INTERVIEW EXCLUSIVE/ LAURENT GBAGBO ( EX-CHEF DE L’ÉTAT IVOIRIEN, PRESIDENT DU PPA-CI)
» ILS M’ONT DONNÉ UNE LONGÉVITÉ INESPÉRÉE.. »
-« La Démocratie veut que si je gagné, je continue.. »
À trois jours de l’élection présidentielle en Côte d’Ivoire, l’ex-Chef de l’Etat Ivoirien et Président du Parti des Peuples Africains de Côte d’Ivoire ( PPA-CI) Laurent Gbagbo a accordé une interview exclusive au Journaliste Alain Foka. Nous vous en proposons un extrait.
-Bonjour Monsieur le Président. Samedi 25 octobre prochain, il y a vote en Côte d’Ivoire dans le cadre de l’élection présidentielle, élection pour laquelle vous n’êtes pas candidat.
Vous avez 80 ans aujourd’hui et la prochaine élection présidentielle, vous aurez 85 ans.
Est-ce qu’on peut dire que c’est la fin, que c’est la retraite pour le président Laurent Gbagbo ?
L.G : Il n’y a pas de retraite en politique. Donc, je n’irai pas à la retraite, mais je m’interdirai d’occuper des fonctions politiques, aussi bien à l’intérieur de mon parti, où je serai plus président, qu’à l’extérieur, que dans l’État. C’est-à-dire qu’on ne peut plus imaginer le président Laurent Gbagbo candidat à une présidentielle, par exemple, à 85 ans.
-Ailleurs, on a vu ça, il y en a qui ont 93 ans et qui sont candidats.
L.G : C’est leur choix, ce n’est pas le mien. Moi, j’ai assez donné.
Et puis, on peut faire la politique sans s’occuper de fonction, ou sans chercher à occuper de fonction.
-Est-ce que c’est raisonnable pour quelqu’un comme vous, qui a fait ce que vous avez fait, ait souhaité être candidat à la présidentielle à 80 ans ?
L.G: Oui. Je vais vous expliquer quelque chose.
Quand j’ai été élu président, c’était en 2000, j’avais 55 ans. Le mandat présidentiel dure cinq ans. En 2005, donc, c’était la fin.
Normalement, c’était la fin du premier mandat, de mon premier mandat présidentiel. Il aurait dû y avoir une élection. En 2005.
Et à cette élection, j’aurais pu gagner ou j’aurais pu perdre. Mais il n’y a pas eu d’élection.
La démocratie veut que si je gagne, je continue. Le deuxième mandat est le dernier mandat. Donc, j’avais jusqu’à 65 ans.
-65 ans, si vous aviez un second mandat, vous le dites?
L.G : Oui, si j’avais un second mandat. Mais si j’avais perdu après le premier mandat, c’était fini.
Voilà. Ces gens-là ne m’ont pas laissé gouverner.
-Quand vous dites ces gens-là, c’est qui ?
L.G : Mes opposants qui ont pris les armes, parce que figurez-vous que deux mois seulement, après les élections ont eu lieu le 22 octobre 2000, j’ai prêté serment le 26 octobre.
J’ai fait mon premier conseil de ministre le 27 octobre. Le 4 janvier 2001, il y avait le premier coup de feu contre mon régime. Contre moi-même et contre la Côte d’Ivoire, le 4 janvier.
-C’est-à-dire, moins de trois mois après que vous ayez pris vos fonctions.
L.G: Moins de trois mois après. Ils m’ont donné une longévité inespérée.
C’est pourquoi je suis encore là.
– Comment ça ?
L.G : Parce qu’ils n’ont pas voulu appliquer la Constitution.
Or, dans notre Constitution, celle qui avait cours en 2000, la Constitution de la Deuxième République dit que quand le pays est divisé, il n’y a pas d’élection. Parce qu’ils ne se sont pas arrêtés au 4 janvier. Quand nous avons repoussé les assaillants qu’on appelait « le complot de la Mercedes noire », quand on les a repoussés, ils sont partis en laissant beaucoup de morts des deux côtés.
…Et en 2002, j’étais en visite officielle en Italie quand ils ont demis le gouvernement.
J’espère pour le moment, pas que je n’ai pas eu le temps de gouverner, ça c’est un autre chapitre, mais pour le moment que ma longévité s’explique par la guerre civile qui m’a été menée, J’ai dû faire face jusqu’à ce qu’ils arrivent au pouvoir finalement. Et que tous ceux qui étaient derrière eux lèvent la tête.
-Ce n’est pas votre genre de faire de la langue de bois. Quand vous dites « eux », c’est qui ?
L.G: « Eux ». On a vu après qu’il y avait des jeunes gens ivoiriens là. Les Soro, les IB qu’ils ont fini par tuer eux-mêmes à Abobo.
…Pour les jeunes gens-là, il y avait ce groupe-là qui n’a pas pensé à la rébellion et qui n’a pas financé surtout la rébellion. Mais il y avait ensuite l’équipe d’Alassane qui a été nommément citée par les rebelles comme étant leur financier, qui leur donnait 25 millions par mois. Ça a été cité ça. Ça a été montré. Ça a été cité clairement.
Et puis il y a la France.
C’est Nicolas Sarkozy qui…
-Qui voulait vous vitrifier ?
L.G : Oui, qui voulait me vitrifier et qui, à la fin des faits, bon, m’a quand même eu à bombarder la résidence présidentielle de Côte d’Ivoire, c’est-à-dire d’un pays étranger, qui m’a fait arrêter. Pour aller passer… Le 11 avril 2011, j’ai fait huit mois à Korhogo.
Puis après, j’ai été déporté à La Haye.
-Où vous avez passé une dizaine d’années.
L.G : Oui, Une dizaine d’années.
Source : média prime Mag
