La proclamation de la Journée mondiale de la radio s’est faite sur la base d’un vaste processus de consultation mené par l’UNESCO à la suite d’une proposition de l’Espagne en 2011. L’Académie espagnole de la radio (Academia Española de la Radio), chef de file du projet, avait été soutenue dans sa proposition par diverses parties prenantes, y compris par les principaux radiodiffuseurs internationaux et les syndicats et les associations de la radiodiffusion. Le 14 janvier 2013, l’Assemblée générale des Nations Unies a officiellement approuvé la proclamation et a adopté à son tour, lors de sa 67ème session, une résolution proclamant officiellement le 13 février comme Journée mondiale de la radio.
Qu’est que la radio ?
La radio est un outil puissant pour célébrer l’humanité dans toute sa diversité et constitue une plate-forme pour le discours démocratique. Au niveau mondial, la radio reste le média le plus consommé. Cette capacité unique de toucher le public le plus large signifie que la radio peut façonner l’expérience de la société dans la diversité, être l’arène où toutes les voix peuvent s’exprimer, être représentées et entendues. Les stations de radio devraient desservir des communautés diverses, leur offrir une grande variété de programmes, de points de vue et de contenu. Les radios doivent être capable, dans leurs organisations et leurs opérations, de refléter la diversité de leurs publics.
L’objectif de la Journée mondiale de la radio
La Journée mondiale de la radio est l’occasion de célébrer la radio en tant que médium, développer la coopération internationale entre radiodiffuseurs, encourager les principaux réseaux ainsi que les radios de proximité à promouvoir l’accès à l’information et la liberté d’expression. Les objectifs de la Journée mondiale de la radio consiste à sensibiliser le grand public et les médias à la valeur de l’audio de service public, encourager les décideurs à promouvoir la radio libre, indépendante et pluraliste et renforcer la mise en réseau et la coopération internationale entre radiodiffuseurs.
Vers le prochain siècle de la radio
L’opportunité offerte par plus de 100 ans de radio demande à être claironnée à plein volume. Le centenaire est l’occasion de célébrer fièrement les vastes vertus et la puissance continue de ce média. Cela arrive à un moment opportun, car la radio bien que statistiquement populaire et digne de confiance pour le public est confrontée à des défis croissants en matière d’audience et de revenus des plateformes numériques, à l’omniprésence des médias sociaux, aux fractures numériques et générationnelles, aux contre-courants de censure et, pour certains médias, à l’étouffante consolidation de dettes ainsi qu’aux difficultés économiques exacerbées par un marché publicitaire faible. Aussi, la célébration de 2024 met en lumière l’histoire de la radio et son impact puissant sur les informations, les pièces de théâtre, la musique et les sports. Elle reconnaît également sa valeur utilitaire actuelle en tant que filet de sécurité publique portable en cas d’urgence et de coupure de courant, causée par des catastrophes naturelles et humaines telles que les tempêtes, les tremblements de terre, les inondations, la chaleur, les incendies de forêt, les accidents et les guerres. En outre, la valeur démocratique continue de la radio est de servir de catalyseur local pour la connectivité au sein des groupes mal desservis, y compris les populations immigrées, religieuses, minoritaires et touchées par la pauvreté. Les radiodiffuseurs sont alors encouragés à apporter leur propre culture, leur style et leurs sensibilités à leurs célébrations individuelles précédant et pendant l’événement du 13 février. L’UNESCO invite l’industrie mondiale de la radio sous toutes ses formes commerciales, publiques, à but non lucratif à se joindre à la célébration mondiale de ce média à ce moment particulier et crucial de son parcours qui s’étend sur un siècle.
