifs, souvent prises en charge tardivement, les femmes sont particulièrement vulnérables face aux toxiques. Alors que le troisième millénaire offre toutes les possibilités aussi bien en technologie qu’en vices et addictions, le tabagisme et l’alcoolisme prennent un visage féminin. Mais, les femmes et les hommes ne sont pas égaux face aux risques liés à ces fléaux. Quelles peuvent en être les causes, et surtout les conséquences de cette consommation chez la femme ?

Selon l’organisation mondiale de la santé (OMS), toutes les minutes, six personnes dans le monde meurent du tabac, soit plus de six millions de décès annuels liés aux méfaits du tabagisme. Au Burkina Faso, un adulte sur cinq fume. La prévalence du tabagisme était de 19,8% chez les personnes âgées de 25 à 65 ans selon l’enquête STEP 2013, de 32,5% chez les jeunes de 25 à 34 ans. Il est en effet responsable de 7% des décès dus aux cancers des poumons, 42% des maladies respiratoires chroniques, 10% des maladies cardiovasculaires. Quant à la consommation d’alcool, une enquête du ministère de la santé et de l’hygiène publique en 2017 révèle que la prévalence de la consommation d’alcool est de 27,3% chez les de jeunes de 25-64 ans avec une moyenne d’âge à la première consommation d’alcool de 14 ans. Aussi, elle démontre que le taux de consommation d’alcool augmente avec l’âge, il est de 21,8% chez les 25 à 34 ans contre 35,9% chez les 55 à 64 ans. Ce taux varie selon que l’on soit du sexe masculin ou féminin. Ainsi, chez les hommes il est de 31,0% contre 24,2% chez les femmes. À consommation égale, les femmes qui boivent et fument beaucoup ont un risque de décès plus élevé que les hommes.

Les causes

Le premier facteur est lié à l’évolution socio-économique de la société. Jusqu’au milieu du XXe siècle, il était inconcevable qu’une femme boive ou fume, mais très vite les industries du tabac et des alcools se sont appuyées sur leur désir d’émancipation pour les cibler avec un marketing adapté (cigarettes fines et « féminines », alcools light, packaging design…) Pis, selon des données de 2009, au Burkina, 18.7% des élèves ans avaient déjà fumé des cigarettes (garçons : 31.6%, filles : 7.0%) et 16.8 % déclaraient consommer un produit du tabac (garçons : 22.6%, filles : 11.5%). Ces dernières années, il ressort que le tabagisme prend aussi un visage féminin. En plus de l’évolution, il faut souligner que les jeunes filles et les femmes se laissent de plus en plus influencer par leurs entourages. Le facteur mode demeure cependant une cause principale. Malheureusement, elles tombent dans la dépendance après la première taffe de cigarette ou la première bouteille d’alcool.

 Risques liés à la consommation d’alcool et de tabac chez la femme

Chez les femmes consommatrices excessives d’alcool, les risques de décès associés au tabac sont significativement plus élevés que chez celles qui ne consomment pas ou peu d’alcool. Et que ce risque est moins important chez les hommes fumeurs et gros consommateurs d’alcool. Les femmes doivent se méfier des excès car elles sont particulièrement vulnérables. Les facteurs de risque d’une addiction sont identiques à ceux des hommes, mais les femmes sont davantage exposées à certains d’entre eux. Il en est de même pour le tabac. Les femmes sont en effet davantage touchées par la dépression, les troubles anxieux, mais aussi par le stress chronique. Selon Awa Adiaki, membre du Comité national de lutte contre le tabac, aujourd’hui, au Burkina Faso, les filles fument plus que leurs mères. Cela est d’une gravité extrême. Car, ces mêmes filles d’aujourd’hui sont les mères de demain. L’industrie du tabac a eu recours à divers thèmes et images pour inciter les femmes à fumer, en insistant sur l’émancipation et l’acceptabilité sociale de la cigarette, pour donner à la cigarette une image plus attrayante auprès des femmes. A l’en croire, les femmes, une des principales cibles de l’industrie du tabac, sont plus sujettes aux cancers, aux maladies cardiaques et aux infections respiratoires. Le tabac provoque également des cancers spécifiquement féminins et a des effets nocifs sur la grossesse et la santé reproductive. Les femmes qui fument sont plus susceptibles que les autres à connaître des problèmes de stérilité ou d’avoir du mal à tomber enceinte. Le tabagisme pendant la grossesse accroît les risques de prématurité, de mortinatalité et de décès néonatal et peut entraîner une réduction de la lactation. Le tabagisme accroît chez la femme le risque du cancer du col de l’utérus. Selon une étude du ministère de la santé, il touche particulièrement la jeunesse. L’alcool est la cause directe de certaines maladies notamment l’inflammation du foie (hépatite), la cirrhose du foie, l’inflammation du pancréas. Sa consommation excessive peut conduire aussi aux différents cancers tels celui du foie, de la bouche, du pharynx, du larynx de l’œsophage ou du sein chez les femmes. Il se trouve qu’au Burkina Faso, ces maladies non transmissibles constituent un réel problème de santé publique et est tributaire de la consommation de l’alcool. Il faut noter que l’enquête menée indique que l’alcool est consommé partout au Burkina Faso mais le taux de prévalence varie d’une région à une autre. En matière de pourcentage, la région du Sud-Ouest détient le plus fort taux qui est de 70% contre 1% pour la région du Sahel, suivi des régions du Centre, du Centre-Ouest et de la Boucle du Mouhoun, respectivement de 41,2%, 39,5% et 37,1%. A noter que même les non-fumeurs sont exposés aux mêmes risques que les fumeurs.

