3 février 2026
Home » Interview- Abdoulazize Bamogo,communicateur, ancien président du CSC : ” le secteur des médias Burkinabè est frappé de plein fouet par la crise sécuritaire…”

Il n’est certainement plus à présenter. Communicateur, ancien président du Conseil supérieur de la communication (CSC), Abdoulazize Bamogo puisque c’est de lui qu’il s’agit, a accepté répondre aux questions de Reveil-info sur la sortie récente de son livre et sur bien d’autres questions  liées à l’actualité des médias et de la communication au Burkina Faso.

Que devient Abdoulazize Bamogo, ancien président du CSC ?

Après mon mandat, j’ai consacré une bonne partie de mon temps à l’élaboration de mon ouvrage « La communication au Burkina Faso, cadre légal et institutionnel ». l’ouvrage de 411 pages est paru le 12 mai dernier aux Éditions Mercury. Il rassemble 62 textes qui encadrent la communication Burkina Faso. le volet de collecte des textes m’a pris beaucoup de temps de recherche auprès des institutions publiques, des collectivités territoriales, des organisations professionnelles et des institutions sous-régionales. Pour le reste, je me consacre désormais à des activités de consultance en mettant mon expérience au service des dirigeants et des équipes dirigeantes des institutions, des organisations et des entreprises.

Comment jugez-vous le monde des médias et de la communication au Burkina Faso ?

C’est un secteur qui est frappé de plein fouet par la crise sécuritaire et son corollaire de crise économique. À ces deux facteurs, il faut ajouter celui de la mutation technologique qui tend à rendre obsolète les anciens médias et leur modèle économique centré sur la vente des espaces publicitaires.
Nous avons vu ces deux dernières décennies, une prolifération de médias, notamment radios et télévisions, qui ont contribué à enrichir le paysage médiatique. mais ces médias font aujourd’hui face au défi majeur, de la viabilité économique. C’est un secteur avec un immense potentiel, mais qui nécessite une refondation de son modèle économique.

Quelle appréciation faites-vous des réseaux sociaux ?

Les réseaux sociaux constituent une arme à double tranchant. D’un côté, ils ont révolutionné l’accès à l’information et l’expression citoyenne. Même sur le plan économique ils ont ouvert la voie de l’entrepreneuriat aux couches sociales à faible revenu. Ils sont devenus un canal incontournable pour la communication rapide, la mobilisation et les affaires. D’un autre côté, ils représentent un défi majeur en matière de régulation, de vérification de l’information et de respect de la vie privée. La diffusion de fausses nouvelles, l’incitation à la haine et les risques d’atteinte à la cohésion sociale sont des préoccupations sérieuses. Il est impératif d’éduquer le public à une utilisation responsable et critique de ces plateformes, et de trouver un équilibre entre liberté d’expression et responsabilité. Dans ce sens, il faut saluer les 10 conseils publiés par le Conseil supérieur de la communication pour des pratiques responsables sur les réseaux sociaux. Il sont à promouvoir largement auprès de nos jeunes actifs sur les reseaux sociaux.

Quelle appréciation faites-vous des médias en ligne ?

Les médias en ligne sont une composante essentielle et dynamique du paysage médiatique burkinabè. Leur nombre s’est fortement accru ces dernières années, mais leur business mod-le reste à parfaire. Certains médias en ligne du Burkina Faso n’existent que de nom, leurs sites ne sont pas régulièrement alimentés et leurs recettes publicitaires quasi-inexistantes.
Il faut cependant saluer l’activité de certains médias en ligne comme le Réveil Info qui se démarquent par leur dynamisme dans le traitement de l’actualité. . Ils ont apporté une agilité et une rapidité de diffusion que les médias traditionnels ne peuvent égaler, permettant une couverture instantanée des événements. Ils ont également ouvert la voie à de nouveaux modèles éditoriaux et à une interactivité accrue avec le public.
Toutefois, comme pour les réseaux sociaux, la question de la fiabilité de l’information et de la qualité journalistique est cruciale. Le défi est de consolider leur modèle économique pour garantir leur indépendance, d’investir dans la vérification des faits et de professionnaliser davantage leurs équipes afin d’être des sources d’information crédibles et durables tout en étant économiquement viable.