La radio en Afrique
La radio, comme le système économique, politique et social actuel, a été introduite en Afrique par le fait colonial. Cet outil technologique avait pour but, entre autres, de diffuser l’ordre et la discipline européens aux sociétés indigènes de l’Afrique Noire. Ainsi le système français en matière de communication se voulait particulièrement centralisateur tant au niveau des postes, télécommunications et télégraphes qu’au plan des émissions et messages radiophoniques. Dès l’avènement de la radio dans le pays, elle fut considérée comme un auxiliaire de Gouvernement, étroitement contrôlé par le Gouvernement. Cet intérêt des pouvoirs publics pour ce moyen de communication sociale tient à ses nombreux atouts. La radio dispose d’un atout sérieux, elle est le prolongement moderne du système de communication orale. La radio jouit donc d’un prestige certain en milieu rural. Par ailleurs, la radio court-circuite certains circuits de la diffusion traditionnelle dans la mesure où l’auditoire n’est plus tenu de s’en remettre au chef de village pour entendre certains messages en langues locales. Cette nouvelle technologie a donc inculqué une forme de complexe d’infériorité aux moyens artisanaux de communication sociale. Cependant, deux restrictions s’imposent : le temps imparti aux programmes en langues locales est-il suffisant pour répondre à toutes les préoccupations du monde rural ? La vie quotidienne du village ne peut être constamment réglée sur le rythme de la vie nationale. C’est au moment où le mode de communication ancien joue son rôle et symbolise la persistance de cette culture autochtone que, sur le plan conceptuel, l’Etat instaure des types de communication centrés sur une langue internationale et des moyens de communication dont les principaux sont le discours, l’écriture et les techniques audiovisuelles. Mais la presse, ne jouant qu’un rôle mineur en Afrique, c’est à la radio qu’incombe la tâche de popularisation de l’action gouvernementale. Théoriquement la radio serait donc un moyen de communication entre le peuple et les pouvoirs publics. C’est surtout par des messages radiodiffusés que l’ordre étatique et juridique agit de façon régulatrice et déterminante sur l’ensemble de la population.
La radio au Burkina
La radio, très vite, a précédé souvent le livre et l’instituteur dans les villages. De ce fait, la radio s’est vue assigner des finalités culturelles particulières d’éveiller les consciences, de susciter l’adhésion des populations aux programmes de développement, et de les informer sur leurs droits et devoirs dans la nouvelle société en construction. Les divers Gouvernements qui se sont succédé à la tête du pays depuis l’Indépendance l’on envisagée comme un instrument d’unification nationale, de modernisation, d’éducation et de développement. Cet intérêt stratégique s’est trouvé agrandi avec la création de la radio rurale et de la radio scolaire, les deux voix du « progrès économique et social ». L’éducation est alors devenue le premier objectif assigné à la radiodiffusion en raison du contexte socioculturel du Burkina : une population essentiellement rurale à 90% et un taux d’alphabétisation qui gravite autour de 35%. Situation préoccupante, d’où l’ambition de combler ces insuffisances dans l’éducation des enfants et des adultes. L’essentiel est de trouver une voie qui permette de ne pas laisser l’alphabétisation au stade de projet. Sur ce terrain, radio rurale et radio scolaire ont tenté de viser les mêmes objectifs, car elles constituent deux moyens d’éducation complémentaires. Malheureusement, la radio scolaire n’a pas été une expérience concluante faute de moyens et faute de formation appropriée dispensée aux animateurs. La mission officielle assignée à la radio rurale est «la formation et l’élévation du niveau de vie des populations rurales ». Le texte du décret stipule que ses activités portent sur l’éducation civique, l’alphabétisation, l’éducation sanitaire, l’élevage, les cultures et les problèmes sociaux en milieu rural. Si les objectifs assignés sont hautement positifs pour le développement, la pratique a révélé une série d’insuffisances après le départ de la mission allemande de coopération à savoir l’insuffisance des moyens alloués au fonctionnement de la radio rurale, le non renouvellement des programmes destinés au monde rural, les sorties peu fréquentes sur le terrain, la faible implication des populations rurales dans les émissions. Face à ces insuffisances structurelles et au déficit de contenu, le développement des radios locales a été envisagé. C’est autour des années 