Récit d’un procès : Ils écopent de 30 ans de prison ferme pour avoir tué un chauffeur avant de jeter son corps dans un bas-fond
Le 21 octobre 2025, Blaise, Karim et Arnaud (noms d’emprunt) ont comparu devant la chambre criminelle du Tribunal de grande instance de Ouaga I pour répondre des faits de vol, séquestration aggravée, abus de confiance sur des marchandises, recel de cadavre et association de malfaiteurs, dont la victime est Boureima (nom d’emprunt).
Dans le dossier Boureima, chauffeur avait quitté la ville de Bobo-Dioulasso avec un camion chargé de marchandises à destination de Ouagadougou. Après le déchargement, il a été contacté par Arnaud et Karim, qui lui ont fait croire qu’ils disposaient d’autres marchandises à transporter. Il a été invité dans un maquis, puis chez Karim. C’était courant janvier 2025.
Le piège tendu au chauffeur
« Qu’est-ce qui s’est passé ? », questionne le tribunal à Karim.
« Quand il est venu chez moi, il a été ligoté par Arnaud et Blaise. Moi, je faisais le guet en surveillant. Le lendemain, Arnaud, Blaise et Landry sont venus avec des motos neuves. Après, on a vu qu’il ne respirait plus, car il avait reçu un coup de Arnaud. »
« Et vous ? », questionne le tribunal à Blaise.
« Moi, je suis chauffeur. Arnaud m’a dit qu’il allait me trouver du travail et m’a demandé de venir chez Karim. À mon arrivée, ils m’ont dit de me cacher derrière les rideaux, en attendant le chauffeur du camion venu de Bobo. Quand il est entré, Arnaud et Karim l’ont pris de vitesse ; il est tombé, ils l’ont ligoté. Il criait, et moi, j’ai pris un coussin pour fermer sa bouche. J’ai ensuite conduit le camion à Sankariaré pour charger des céréales, de l’huile, des motos et du matériel pour l’or, à destination de Kaya. Karim a gardé deux motos par-devers lui et a dit que le chauffeur faisait beaucoup de bruit. Nous lui avons alors dit de le détacher. Ensuite, on a constaté qu’il était mort. Karim a dit qu’il lui avait donné un coup sur la tête pour le faire taire. Après, on a décidé de se débarrasser du corps. Nous sommes allés dans un maquis à 18 h pour boire. Vers minuit ou 1 h du matin, Arnaud conduisait une moto, moi j’étais derrière en tenant le corps. Karim était devant avec une autre moto, et une autre personne nous guidait vers un bas-fond où nous avons jeté le corps. J’ai ensuite conduit le camion à Kaya avec la marchandise. Karim m’a vendu une des motos parce que j’avais besoin d’une moto. Je n’ai pas vu Arnaud. »
Arnaud absent du procès
Selon la version de Arnaud, Karim lui avait parlé du problème, mais il lui avait dit de ne pas le faire parce que ce n’était pas bien. Il affirme qu’il n’a pas participé aux faits. C’est une semaine après qu’il a appris que le chauffeur était mort.
Karim a confirmé les propos de Arnaud. Il dit également qu’il a pris sa moto pour transporter le corps sans l’en informer. « Arnaud est un ami d’enfance. Il m’a dit de ne pas le faire, mais je l’ai fait. Arnaud a du wack, il m’a manipulé. Même les policiers ont eu peur de lui quand ils ont tenté de l’appeler. »
« Vous avez déjà demandé à Arnaud de vous aider à tracter un véhicule suspect. Quand vous commettez des actes criminels, c’est encore Arnaud que vous appelez », a fait observer le procureur.
« C’est un ami », a répondu l’accusé.
Concernant les réclamations, le frère du défunt n’a rien demandé. Le propriétaire du camion n’a pas estimé sa demande. Drissa (nom d’emprunt), quant à lui, réclame 14 millions de F CFA, car il avait des marchandises dans le camion à destination de Dori.
Notons que, dans le dossier, c’est à la suite d’un contrôle de police que le petit frère de Blaise a été épinglé avec la moto de ce dernier, issue du plan criminel. Il détenait les papiers à son nom, mais les motos qu’il transportait avaient été déclarées par le commerçant. En se rendant à la police pour les récupérer, Blaise a été mis aux arrêts. L’enquête minutieuse menée par la police a permis de reconstituer les faits : le vol du camion, l’abus de confiance sur la marchandise, la séquestration aggravée, le recel du cadavre et l’association de malfaiteurs. Arnaud, quant à lui, est toujours en fuite.
Les réquisitions du parquet : 35 ans de prison requis
Dans ses réquisitions, le ministère public a indiqué :
« Boureima a été séquestré, ligoté et battu jusqu’à la mort. Il y a eu recel de son corps, et le bas-fond n’est pas un lieu pour les personnes décédées. Nous demandons au tribunal de les reconnaître coupables et de condamner Blaise et Karim à 35 ans de prison ferme chacun, assortis d’une amende de 5 000 000 F CFA ferme. Que Arnaud soit reconnu coupable seulement de l’infraction d’association de malfaiteurs, car il était au courant du plan criminel, mais qu’il soit relaxé des autres infractions. Nous demandons qu’il soit condamné à 11 ans de prison ferme et à une amende de 2 000 000 F CFA ferme également. »
Pour l’avocat de la défense de Arnaud :
« Je m’incline devant la mémoire de la victime et la souffrance des parents depuis le 30 janvier 2025. Mon client a 25 ans, conducteur d’engins, père d’un enfant né pendant son incarcération. Il risque de perdre sa liberté pendant 11 ans au regard des infractions retenues. Il y a contradiction dans les réquisitions : il est relaxé pour les autres faits mais maintenu pour l’association de malfaiteurs, alors qu’il n’en fait pas partie. Karim, Blaise et Arnaud se sont réparti les tâches. Il n’en faisait pas partie. Karim est venu lui dire qu’il allait prendre sa moto pour aller chercher sa copine. Même dans le rapport de police, son nom n’a pas été cité parmi les autres. Karim a dit à la barre qu’il n’avait rien fait. Quand il a appris le décès du chauffeur, il a dit qu’il ne pouvait pas y croire et ne pouvait pas aller témoigner de ce qu’il n’avait pas vu. C’est après la consommation du forfait que Arnaud a été cité. Nous disons que toutes les infractions ne sont pas établies. Nous demandons votre clémence. »
Dans son verdict du 28 octobre 2025, le Tribunal de grande instance de Ouaga I renvoie Arnaud des fins de poursuite pour complicité de recel de cadavre, complicité de vol et association de malfaiteurs, au bénéfice du doute. Il le déclare toutefois coupable de séquestration aggravée et le condamne à 5 ans de prison, dont 2 ans ferme, ainsi qu’à une amende de 1 000 000 F CFA ferme.
Pour Karim et Blaise, le tribunal requalifie l’abus de confiance en escroquerie et les déclare coupables de séquestration aggravée, recel de cadavre, vol et association de malfaiteurs. Ils sont chacun condamnés à 30 ans de prison ferme et à une amende de 5 000 000 F CFA ferme.
La réclamation de la partie civile, Drissa, est fondée : le tribunal condamne Blaise et Karim à lui verser la somme de 14 millions F CFA.
Justice Infos Burkina
Source : Zoodomail.com

