Récit d’un procès : De retour de la mosquée, il commet deux vols… et prend 11 ans de prison ferme
Amado (nom d’emprunt), 21 ans, était devant les juges de la chambre correctionnelle du tribunal de grande instance de Bobo-Dioulasso, ce vendredi 16 mai 2025. Il répondait des faits de tentative de vol aggravé et de grand banditisme. En effet, il est accusé d’avoir tenté de commettre un vol au domicile de Harouna (nom d’emprunt) dans la nuit du 29 mars 2025. Il est également poursuivi pour avoir, dans la même nuit, soustrait frauduleusement deux téléphones portables au domicile d’Adama (nom d’emprunt), à l’aide d’une arme blanche.
Amado a reconnu partiellement les faits. Selon ses dires, c’est en plein mois de carême, de retour de la mosquée vers 5 heures du matin, qu’il a constaté que la porte d’Adama était ouverte. L’ayant vu en train de dormir, il en a profité pour lui prendre son téléphone, mais ce dernier s’est réveillé et l’a pris en chasse. Il n’a toutefois pas pu le rattraper. « J’ai volé deux fois dans la même nuit. La première fois, j’ai pris le téléphone portable des élèves coraniques avec un power bank », a-t-il avoué aux juges.
Toutefois, le prévenu nie avoir utilisé une arme blanche pour commettre ces faits. Concernant la tentative de vol aggravé, il a également nié les faits. « Quand j’ai fui chez Adama, je passais en courant devant le domicile de Harouna. C’est sa femme qui m’a demandé pourquoi je courais. Je lui ai menti en disant que c’est la police qui contrôlait les pièces d’identité », a-t-il expliqué. C’est à son retour qu’il a été appréhendé par Harouna, qui affirme qu’il voulait le voler.
Des déclarations qui ne concordent ni avec ses propos lors de l’enquête préliminaire, ni avec ceux des victimes. À la police, il avait avoué qu’ils étaient deux.
Selon le témoignage d’Adama, il a été agressé par deux individus : « J’étais couché dans ma maison vers 3 heures du matin. Ils ont fouillé toute la maison et pris mes deux téléphones. Ensuite, ils m’ont violenté en me demandant où se trouvait l’argent. Ils m’ont blessé aux deux mains et m’ont poignardé dans le dos quand j’ai voulu fuir. C’est à ce moment que j’ai crié, et le voisinage est venu à mon secours », a-t-il raconté aux juges. À la question du juge de savoir s’il a pu identifier clairement le prévenu, il a répondu par la négative.
Quant à Harouna, il a déclaré que le prévenu avait tenté de le poignarder lorsqu’il a voulu l’interpeller à son domicile, ce que nie Amado.
Pour le procureur, tous les faits sont constitués à l’encontre d’Amado. Il a expliqué que l’infraction de grand banditisme est prévue par l’article 612-1 et suivants du code pénal, lesquels prévoient une peine d’emprisonnement allant de 11 ans à la réclusion criminelle à perpétuité.
Selon les dispositions de l’article 612-3 « Est punie d’une peine d’emprisonnement de 11 ans à l’emprisonnement à vie et d’une amende de 5 000 000 F CFA à 50 000 000 F CFA, toute personne reconnue coupable d’acte de grand banditisme ».
Selon lui, Amado en est bel et bien coupable. Il a donc requis une peine de 30 ans de prison ferme, avec une période de sûreté de 17 ans et une amende de 5 millions FCFA ferme.
Les victimes se sont constituées parties civiles. Adama a réclamé 25 325 FCFA pour les frais médicaux et le remplacement de son téléphone volé. Quant à Harouna, il a réclamé la somme de 100 000 FCFA, affirmant avoir été victime de plusieurs vols de téléphones portables par le passé.
Amado, lui, a demandé la clémence du tribunal.
Dans sa décision, le tribunal a renvoyé Amado des fins de la poursuite pour l’infraction de tentative de vol aggravé au domicile de Harouna, pour infraction non constituée. En revanche, il l’a déclaré coupable de grand banditisme et l’a condamné à 11 ans de prison ferme, dont une période de sûreté de 6 ans, ainsi qu’à une amende de 5 millions FCFA avec sursis. Le tribunal a également condamné Amado à payer la somme réclamée par Adama. Il a jugé irrecevable la constitution de partie civile de Harouna, la trouvant non fondée.
Le prévenu dispose de 15 jours pour faire appel s’il n’est pas d’accord avec la décision.
Justice Infos Burkina
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