Mohamed SOUMARÉ, la mémoire vive du football malien s’est tue sur la route de son rêve

Il est des hommes dont la disparition crée un silence assourdissant. Des hommes qui ne parlaient pas fort, mais dont chaque mot pesait. Des hommes qui ne cherchaient pas la lumière, mais qui éclairaient le chemin. Mohamed Soumaré était de ceux-là.
Ce jour, au Maroc, alors qu’il se rendait pour vivre, analyser et accompagner une Coupe d’Afrique des Nations qu’il aimait plus que tout, le football malien a perdu l’un de ses disques durs les plus fiables, les plus rares et les plus complets.
Vice-président de la Commission Communication et Médias du Stade malien de Bamako, consultant sportif respecté, homme des plateaux de football de l’ORTM, Mohamed Soumaré incarnait la mémoire, la rigueur et l’élégance intellectuelle du football malien.
« Quand un ancien meurt, c’est une bibliothèque qui brûle », dit l’adage africain.
Avec Mohamed Soumaré, c’est une bibliothèque vivante du football malien et africain qui s’est refermée.
Un homme, une mémoire, une précision quasi mécanique
Il suffisait de lui poser une question. Une seule.
Sur un match, une CAN, une élimination, une victoire oubliée, un but controversé, un arbitrage discutable.
Il répondait comme un métronome : le jour, la date,
le stade,les acteurs,les sélectionneurs clés, reporters sportifs qui avaient commenté l’événement.
Sans notes. Sans archives sous la main.
Son cerveau était une base de données du football malien, patiemment construite au fil des décennies, nourrie par la passion, la lecture, l’écoute et l’observation.
Mais jamais pour écraser l’autre.
Jamais pour humilier.
Toujours pour éclairer.
Sobriété, éloquence et patriotisme lucide
Sur les plateaux de l’ORTM, Mohamed Soumaré parlait peu, mais juste.
Il pesait ses mots.
Il évitait la violence verbale.
Il choisissait parfois le silence pour ne pas blesser.
« La vérité n’a pas besoin de cris pour exister », aimait-il rappeler en substance.
Patriote profond, il refusait le populisme facile. Il aimait le Mali, mais un Mali organisé, rigoureux, respectueux de ses talents.
Son football rêvé n’était ni clanique, ni improvisé, ni émotionnel : il était structuré, anticipé, professionnel.
Le respect des anciens, la fidélité aux valeurs
Mohamed Soumaré portait un respect presque sacré à ses aînés : Feu Demba Coulibaly, Feu Pierre Diakité, Feu Karim Doumbia, Papa Oumar Diop, Djibril Traoré.
Il les citait souvent.
Il les défendait toujours.
Il considérait que le football se transmet comme un héritage, et non comme un butin.
Disponible, serviable, d’une rare courtoisie, il a largement contribué au renforcement de l’image du Stade malien de Bamako, avec professionnalisme, dynamisme et loyauté.
Son rêve : consoler enfin le peuple malien
En 2023, au téléphone, interrogé par nos soins sur la préparation des Aigles pour la CAN 2023, il m’avait répondu, avec cette conviction calme qui le caractérisait : « Demain se prépare maintenant, avec comme objectif de remporter la CAN 2023 à Abidjan. C’est possible. Il faut y croire et se préparer tout de suite. »
Puis il ajoutait, presque comme un plaidoyer :« Il est temps de consoler le public sportif malien. 61 ans après notre indépendance, nous devons enfin remporter un trophée continental. »
Mais il savait aussi.
Il voyait clair.
Il regrettait : « Trop de désillusions à cause du manque de rigueur, d’organisation et de la négligence dans nos instances de gestion du football. »
Une vision claire, structurée et inclusive
Son optimisme n’était jamais naïf.
Il reposait sur des propositions concrètes, presque clés en main.
Il croyait à la CAN 2023 en Côte d’Ivoire, notamment parce que : « Les cinq villes hôtes accueillent d’importantes colonies maliennes, près de 3 millions de Maliens sur l’ensemble du territoire ivoirien. »
Il proposait alors la création d’un comité d’experts nationaux inclusif, réunissant : anciens internationaux, journalistes et consultants sportifs, présidents de clubs, acteurs institutionnels, sponsors nationaux et internationaux.
Un comité capable de sortir le football de la crise,
accompagner la Fédération,
choisir les encadrements techniques, détecter les talents, mobiliser les supporters, fédérer les sponsors, amener le trophée de la CAN à Bamako.
« Il s’agit du Mali, pas d’un homme », répétait-il.
Une mort au cœur de la tempête
Le destin, parfois cruel, a voulu que Mohamed Soumaré s’éteigne au moment même où la Fédération malienne de football traverse l’une de ses zones de turbulences les plus profondes.
Comme un symbole.
Comme un avertissement.
Comme un rappel brutal que les voix sages partent souvent quand on en a le plus besoin.
Il rêvait de voir les Aigles champions d’Afrique.
Il ne verra pas ce jour.
Mais son rêve, lui, ne doit pas mourir.
Repose en paix, mémoire du football malien
« Les hommes passent, mais les idées justes survivent ».
Mohamed Soumaré était une idée.
Une vision.
Une conscience.
Le football malien vient de perdre un repère moral, une mémoire stratégique et une élégance intellectuelle rare.
À nous, désormais, de ne pas trahir ce qu’il incarnait.
Repose en paix, Mohamed Soumaré.
Le football malien se souviendra.
Par Mamadou Camara de info360.
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