Le traitement de l’information par les médias Burkinabè dans le contexte actuel de crise sécuritaire vous semble-t-il convenable ?

Le contexte actuel de crise sécuritaire est d’une complexité sans précédent pour les médias burkinabè. Leur rôle est vital pour informer la population, mais il est aussi extrêmement délicat. Le traitement de l’information dans ce cadre est un défi constant au regard de la responsabilité plus grande des médias. On observe des efforts louables de la part des médias pour couvrir la crise, mais ils sont confrontés à des contraintes majeures : la sécurité des journalistes, l’accès à l’information fiable et vérifiée, et la nécessité de ne pas compromettre la sécurité nationale. Par ailleurs, de nombreux médias développent des initiatives salutaires pour soutenir les efforts en matière de sécurisation du territoire, pour aider les victimes des attaques terroristes et pour le retour rapide de la paix.

Le 19 juin dernier a eu lieu la dédicace de votre livre « La communication au Burkina Faso, cadre légal et institutionnel ». Pourquoi un tel ouvrage ?

Azize Bamogo et l’actuel président du CSC le jour de la dédicace du livre

La publication de « La communication au Burkina Faso, cadre légal et institutionnel » est née du constat d’un manque ouvrage de référence qui rassemble de manière exhaustive le cadre juridique et institutionnel de la communication dans notre pays. Mon objectif était donc de combler ce vide, d’offrir une boussole claire et accessible pour naviguer dans l’environnement de la communication burkinabè. C’est un outil pour renforcer la conformité des pratiques des acteurs, pour promouvoir une communication responsable et éclairée, et ainsi contribuer à l’essor d’un espace médiatique plus structuré et éthique.
Ce livre est aussi, pour moi, un acte de résilience. En rendant les texte plus accessibles, j’espère renforcer leur connaissance et leur respect par les professionnels du secteur des média et de la communication pour des pratiques plus en phase avec les politiques nationales de lutte contre le terrorisme. J’espère contribuer à développer une communication vecteur de cohésion sociale et d’engagement patriotique

 

Le livre de Azize Bamogo

La publication de ce livre est-elle liée à un constat de manquements au niveau des médias ?

Oui, en partie. La publication de ce livre est intrinsèquement liée à l’observation de manquements et de défis persistants dans le paysage médiatique burkinabè. Ces manquements ne sont pas toujours le fruit de la mauvaise volonté, mais souvent d’une méconnaissance ou d’une mauvaise interprétation du cadre légal et des principes éthiques qui régissent la profession.
On constate parfois des dérives, de la désinformation, des atteintes à la déontologie, ou encore une précarité qui pousse à des compromis. Le livre vise à éclairer les professionnels sur ces différentes problématiques, en rappelant les règles du jeu, les droits et les obligations de chacun. Il est un appel à la professionnalisation, à la responsabilité et à l’autodiscipline.

Comment le livre a-t-il été accueilli par le public ?

L’accueil du livre a été extrêmement positif et encourageant, ce qui confirme la pertinence et la nécessité de cet ouvrage. J’ai été particulièrement touché par l’intérêt manifesté par un public varié lors de la dédicace du livre le 19 juin dernier au CENASA : des journalistes et professionnels de la communication, des étudiants en journalisme et en droit, des acteurs de la société civile, et même des citoyens désireux de mieux comprendre le fonctionnement des médias. C’est le lieu pour moi de remercier encore monsieur le Président du CSC et monsieur le Ministre de la Communication, de la culture, des Arts et du tourisme qui ont accepté de mettre la cérémonie de dédicace respectivement sous leur patronage et parrainage. Je remercie également les présidents d’institution et toutes les hautes personnalités qui m’ont honoré de leur présence à la cérémonie de dédicace. les stocks mis à disposition par l’éditeur sont rapidement épuisés. Ces retours positifs soulignent l’utilité pratique de l’ouvrage comme référence. Cette réception chaleureuse est la plus belle des validations pour le travail accompli.

