2 février 2026
Home » Interview- Ag Ibrahim Mohamed, journaliste-communicateur et écrivain : « C’est dans les mines que j’ai eu ma plus longue et ma plus exaltante expérience professionnelle »

www.reveil-info.net  est allé à la rencontre de Ag Ibrahim Mohamed, journaliste-communicateur et écrivain, actuellement consultant privé et prestataire dans le secteur minier. Avec lui, il a été question de ses deux livres sur le marché et consacrés à la question de l’or. Il s’est également prononcé sur la vie du secteur minier Burkinabè en général depuis l’arrivée du capitaine Ibrahim Traoré. Il commence par se présenter.

Je suis Ag Ibrahim Mohamed, journaliste-communicateur de formation, installé comme consultant privé et prestataire dans le secteur minier. Je suis originaire du sahel burkinabè. Après des études à l’université de Ouagadougou, j’ai a été tour à tour professeur de lycées, journaliste, coordinateur d’une ONG d’éducation en milieu pastoral, coordinateur des communications de la mine Essakane, promoteur d’un media en ligne, responsable d’un cabinet de conseil en communication, puis de 2021 à 2024, Directeur général du Fonds d’Appui à la Presse Privée (FAPP).

Réveil-info : Comment est venu l’amour pour l’écriture ?

Ag Ibrahim Mohamed : Tout commence par la passion pour la lecture, c’est elle qui introduit le soleil dans vos idées. J’écrivais des poèmes dans mes rêvasseries d’enfant et j’ai toujours eu envie de partager mes expériences. Ecrire un livre est une aventure passionnante qui n’est pas aussi simple que cela puisse paraitre. il est important de respecter quelques codes et principes. Bref, un journaliste est déjà dans la routine de l’écriture ; il a toujours des idées brutes qu’il espère transformer en livres. C’est un projet qui demande du temps, du conseil auprès des devanciers, de l’authenticité, de l’inspiration, de la création, de la narration et de la structuration et de la planification. Maintenant, l’idée d’écrire un livre est arrivée lorsque je suis parti de l’univers des mines en 2021. Je crois que cette expérience minière a été un déclic. J’avais pris beaucoup de notes et je disposais d’outils structurels pour mes thématiques, il fallait juste les organiser de façon cohérente.

Après votre livre « les pépites d’Essakane » en 2023, vous revenez avec un autre livre intitulé « Burkina Faso, un ténor d’or ». De quoi parle ce livre ?

une vue des autorités le jour de la dédicace du dernier livre

Dans mon premier ouvrage ‘’Pépites d’Essakane’’, je dresse des portraits d’une quarantaine de femmes exerçant dans la mine Essakane où j’ai travaillé une douzaine d’années. Des portraits de dames qui exercent des métiers traditionnellement masculins mais aussi un regard porté le leadership féminin burkinabè dans le secteur minier.

Dans un ‘’ un ténor de l’or’’, ouvrage préfacé par l’éminent Professeur Serge Théophile Balima, je traite de l’historique du secteur minier burkinabè et de ses acteurs, la place des mines dans les politiques publiques, les enjeux et opportunités, les mines à l’épreuve du défi sécuritaire, le vent du souverainisme minier qui souffle actuellement sur le pays. Le titre de l’ouvrage évoque le rôle stratégique de l’exploitation de l’or sur l’économie burkinabè. Le livre est édité aux Editions Mercury de Ouagadougou, il comporte 6 parties, 20 chapitres et 345 pages.

Visiblement vous ne parlez que de l’or dans vos livres, pourquoi ?

C’est dans les mines que j’ai eu ma plus longue et ma plus exaltante expérience professionnelle. Le Burkina est un jeune pays minier et nous étions des privilégiés de vivre les débuts de l’aventure. Comme on le dit écrivez sur ce qui vous passionne et vous passionnerez ceux qui vous lisent. J’ai choisi d’écrire une trilogie sur l’or, le prochain ouvrage va porter sur l’exploitation artisanale de l’or. J’accorde un vif intérêt pour l’or parce que c’est le secteur pilier de l’économie nationale. Aux côtés des mines industrielles, les mines artisanales occupent plus de deux millions de burkinabè qui se font de gros revenus. J’ai voulu aussi rendre hommage aux précurseurs de la recherche géologique au Burkina Faso comme Pierre Tapsoba, Emille Patoin Gansonré, Siaka Zonou, Adama Pierre Traoré, Philippe Ouédraogo, François Ouindlassida Ouédraogo, Bila Zanga Boubacar, André Philippe Momo et autres. Nos pionniers des mines sont des héros oubliés. Ce sont des icônes et des modèles qui peuvent inspirer des vocations.

