CACAO IVOIRIEN : QUAND LA PROMESSE ÉLECTORALE SE TRANSFORME EN BOMBE SOCIALE ET ÉCONOMIQUE.

La crise actuelle de la filière cacao en Côte d’Ivoire ne peut plus être analysée indépendamment du nouveau prix d’achat bord champ de 2 800 FCFA le kilogramme, fixé par l’État à la veille de l’élection présidentielle de 2025. Présentée comme une victoire historique pour les producteurs, cette décision politique lourde est aujourd’hui rattrapée par la réalité des marchés, de la logistique et du financement.
Le Cacao invendu, un risque social et macro-économique majeur.
Les chiffres et les retombées sociales, révèlent désormais une contradiction majeure entre promesse électorale et soutenabilité économique. Premier producteur mondial, la Côte d’Ivoire assure plus de 40 % de l’offre mondiale de cacao, avec une production annuelle estimée entre 2 et 2,3 millions de tonnes. Le cacao représente environ 40 % des recettes d’exportation, et fait vivre 5 à 6 millions de personnes. Aucun autre secteur n’expose à ce point le pays à un choc systémique. Or, début 2026, selon les organisations professionnelles de producteurs, près de 700.000 tonnes de cacao resteraient invendues et impayées. À un prix désormais fixé à 2 800 FCFA/kg, ce volume correspond à environ 1.960 milliards de FCFA de revenus agricoles immobilisés, soit près de 2.000 milliards de FCFA bloqués dans les campagnes ivoiriennes, alors que l’intervention annoncée le 20 janvier dernier de l’État ne couvre qu’à peine 17,5 % du volume concerné. Il ne s’agit plus d’une tension sectorielle, mais d’un risque macroéconomique et social majeur.
Quand la décision politique précède l’ingénierie économique.
Depuis la réforme de 2012, la filière repose sur un système de ventes anticipées centralisées, piloté par le Conseil café-cacao (CCC). Ce mécanisme permettait de stabiliser les prix et d’assurer des recettes à l’État. Mais le relèvement brutal du prix bord champ à 2.800 FCFA/kg, décidé dans un contexte préélectoral, a profondément modifié l’équation économique. Les exportateurs, confrontés à une hausse soudaine des besoins de trésorerie et à un durcissement du crédit international, peinent à honorer leurs engagements avec des contrats réels sans capacités financières d’enlèvement. Les signaux d’alerte étaient pourtant connus avec cette volatilité accrue des cours mondiaux, la spéculation sur les contrats à terme, la dépendance excessive au financement bancaire et cette rigidité du système de régulation. Aucune réforme structurelle n’a accompagné cette hausse spectaculaire du prix producteur. La décision politique a précédé l’ingénierie économique, exposant l’ensemble de la filière à un effet de ciseau aujourd’hui visible.
Une gouvernance plus soucieuse de son confort que du Peuple.
La contradiction est désormais flagrante, avec d’un côté, un pouvoir qui met en avant des indicateurs macroéconomiques positifs, une croissance autour de 6 %, un respect des critères de l’UEMOA et cette stabilité budgétaire. De l’autre, près de 2.000 milliards de FCFA de revenus paysans restent bloqués, des stocks se dégradent, et les producteurs jusque là, restent sans paiement depuis plusieurs mois. La question centrale devient alors politique. Doit-on fixer un prix historiquement élevé sans garantir les mécanismes de paiement et d’écoulement ?
Les faits montrent que le risque est une fois de plus transféré vers le producteur, dernier maillon mais premier exposé. Lorsque l’État décide du prix, centralise la commercialisation, mais ne sécurise pas l’exécution, la responsabilité ne peut être diluée. Alors le constat d’échec est réel, mais jamais assumé par une gouvernance plus soucieuse de son confort que celui du peuple, le véritable employeur, à qui le Président de la République a promis bonheur et tous les honneurs.
La crédibilité de l’État engagé.
Le cacao n’est pas qu’un symbole électoral. C’est un pilier économique et social.
Quand une promesse politique de 2.800 FCFA/kg se traduit par du cacao invendu et des paysans impayés, ce n’est pas seulement une politique qui vacille. C’est la crédibilité de l’État qui est engagée à travers cette décrépitude structurelle et systèmique d’une piètre gouvernance.
Par Akim Djalega
Reveil-info