1980, dans le cadre du Programme populaire de développement institué sous la Révolution que se concrétisent le montage technique et la matérialisation des radios locales dans les localités de Diapaga, Djibasso, Gassan, Kongoussi, Orodara et Poura. Inspirées de l’esprit des radios communautaires du Québec, les radios locales entendaient être des compléments utiles à la radiodiffusion nationale. Ces radios, qui ont été implantées dans des sites où les populations étaient restées attachées à leur terroir et à leurs pratiques, entendaient répondre à l’expression d’un besoin pour les collectivités locales : celui de disposer d’outils de proximité à même d’être des supports de création d’espaces de débats et de convivialité. C’est pour cela que bien avant le phénomène des radios FM, les radios locales ont été implantées avec des noms évocateurs et significatifs comme la « Voix des Vergers », «la Voix des Lacs ». Mais très vite les radios locales du fait d’une absence de statut approprié vont tomber progressivement dans un état de dégénérescence et de défection technologique. Autant le besoin en radiophonie de proximité semblait être exprimé de manière franche par les populations concernées, autant, dans la pratique, beaucoup de ces radios ont sombré dans un état de difficultés de tous ordres, comme l’inadaptation du matériel technique par ailleurs défectueux, l’absence de budget de fonctionnement, le manque de suivi-évaluation et surtout plus grave : le manque de participation des populations à la production des programmes et à la gestion de ces radios. Il fallait clarifier leur statut et œuvrer à leur donner un second souffle. Le forum national sur la communication de 1997 a affirmé qu’une « nouvelle vision doit permettre de doter le monde rural de radios locales performantes en tenant compte des critères d’initiatives des populations sur la base des besoins réels d’intégration de ces radios dans la communauté, de la capacité des populations et enfin des caractéristiques culturelles, linguistiques et de rayonnement ». L’Etat devait permettre une large participation des communautés à la vie de ces radios locales. De facto, ces radios ont connu un engouement et un enthousiasme initialement sans précédent. Mais du fait d’une gestion administrative mal définie et hasardeuse ainsi que d’une non prise en compte des charges liées à des structures exigeant un minimum financier pour le fonctionnement, ces radios communautaires ont offert des résultats inférieurs à ce que l’on espérait. Aujourd’hui ces radios locales, loin de constituer des modèles, apparaissent plutôt comme des contre-exemples. Il est donc urgent, dans le cadre de la politique nationale pour le développement, de recentrer le débat sur le rôle et la place de ces instruments de production et de diffusion des informations et de la communication.
Les radios FM privées
Selon l’Institut national de la statistique et de la démographie (INSD) , on dénombre 160 radios dont 135 privées en 2021. Le phénomène des radios FM, ici comme ailleurs, est lié à la libéralisation du paysage des ondes. La brèche a été couverte avec Horizon FM. Très rapidement des radios privées laïques, confessionnelles, commerciales, socio-éducatives ont poussé, donnant à l’espace audiovisuel un visage varié et contrasté. Bien entendu, ces radios FM sont loin d’être logées à la même enseigne. Bien au contraire, de par leurs audiences, leurs grilles des programmes, le profil de leurs promoteurs ou de leurs gérants, ces radios FM sont loin d’être au même diapason. La typologie des médias audiovisuels du Burkina a été fixée par le Conseil supérieur de l’information par arrêté n°98-14/CSI/CAB du 25 mai 1998. L’article 5 précise que les médias audiovisuels privés comprennent les radios privées et les télévisions privées. Il est également stipulé que les radios privées se subdivisent en radios privées commerciales régies par les dispositions en vigueur en matière commerciale et constituées sous forme de sociétés anonymes ou de sociétés à responsabilité limitée, et en radios privées non commerciales, qui mènent des activités non lucratives et évoluent hors du champ de la publicité commerciale. Ce sont les radios privées associatives ou communautaires et les radios confessionnelles. Les radios FM sont généralistes ou thématiques. Aujourd’hui, même si chacun voit midi à sa porte, il convient de reconnaître que le paysage radiophonique de fréquence moyenne est quelque peu encombré et mériterait d’être davantage assaini.
Bernadette W. GANSONRE Sources: UNESCO, Food and Agriculture Organization
In La Cohésion 2023