De manière générale, comment appréciez-vous le secteur de l’or au Burkina Faso ?

L’exploitation de l’or suscite fantasmes et critiques, je partage dans mon livre, mon opinion sur des sujets d’actualité que traversent aujourd’hui les parties prenantes de la filière or. Votre question est vaste et je pourrais dire que malgré un contexte sécuritaire difficile depuis plusieurs années, le secteur minier du Burkina Faso continue de jouer un rôle moteur dans le développement économique du pays. Acteur majeur de l’or en Afrique de l’Ouest, le Burkina affiche une production totale de 61 tonnes en 2024. En 2008, la production nationale était estimée à 5 tonnes. Seize ans plus tard (2024), ce chiffre a été multiplié par douze.

Le secteur fait preuve d’une résilience remarquable et notre pays est passé d’une mine industrielle en 2007 à 13 mines industrielles en fin 2024. Une dizaine de mines semi-mécanisées produisent et 800 sites d’exploitation artisanale pour la plupart évoluant dans l’informel sont répertoriés.  La contribution directe des mines au budget de l’Etat est passée de près de 9 milliards FCFA en 2008 à 567 milliards FCFA en 2024 ! C’est une manne considérable qui correspond à 25% des recettes fiscales du pays et le secteur représente 84% de nos exportations en 2024. En plus, le fonds minier de développement local a permis de mobiliser au profit des communes et des régions du pays, près de 200 milliards francs FCFA de 2019 à 2024. Plus de 65 milliards FCFA ont été mobilisés au profit du fonds de soutien patriotique. Chaque période de l’histoire minière de notre pays a eu des apports et des limites. Le code minier de 2003 a été établi pour promouvoir les investissements privés dans le secteur minier et la recherche puis l’exploitation des ressources minérales. En juillet 2024, le Burkina a adopté un code minier et une loi relative au contenu local dans le secteur minier. Ce nouveau cadre législatif introduit des mesures significatives pour renforcer la participation nationale dans le secteur minier.  La loi  sur le contenu local renvoie à la préférence accordée aux entreprises burkinabè dans les achats de biens par les sociétés minières.

Pour des questions de souveraineté, le Chef de l’Etat, le Capitaine Ibrahim TRAORE a décidé de reprendre la main sur le secteur minier. Le gouvernement cherche ainsi à maximiser les retombées économiques de l’exploitation minière. Dans la foulée, notre pays se constitue sa première réserve nationale d’or. La Société nationale des substances précieuses (SONASP) créée en 2023 fait des merveilles, elle a collecté 36 tonnes d’or entre janvier et septembre 2025, selon les chiffres annoncés récemment par le Premier ministre, Rimtalba Jean Emmanuel OUEDRAOGO lors de son séjour aux USA. C’est inédit dans un pays qui ne déclarait pas une tonne issue du sous-secteur artisanal.

Pour des questions de souveraineté, le Chef de l’Etat, le Capitaine Ibrahim TRAORE a décidé de reprendre la main sur le secteur minier.

C’est dire que des dizaines de tonnes d’or sortaient frauduleusement et cela représente un important manque à gagner pour l’État.  Des actifs miniers (Boungou, Waghnion, Taparko etc.) sont tombés dans le portefeuille de l’Etat et celui-ci va opérer ces mines à travers la Société de participation minière du Burkina Faso (SOPAMIB). Notre pays a également lancé un projet de raffinage local et une unité de transformation des résidus miniers pour limiter la dépendance aux exportations brutes.

Vous avez consacré des publications sur le secteur, peut-on dire que l’or brille pour tout le monde au Burkina ?

L’or du Burkina a servi par exemple à construire des infrastructures et à acquérir des équipements.  L’or est une ressource non renouvelable et le boum minier soulève bien entendu des questions qui se posent avec acuité comme la répartition des revenus, les impacts socio environnementaux, la dépendance de l’économie nationale à l’or, les risques liés à la volatilité des cours de l’or, le développement des communautés hôtes etc. Oui l’or doit briller pour tous mais ce sont les burkinabè qui doivent d’abord faire briller les mines. A nous de savoir profiter de la hausse spectaculaire du cours de l’or en produisant plus d’effets d’entrainement sur les autres secteurs de l’économie, et en réinvestissant dans les services et infrastructures. Parmi les principaux défis de l’heure, je note la sécurisation des sites miniers, la diversification de la production de minerais, l’encadrement de l’orpaillage, sa fiscalisation et sa mécanisation. Le futur minier du pays est prometteur et le Burkina peut rêver d’un avenir doré avec une bonne dose de bonne gouvernance.

Interview  réalisée par Ben Alex Béogo

Réveil-info

 

 

 

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