Conséquences

Le tabagisme féminin est un enjeu majeur en pratique clinique quotidienne et en santé publique. Il est à l’origine de maladies spécifiques du genre féminin. Sur le plan psychosocial, les femmes fument plus souvent en relation avec un contexte émotionnel et relationnel. Lors de désaccoutumance au tabac, la prise de poids et la survenue éventuelle d’un état dépressif doivent être anticipées et prises en compte tout au long de la démarche. Ces spécificités somatiques et psychosociales doivent être connues des intervenants dans la cessation tabagique pour proposer des mesures efficaces d’aide à l’arrêt. A ces interventions ciblées doivent s’ajouter des mesures de santé publique à large échelle pour contrecarrer les effets sanitaires prévisibles et dramatiques du tabagisme féminin. Il est en cause dans la survenue de certains cancers (cancer du poumon, des voies aérodigestives supérieures, cancer de vessie…) mais favorise aussi certaines maladies cardiovasculaires et respiratoires. Il a également des impacts non négligeables sur la grossesse et la qualité de vie. En raison des effets de la nicotine, une dépendance s’installe.

Même si dans la grande majorité des pays, le tabagisme masculin prédomine sur le tabagisme féminin, ce dernier constituera, lors des prochaines décennies, un enjeu majeur de santé publique. De plus en plus d’organismes internationaux (OMS) et nationaux se soucient déjà de cette épidémie. Actuellement, au niveau mondial, plus de 200 millions de femmes fument la cigarette, soit 22% des femmes dans les pays économiquement développés, et 9% dans les pays en développement où elles sont plus nombreuses en nombre absolu que dans les pays du Nord. En outre, en Asie, plusieurs millions de femmes chiquent régulièrement du tabac.

 Facteur d’infertilité

Attention à la combinaison pilules & tabac. Cela favorise l’augmentation des risques cardiovasculaires, d’accidents vasculaires cérébrales, de phlébites, d’embolies pulmonaires.

Cancer du sein 

Le tabagisme féminin, avant la ménopause et en particulier s’il a débuté avant la première grossesse, favorise la survenue d’un cancer du sein. Ce sont les cancérogènes présents dans la fumée du tabac qui sont responsables. Ils pénètrent dans le sang et atteignent les cellules mammaires pour être stockés dans les tissus adipeux du sein.

La broncho-pneumopathie chronique obstructive (BPCO)

 La broncho-pneumopathie chronique obstructive (BPCO) est une maladie des bronches chronique et évolutive. Dans 80% des cas, elle est due au tabac. A tabagisme égal, cette maladie est plus sévère et évolue plus rapidement chez la femme que chez l’homme.

Prevention

Afin de limiter la consommation et l’exposition à la fumée du tabac et réduire la prévalence du tabagisme, le Burkina Faso a adopté depuis 2006 la Convention Cadre de Lutte Anti-Tabac (CCLAT), renforcée par des textes législatifs et règlementaires. Le dernier de ces textes est l’arrêté conjoint N° 2015 366/MS/MICA portant fixation des modalités d’application du Décret N°2011-1051/PRES/PM/MS/MEF/ du 30 décembre 2011 portant conditionnement et étiquetage des produits du tabac au Burkina Faso, qui recommande aux importateurs et industriels du tabac l’apposition des marquages graphiques sanitaires sur les emballages de tabac.  Une mesure entrée en vigueur sur tout le territoire national, il y a quelques mois, après bien de résistances du lobby du secteur industriel et commercial. Toutefois, si la lutte contre le tabac au Burkina Faso connait des progrès significatifs, la mise en œuvre de ces textes comporte de nombreux défis, liés au respect des mesures tant au niveau des populations que des promoteurs de tabac.

Awa Cécile BANGARE (in La cohésion 2023)

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