Les médias Burkinabè déplorent actuellement le manque de ressources financières. Pour vous, comment peut-on résoudre ce problème de manque de viabilité économique des médias dans le contexte actuel marqué par la crise sécuritaire et la conjoncture économique?

La viabilité économique des médias est un défi préoccupant partout au monde. L’UNESCO a consacré l’un de ces récents rapports annuels à la question en appelant a trouver des moyens pour préserver les capacités des médias à jouer leur rôle dans l’encrage de la démocratie et dans le développement socioéconomique. Au Burkina Faso, le problème est exacerbé par le contexte sécuritaire et économique actuel. Il n’y a pas de solution unique, il faut plutôt envisager une combinaison d’approches multiformes.

Tout d’abord, les entreprises médiatiques doivent diversifier leurs modèles économiques. Il est crucial de sortir de la dépendance à la publicité classique. Cela implique d’explorer le journalisme d’abonnement ou de don, le financement participatif, les partenariats avec des organisations de développement, la production de contenus spécifiques pour des entreprises ou des institutions (brand content), et la monétisation de services annexes (formations, études). Chaque média en fonction de son expérience et de ses capacités doit trouver les modèles supplémentaires les plus porteurs.
Les médias doivent innover et s’adapter au numérique. Ils doivent pleinement embrasser le numérique, non seulement comme canal de diffusion, mais aussi comme source de revenus potentiels. La publicité programmatique, la vente de données agrégées, le e-commerce lié au contenu sont des approches innovantes susceptibles de générer des revenus supplémentaires pour les médias.
Les entreprises médiatiques pêchent par la faiblesse de leurs forces de vente. Les médias doivent professionnaliser leur gestion à travers le renforcer des compétences de leurs équipes en gestion, marketing et entrepreneuriat. Les équipes de vente doivent faire autant l’objet d’attention que celles des rédactions.
Les médias peuvent également développer la collaboration et la mutualisation. Elles peuvent mettre en commun leurs ressources (matériel, infrastructures, pigistes, formations) en vue de réduire les coûts et optimiser l’efficacité.

Est-il possible de résoudre de façon durable le problème de la viabilité économique des médias Burkinabé ?

Oui, je suis convaincu que c’est possible, mais cela exige une volonté collective forte et une approche multidisciplinaire et de long terme. Il faut pour cela un engagement politique fort pour soutenir la presse privée, une capacité des médias à innover, à se réinventer, à diversifier leurs sources de revenus et à renforcer leur management , l’éducation du public à la valeur de l’information de qualité, pour encourager l’abonnement ou le soutien financier direct, le développement d’un cadre législatif et réglementaire qui favorise l’investissement dans le secteur. Enfin, il faut compter sur un développement économique général du pays, car la santé des médias est liée à celle de l’économie globale.
Le développement de la viabilité économique des médias est donc un travail de longue haleine qui est nécessaire au regard de la capacité de nos médias à informer, éduquer et contribuer au débat public essentielle pour la stabilité et le développement du Burkina Faso.

Que direz-vous en guise de conclusion à cet entretien ?

En guise de conclusion, je tiens à réaffirmer l’importance vitale d’une communication responsable, éthique et éclairée pour le Burkina Faso, surtout dans le contexte actuel. Les médias, les professionnels de la communication et les citoyens ont tous un rôle crucial à jouer. Mon livre, « La communication au Burkina Faso, cadre légal et institutionnel », est une contribution modeste à cet objectif.
Je souhaite que cet ouvrage serve de boussole pour tous les acteurs, afin que nous puissions ensemble bâtir un paysage médiatique plus professionnel, plus résilient et au service de l’intérêt général. C’est à ce prix aussi que nous aurons un marché des médias plus structuré et plus bénéfique pour les promoteurs d’entreprises médiatiques et leurs travailleurs.

Interview réalisée par Ben Alex Béogo

Reveil-info

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