Il est des moments où l’Histoire, fatiguée de répéter ses avertissements, se met à parler plus fort. L’Afrique de l’Ouest traverse l’un de ces instants graves où les peuples, lassés d’espérer, se lèvent pour réclamer ce qu’on leur refuse : la dignité, la justice, et la respiration d’une gouvernance sobre, honnête, tournée vers le bien commun.
Ce qui vient de se produire en Guinée Bissau et au Bénin n’est pas un accident de parcours. C’est un symptôme, un ‘’clamement’’, un verdict. Une frange de la population (pas seulement une partie de l’armée) dit non ! Non à certaines pratiques politiques devenues incestueuses ; non à une gouvernance où les élites semblent s’être déconnectées du réel ; Non à l’étatisation des intérêts privés et des arrangements de coulisse… Non, enfin, à la ‘’Préfecturation’’ de nos états par ‘’l’occident’’ !

La démocratie, pour être un refuge et non un déluge, doit d’abord être une discipline. Elle a ses exigences, ses rigueurs, presque sa piété. Oui, la démocratie doit être sérieuse, presque pieuse, car elle repose sur un pacte sacré entre gouvernants et gouvernés. « Malheur à la ville dont les chefs dévorent les biens du peuple » averti le Coran par la sourate 2.
Cette parole résonne étrangement avec notre temps. Mais bien avant, la bible prévient par ‘’proverbes 29.2’’ : « Quand les justes se multiplient, le peuple se réjouit ; mais quand un mauvais gouvernant domine, le peuple gémit ». Car une démocratie qui se laisse corrompre devient comme un arbre creux : il suffit d’un vent pour qu’elle se brise.
Les coups d’État qui se succèdent dans la région ne tombent pas du ciel. Ils sont les fruits d’une lassitude profonde. Ils sonnent comme des rappels à l’ordre adressés aux élites civiles : Revoir la copie. Reprendre les bases. Se défaire des illusions.
Les peuples réclament des réponses simples, mais essentielles.
Des attentes Compulsives, voire convulsives :
Une bonne gouvernance, un sérieux budgétaire et une humilité nimbée d’un sens du devoir des élites. Les peuples attendent une souveraineté réelle, pas décorative. Pas un président drapé en soie de marque, qui arpente les couloirs des présidences des puissants. Les peuples pleurent comme pluie, à l’attente d’une réduction du train de vie des États. Assoiffés de patriotisme sincère et un panafricanisme dégagé des slogans, les peuples acclameront la vérité du temps ; ils veulent des politiques de développement courageuses, non copiées sur des modèles stériles.
Et comme cerise sur un gâteau, ils veulent la fin du favoritisme et de la quête des intérêts personnels.
C’est à ces prix et à ces prix seulement que cessera la vague des ruptures brusques
L’Afrique ne manque ni d’intelligence, ni de ressources, ni de talents ; elle manque souvent d’exemplarité, de vision, et d’un sens aigu du devoir au sommet de l’État. Aujourd’hui, le temps appelle non pas des réformes superficielles mais une révolution morale. Les gouvernants doivent comprendre que gouverner n’est pas jouir, mais servir. Que le pouvoir n’est pas un privilège, mais un fardeau sacré.
Les nations ouest-africaines n’échapperont à cette spirale que si elles acceptent de se réconcilier avec cette vérité simple : le peuple n’est pas un décor. Le peuple est le souverain. Et tant que sa soif de justice, de transparence et de dignité restera inassouvie, il rappellera, parfois violemment, que la démocratie n’est pas un mot : c’est un engagement, un sacrifice, une droiture.
L’Afrique de l’Ouest est à un carrefour.
Mais elle peut encore choisir le bon chemin : celui des nations qui grandissent par la vertu, non par celles qui grandissent dans la honte et la paresse.
Célère
