On fait la paix comme on fait la guerre. Entrer en guerre dans l’Afrique traditionnelle était un devoir moral, une obligation de survie et une nécessité de l’existence. C’est par l’épée et par la langue qu’ont été dessinées les limites des Etats précoloniaux en Afrique. C’est aussi par le sang que les Occidentaux ont accompli ce qu’ils ont appelé « la mission civilisatrice de l’homme blanc ». Aujourd’hui, combattre les terroristes qui attaquent les paisibles populations est plus qu’une mission, il s’agit d’un devoir patriotique. Avec les armes et avec les mots, il faut donner un sens à la guerre. Cela nécessite de jeter un regard rétrospectif pour rechercher les vertus de la guerre.
Dans un monde où la paix est chantée et où la guerre est omniprésente, il importe de questionner le passé pour découvrir les vertus de la guerre. Dans les sociétés traditionnelles africaines, l’entreprise guerrière était motivée par la création, la préservation ou l’élargissement de la propriété territoriale et par l’imposition de la paix. Comme les autres royaumes moosé précoloniaux du Burkina Faso, le Riungu de Busma a été fondé par la conjugaison des contraires à savoir le recours au conflit armé et au dialogue pacifique. En effet, dans le Moogo, les Etats de Busma, de Risiam, de Yaadtenga et de Wogdogo sont classés parmi les plus guerriers jusqu’à la fin du XIXè siècle. « Naaba Yadega et naaba Kaongo du Yaadtenga, naaba Nabigswendé, naaba Piiga et naaba Ligdi du Busma, naaba Mamzi du Risiam, les moog-nanamse Wubri, Kumdumye, Warga et Dulugu auraient tous affirmé leur puissance au moyen de la guerre », note l’archéologue Jean-Baptiste Kiéthéga. C’est par la conquête armée et par le dialogue que les fondateurs du Riungu ont tracé, élargi et maintenu l’Etat moaaga de Busma dans son espace territorial. Fondés par la terreur, les royaumes moosé ont su instaurer des espaces de dialogue et créer une fraternité et une responsabilité propices au vivre-ensemble et à la cohésion sociale.

Les principautés et royaumes moosé furent créés par la lance. Certains mythes fondateurs expliquent que pour des raisons d’insécurité, des peuples autochtones sollicitèrent la protection des rois en sollicitant un prince pour repousser les barbares. Le besoin de paix fut à l’origine de la création d’une constellation de principautés et de royaumes moosé. L’activité guerrière ne connut pas de fin car après la création des territoires, les enjeux de préservation et d’élargissement s’imposèrent aux « propriétaires ». La guerre devint un sport favori des rois moosé et particulièrement des rimdamba de Busma.
La dynastie de Nabisgwendé qui s’installa dans la région vers 1530 fut possible grâce à trois émissaires, représentants les populations prénakombsé qui se rendirent auprès du Moog-naaba Kumdumyé de Wogdogo. Ils sollicitèrent le prince Nabigswendé pour prendre le commandement de Busma. Nabigswendé devint l’ancêtre lointain, commun, revendiqué par les nanambsé de Busma. Ce recours au prince Nabisgwendé fut justifié par le besoin de paix des peuples autochtones menacés par l’insécurité instaurée par des hordes de pillards. Les princes, guerriers par excellence, devraient apporter la paix par leur implantation dans la région.
Une fois que le prince protecteur parvint à défendre les communautés qui sollicitèrent ses services, il passait de statut de « propriété » des autochtones à celui de « propriétaire » du territoire conquis. L’entité politique créée devint sa propriété qu’il léguait à sa postérité. Ainsi le Riungu de Busma est un Etat hérité par la noblesse du royaume. Le 32ème Rima, Naaba Sigri, est alors l’héritier d’un territoire conquis par Nabigswendé et élargi par des rois guerriers et diplomates.
Après les guerres fondatrices des principaux rois qui forment actuellement le Riungu de Busma, les chefs conduisirent des guerres de succession, d’annexion et d’invasion afin de préserver et d’élargir leur influence sur le voisinage. Il s’agissait de guerres de conquête du pouvoir et d’extension des limites du royaume. La stratégie militaire était bien élaborée.
Pour quoi et pour qui fait-on la guerre ? Le but de la guerre était noble selon ses initiateurs. Il s’agissait de protéger des populations fragiles exposées à la menace de barbares. Les guerriers intervenaient en sauveurs. Ils devenaient par leurs services des maîtres-protecteurs. Les guerres de succession avaient pour but d’imposer la justice ou d’aider un allié à accéder au trône. Il s’agissait d’assurer sa propre survie en contribuant à l’accès au pouvoir d’un prince favorable. Les guerres d’annexion et d’invasion étaient des entreprises d’anticipation pour éviter d’être envahi à son tour. Il s’agit plus d’action de dissuasion et d’éloignement du danger. Plus qu’une volonté de contenir le danger par l’endiguement, c’était une stratégie de protection en repoussant la menace plus loin. Par la guerre, on imposait son statut d’Etat indépendant. Plus le roi est puissant, plus il gagne en respect. La puissance servait à protéger les faibles et à sanctionner les méchants. Ce n’était pas par plaisir que la guerre se faisait dans l’Afrique traditionnelle. Les « gens de la guerre » avaient une lourde responsabilité de protéger la patrie et les populations. Au-delà des combattants, les griots et les détenteurs des « choses cachées » apportaient un concours important pour la victoire. Par les louanges, les griots poussaient les combattants à la victoire. Par des pratiques invisibles, les « gens de la terre » désarmaient les ennemis.
Face au terrorisme, les acteurs des traditions ont recours aux pratiques ancestrales pour vaincre le mal. Les « gens de la parole » ont également le devoir patriotique d’encourager les combattants. La guerre qui a été imposé au Burkina Faso devrait créer l’union sacrée pour sauver l’essentiel. Toutes les composantes sociales des villes et des campagnes devraient faire prévaloir la cohésion sociale pour œuvrer au retour de la paix en donnant un sens à la guerre. Il s’agit de sauver les populations innocentes exposées à la violence des terroristes. Par la lance et par la langue, le Burkina Faso doit vaincre le mal et ramener la paix. C’est un devoir patriotique.
Busm Kéoog-naaba Koobo (Historien)
in jourbal Le Cohésion 2023
