Si vous séjournez dans des villages de Moose, ne soyez pas surpris d’y voir des bosquets sacrés dont certains sont dédiés aux Kinkirsi ou jumeaux. Interdiction est faite de s’y approvisionner en bois, même si des arbres y sont morts et sont réduits en combustible si prisé. Tous les deux ans, une cérémonie en l’honneur des Kinkirsi est organisée et c’est à cette occasion seule qu’il est permis d’utiliser le bois du bosquet sacré pour la préparation des repas rituels.
Les jumeaux aiment le miel et le sésame. L’alcool est strictement interdit dans leur culte. Ne vous figurez pas non plus en train de fournir du tabac aux Kinkirsi : ils n’en veulent pas.
Un sac en toile vide ne saurait tenir à la verticale. La religion dont je parle, bien que millénaire, souffre de pratiques que je qualifierais de naïvement dilettantes. Comment expliquer en effet les ravages de l’alcool et des autres drogues chez ceux des humains kinkirsi ou jumeaux et des porteurs des prénoms prédestinés comme Kouka, Kirsi, Nonghma, Rèeghma ?
Et que dire de cette autre pratique consistant à avoir en permanence dans sa maison du miel et du sésame alors qu’une fois dehors on se saoule dangereusement ? Ce sont des raccourcis pour espérer bénéficier des largesses du Créateur et des Kinkirsi (anges) sans s’être astreint à une observance à bon escient des règles de vie religieuses révélées.
À côté de la sauvegarde de l’écologie et des habitudes alimentaires saines, il convient de souligner que les Kinkirsi s’impliquent dans les soins à apporter aux malades, les malades mentaux notamment. Par ailleurs, en cas d’entorse, dans les villages moose, le patient est traditionnellement orienté vers les mères de jumeaux auxquelles on attribue des pouvoirs de guérison.
Par ailleurs, les rites entourant les kinkirsi (humains) dont l’objectif est d’en faire des créatures intègres, montrent à souhait que leur ligne religieuse promeut la justice.
Mais au-delà des aspects positifs ci-dessus énumérés, que peut apporter d’autres cette religion à l’homme confronté à tant de fléaux ?
Pour réaliser quoi que ce soit, l’homme doit d’abord être en vie. L’apport de la religion des kinkirsi à cet égard est multiforme.
Personnellement, pour avoir été à maintes reprises attaqué par des hommes dotés d’armes de divers ordres, je suis bien placé pour témoigner de la force incomparable du Créateur.
Au plan médical, je me suis toujours dit qu’avec l’aide du Tout-Puissant, le mal qui conduit le non croyant au cimetière conduit le croyant juste chez le médecin pour des soins menant à la guérison.
Bref, je vais me conformer au titre de la présente publication pour essayer d’être concis.
C’est à l’épreuve de la crise sécuritaire que beaucoup sont devenus des mécréants. Pas plus tard que l’autre jour, quelqu’un confiait qu’en vérité, il n’y a pas de miracle face aux armes de guerre et que ceux qui s’échinent à rechercher les protections miraculeuses le font sans y croire vraiment.
Asseyez la religion dont je trace les lignes présentement et bénéficiez des protections divines.
Personnellement, je ne portais même pas d’arme blanche jusqu’à cet après-midi d’un samedi de mai 1999 où j’ai été attaqué par deux individus dont l’un portait un pistolet et l’autre un couteau de ceinture. J’étais sur un vélomoteur P50 et en voulant donner un coup de pied au porteur du pistolet, je me suis retrouvé à terre. J’avais alors formé mes poings et quand l’agresseur m’a répété trois fois qu’eux ne tireraient que sur ceux qui refusent de se plier à leur volonté, je lui ai répété trois fois qu’il pouvait tirer.
Quand j’ai relevé mon vélomoteur et ai poursuivi ma route, la première chose que j’ai faite une fois arrivé à Kaya fut de m’acheter une machette en répétant : « Maintenant, un porteur d’arme à feu va s’enfuir, ensanglanté, pour entrer dans les buissons ».
Je ne tombai plus en tentant un geste osé : la machette écartant facilement de ma route ceux qui avaient eu l’idée de me la barrer.
C’est alors que le Créateur m’a révélé que même ceux qui font de la bonne musique portent des armes à feu. Et je m’en suis doté dans le respect de la procédure en la matière.
Face à l’insécurité, l’option religieuse, qui semble la mieux adaptée à la situation devrait être appliquée. Ne dit-on pas que le grattoir est modelé par ce qui ressemble au grattoir ?
Et gardons-nous d’une vision réductrice des choses. La religion des kinkirsi, quoique promue par les Moose et devant logiquement leur profiter en premier, demeure à vocation universelle et produit ses effets sans exclusive.
Photo d’illustration : Famille Hanro
Ousmane Kirsi Ouédraogo in Traditions et Sagesses média
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